Réaction de la Fédération des producteurs de porcs du Québec au règlement sur les exploitations agricoles

Orford (Québec), 14 juin 2002 – « Les mesures adoptées par le ministère de l’Environnement dans le cadre de son nouveau règlement sur les exploitations agricoles sont disproportionnées par rapport à la problématique agricole réelle. Trop, c’est comme pas assez. » C’est ainsi que la Fédération des producteurs de porcs a réagi aux orientations gouvernementales dans le cadre
de son nouveau règlement.

Le président de la Fédération, M. Clément Pouliot, qualifie plusieurs

mesures du nouveau règlement de non rationnelles, car elles ne sont pas
fondées sur des bases agronomiques et scientifiques. Il déplore aussi que le
dossier n’ait pas été analysé dans sa globalité et que ce n’est que la voie
réglementaire qui ait été la trame de fond des discussions au sein du comité
spécial. « Le gouvernement clame l’urgence d’agir, notamment en fonction d’avis
de santé publics alarmistes qui, selon les auteurs mêmes, constituaient avant
tout une mise en garde sans preuve à l’appui », d’expliquer M. Pouliot.

Il est clair, aux yeux de la Fédération, que la force de la pression
sociale et politique a joué un rôle déterminant dans l’axe de la décision
gouvernementale. « La raison a difficilement sa place dans un tel contexte. On
a donc serré la vis indûment et de façon discriminatoire. Jusqu’à un certain

point, nous comprenons la teneur de la décision », de constater le président de
la Fédération.

Les producteurs de porcs concèdent qu’il y a une problématique
environnementale en agriculture et que des odeurs peuvent être générées par
les épandages. Toutefois, selon l’organisation, les solutions concrètes
existent. D’ailleurs, les producteurs de porcs du Québec s’y sont attaquée de
plein fouet depuis quelques années et progressent dans le bon sens. Signalons
qu’un Plan agroenvironnemental est sur les rails depuis 1997. « Nous
préconisons, par ailleurs, que les solutions appliquées soient
multidimensionnelles, à la fois techniques, économiques et réglementaires »,
aux dires de la Fédération.

Des notes positives

Bien que les producteurs de porcs dénoncent plusieurs aspects du nouveau
règlement, ceux-ci sont heureux que le principe des rejets réels soit enfin

reconnu à compter du 15 juin 2002. « Il est clair qu’on sent une volonté du
gouvernement de vouloir collaborer et gérer l’environnement, dès maintenant,
sur la base de données représentatives par le biais d’une approche ferme par
ferme. Chaque producteur sera mieux responsabilisé », de saluer M. Pouliot.

Un autre aspect intéressant a été relevé par le porte-parole des
producteurs de porcs. En effet, le gouvernement retient l’idée d’initier un
échange élargi et organisé avec l’ensemble des intervenants de la société pour
établir le cadre du développement durable de la production porcine. Les
discussions tiendront compte des aspects économiques, sociaux et
environnementaux. La commission éventuelle devra aussi examiner les modèles de
production présents au Québec, en dégager les forces, les faiblesses ainsi que
les impacts sur les milieux rural et agricole et sur le secteur de la
transformation, et proposer un modèle favorisant une cohabitation harmonieuse.
La Fédération avait déjà amorcé une réflexion sur cette avenue et n’est
surtout pas fermée à ce type d’exercice où tous et chacun pourraient sortir
gagnants selon elle. « De plus en plus d’organismes réclament un débat public.
Peut-être est-ce la voie à prendre? Rien ne doit être écarté pour régler la
problématique. Il s’agit aussi d’une occasion pour combler le niveau de
méconnaissance qui existe. » pour M. Pouliot.

Des points préccupants

Cependant, pour les producteurs de porcs, la durée de la période de
transition de 24 mois est beaucoup trop longue, ils auraient préféré 12 mois.
Cette nouvelle disposition aura pour effet de geler tout nouveau projet dans
les 281 municipalités « dites » en surplus pour 2 ans.

De plus, selon la Fédération, rien ne justifie l’obligation de traiter le
lisier des nouvelles installations dans les municipalités qui ne sont pas en
surplus et ce, pour les prochains 18 mois. Pour eux, la problématique
d’acceptabilité sociale sous-tend cette orientation. « Premièrement, les
systèmes de traitement complet ne sont pas accessibles et, en plus, le lisier
de porc, épandu selon les règles de l’art, constitue un fertilisant de grande
valeur. Voulons-nous accroître l’utilisation des engrais chimiques? N’est-ce
pas un peu paradoxal? », a questionné le président de la Fédération. Pour lui,
il est évident que l’application de ces règles est un véritable moratoire qui
aura un effet déstructurant sur l’ensemble du secteur porcin et agricole.

Un autre élément préoccupant pour les producteurs de porcs : les mesures
d’accompagnement. Selon la Fédération, à partir du moment où le gouvernement
veut intensifier ses normes de contrôle, il doit nécessairement y accrocher
des mesures d’accompagnement significatives. Déjà au Québec, les règles
environnementales sont plus sévères que n’importe où et elles engendrent des
coûts environnementaux beaucoup plus élevés qu’ailleurs dans le monde et même
au Canada. « Ce que le gouvernement met sur la table, soit 257 millions $ sur
3 ans, nous apparaît bien peu compte tenu des besoins en cause. Nous doutons
que ces sommes soient suffisantes pour soutenir la poursuite en accéléré de
notre virage agroenvironnemental. Il est évident que l’agriculture est le
parent pauvre en matière de soutien gouvernemental comparativement aux
secteurs industriel et municipal », d’affirmer le président de la Fédération.

Un travail de longue haleine

« Au fil du temps la pression sociale et politique est devenue de plus en
plus intense. Comme certains le disent, une psychose porcine s’est installée
au sein de la population. L’image instantanée que les gens se font de nous,
souvent à tort, est extrêmement négative et les perceptions ne cessent de se
durcir », d’avouer M. Clément Pouliot.

Les producteurs et productrices de porcs conviennent donc qu’au-delà des
actions concrètes en agroenvironnement, il est impératif de rétablir les ponts
avec la population pour que bon nombre de préjugés tombent.

« Nous devons recréer le lien de confiance perdu, se ré-apprivoiser sur la
base d’un dialogue transparent et multilatéral. Nous continuerons d’être à
l’écoute des diverses préoccupations. Nous voulons bien faire connaître les
réalités des producteurs et productrices de porcs d’aujourd’hui, leur
évolution, leurs forces, leurs contraintes et leurs horizons. Le fossé est
large. A nous de faciliter le rapprochement nécessaire à une meilleure
cohabitation », de conclure le premier dirigeant de la Fédération.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Le Porc du Québec

http://www.leporcduquebec.qc.ca/

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