Recettes monétaires agricoles de janvier à juin 2003

Ottawa (Ontario), 26 août 2003 – Les recettes monétaires agricoles ont chuté durant la première moitié de 2003, les craintes provoquées par la maladie de la vache folle ayant précipité les recettes du bétail et les recettes des cultures à un creux qui ne s’était pas vu depuis neuf ans.

Au total, les agriculteurs ont tiré 16,7 milliards de dollars des recettes du bétail, des cultures et des paiements de programme, en baisse de 1,2 % par rapport aux 16,9 milliards de dollars de la première moitié de 2002. Il s’agit de la deuxième diminution consécutive pour une première moitié d’année. Des paiements de programme qui ont presque constitué un sommet n’ont pu faire contrepoids aux baisses des recettes des cultures et du bétail.

Les recettes du bétail ont reculé de 5,9 % pour s’établir à 8,5 milliards de dollars, conséquence surtout de la baisse importante des recettes bovines après un diagnostic d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) chez une vache du nord de l’Alberta. Les États-Unis et plusieurs autres pays ont tout de suite fermé leur frontière aux ruminants et à tous les produits associés, le 20 mai.

Les producteurs de cultures ont continué d’éprouver des difficultés, leurs recettes étant tombées à 6,2 milliards de dollars, soit 8,5 % de moins que durant la première moitié de 2002 et leur plus bas niveau depuis 1994. C’est 9,7 % de moins que la moyenne quinquennale précédente (1998 à 2002). Deux sécheresses consécutives, qui ont frappé l’Ouest canadien, ont entraîné une baisse de production et une diminution très sensible des stocks de céréales et d’oléagineux.

Les producteurs ont reçu 2,0 milliards de dollars en paiements de programme durant les six premiers mois de 2003, soit 79,2 % de plus qu’à la même période en 2002 et près du double de la moyenne quinquennale précédente. Cette augmentation provenait de paiements records au chapitre des programmes d’assurance-récolte, après deux années consécutives de sécheresse pour les producteurs des Prairies.

Les recettes monétaires agricoles constituent une mesure globale des recettes brutes des exploitations agricoles. Elles ne tiennent pas compte des dépenses engagées par les agriculteurs. Les recettes monétaires peuvent varier considérablement d’une exploitation agricole à l’autre en raison de plusieurs facteurs, dont les élevages et les cultures choisis, les prix et les conditions climatiques. En outre, les effets de la fermeture de la frontière américaine aux bovins et au boeuf canadiens commencent tout juste à se faire sentir dans les statistiques financières agricoles. L’effet de cette grave situation sur les autres secteurs de l’économie, comme la transformation de la viande et le transport, n’est pas pris en compte ici.

Les recettes monétaires agricoles totales ont chuté dans toutes les provinces, sauf au Québec, en Ontario et au Manitoba. Le recul le plus marqué (-9,0 %) a été enregistré au Nouveau-Brunswick, conséquence surtout d’une diminution importante des recettes des pommes de terre. La deuxième baisse en importance (-7,0 %) a été observée en Alberta, où une diminution des recettes bovines a coïncidé avec un repli des recettes céréalières.

Au Québec, les recettes ont monté de 3,4 %, une augmentation des paiements de programme ayant fait contrepoids à une diminution des recettes des cultures. En Ontario et au Manitoba, les recettes ont été relativement stables.

Une seule vache responsable d’une diminution des recettes du bétail
Le nombre de bovins dans les fermes canadiennes a atteint un niveau sans précédent à la fin de juin, parce que la fermeture de la frontière américaine, le 20 mai, à la suite des résultats positifs affichés par une vache du nord de l’Alberta à un test de dépistage de l’ESB, a limité l’accès aux marchés étrangers pour les bovins et le boeuf canadiens.

Les recettes bovines ont fléchi de 20,6 % pour s’établir à 2,8 milliards de dollars durant la première moitié de 2003, où les mises en marché ont baissé de près d’un cinquième et où les prix ont reculé. Le gros de la réduction est survenu au deuxième trimestre, les recettes pour ce trimestre ayant accusé un recul de plus de 25 %, à cause des restrictions applicables aux bovins et au boeuf canadiens.

Une bonne partie de la réduction des recettes bovines pour les six premiers mois de 2003 a été le fait d’une baisse des recettes de l’abattage, le nombre de bovins vendus ayant connu un recul spectaculaire en mai et en juin, en raison d’une nette diminution de la demande de boeuf.

Les recettes au chapitre des exportations internationales de bovins vivants ont diminué de près du tiers durant la première moitié de 2003. La plupart des exportations de bovins vivants sont à destination des États-Unis. Le mouvement de bovins à l’étranger a diminué de plus de la moitié au cours de la période d’avril à juin pour s’établir à un niveau qui ne s’était pas vu depuis 1989 pour cette période. (Ces données ne reflètent que l’impact des cinq premières semaines de la fermeture de la frontière américaine aux bovins canadiens.)

Les recettes provenant des veaux se sont établies à 243 millions de dollars, après une chute de 13,3 %, la fermeture de la frontière américaine ayant entraîné la fermeture du principal marché du Canada pour la viande de veau et les veaux d’engraissement.

Les producteurs de porcs ont fait état de recettes monétaires de 1,7 milliard de dollars durant la première moitié de 2003, en baisse de 1,0 % par rapport à la même période en 2002. Les prix sont tombés en deçà de la moyenne quinquennale précédente, les agriculteurs ayant mis sur le marché un nombre record de porcs.

Les recettes du lait et de la crème ont poursuivi leur progression, même si les mises en marché ont toujours accusé un léger recul pendant quatre années consécutives. À 2,2 milliards de dollars pour la première moitié de 2003, les recettes laitières étaient de 7,9 % supérieures à celles de la première moitié de 2002. L’augmentation des recettes était attribuable à une hausse des prix annoncée par la Commission canadienne du lait en décembre 2002 et est entrée en vigueur en février.

Deux sécheresses consécutives font mal aux producteurs de cultures
Les agriculteurs de l’Ouest ont connu en 2002 une de leurs pires campagnes agricoles des 25 dernières années. Pour un certain nombre de producteurs de l’Alberta et de la Saskatchewan, la situation s’est révélée pire que lors de la grande crise des années 1930.

La baisse de la production dans l’Ouest canadien en 2001 et en 2002 a favorisé la hausse du coût des grains. Cela a également fait mal au secteur du bétail, puisque l’insuffisance causée par la faible offre de grains et de fourrage a forcé les utilisateurs à importer du maïs des États-Unis.

Les agriculteurs ont puisé de façon importante dans leurs stocks de céréales et d’oléagineux pour générer les revenus nécessaires et alimenter leur bétail, entraînant les stocks à la ferme à un niveau extrêmement bas à la fin de 2002. Des livraisons moindres pour la plupart des céréales et des oléagineux durant la première moitié de 2003 ont plus qu’atténué l’augmentation des prix de la plupart de ces derniers.

Les conditions de sécheresse ont eu une incidence marquée sur les recettes des céréales et des oléagineux durant la première moitié de 2003. Les plus durement touchés ont été les producteurs de blé (sauf le blé dur) et d’orge. Les recettes tirées du blé (sauf le blé dur) se sont établies à 821 millions de dollars, à la suite d’un repli de 15,8 %, tandis que les recettes de l’orge ont diminué de près de la moitié, se situant à 144 millions de dollars, l’augmentation des prix n’ayant pas suffi à faire contrepoids aux importantes réductions des mises en marché et à la baisse des paiements de la Commission canadienne du blé.

Les agriculteurs ont reporté moins de recettes en 2003, à la suite de sécheresses subies coup sur coup, de baisses de production et de faibles mises en marché en 2002. Ainsi, les réalisations ont décru de 25,8 % pour s’établir à 596 millions de dollars durant la première moitié de 2003, ce qui est bien moins que la moyenne quinquennale précédente.

Les recettes du soya et du maïs, par contre, ont augmenté comparativement à la première moitié de 2002. Les hausses de prix ont été dans les deux cas les principales causes de la progression, mais les livraisons de soya ont aussi augmenté. L’Est du Canada, où le maïs et le soya se cultivent surtout, a joui de bien meilleures conditions de croissance tout au long de 2002.

Les paiements de programme atteignent un sommet jamais vu en 11 ans
Les paiements de programme pour la première moitié de 2003 ont atteint un sommet jamais vu en 11 ans, soit 2,0 milliards de dollars, en hausse de 79,2 % par rapport à la même période en 2002. Le gros de cette augmentation était attribuable à des paiements d’assurance-récolte records, conjugués à un niveau élevé de retraits du Compte de stabilisation du revenu net (CSRN).

Les paiements d’assurance-récolte ont fait un bond qui les a portés à un sommet de 1,1 milliard de dollars durant les six premiers mois de 2003. Il s’agit d’une progression de 722 millions de dollars par rapport à 2002, et de plus de six fois la moyenne quinquennale précédente, après deux années consécutives de sécheresse dans certaines régions de l’Ouest canadien.

Les agriculteurs ont retiré 324 millions de dollars de la partie gouvernementale du CSRN durant la première moitié de 2003, soit plus d’un tiers de plus que pour la même période en 2002. Les paiements des programmes d’aide en cas de catastrophe liée au revenu ont atteint 190 millions de dollars, soit 8,8 % de plus que pour la même période en 2002.

Recettes monétaires agricoles
 Janvier à juin 2002Janvier à juin 2003pJanvier-juin 2002 à janvier-juin 2003Avril à juin 2002Avril à juin 2003pAvril-juin 2002 à avril-juin 2003
 en millions de dollarsvar. en %en millions de dollarsvar. en %
Canada16 91916 711-1,28 0607 825-2,9
Tout le blé11 2771 100-13,9664602-9,3
  Blé, sauf le blé dur1
975821-15,8492435-11,6
  Blé dur1
302279-7,6172167-2,9
Orge1255144-43,513265-50,8
Recettes différées-129-16225,6-62-11585,5
Réalisation des recettes différées803596-25,8116-45,5
Canola637626-1,732135610,9
Soya20226832,78912540,4
Maïs33537010,4156155-0,6
Autres céréales et oléagineux199167-16,19673-24,0
Cultures spéciales254246-3,110684-20,8
Autres cultures2 9002 811-3,11 7941 762-1,8
Total des cultures6 7336 164-8,53 3073 114-5,8
Bovins et veaux3 7283 024-18,91 8151 356-25,3
Porcs1 7571 739-1,08098839,1
Produits laitiers2 0692 2327,91 0231 13510,9
Volaille et oeufs1 1561 1761,75926062,4
Autre bétail3423471,5118113-4,2
Total du bétail9 0538 518-5,94 3574 093-6,1
Compte de stabilisation du revenu net23032440,912518749,6
Paiements d’assurance-récolte4001 122180,51365400,0
Programmes d’aide en cas de désastre lié aux revenus1741909,2517954,9
Programme provincial de stabilisation20928837,813823973,2
Subventions aux produits laitiers9020
Autres programmes110105-4,56848-29,4
Total des paiements1 1322 02979,239661856,1
pDonnées provisoires.
1Inclut les paiements de la Commission canadienne du blé.
Néant ou zéro.
Nota: Les chiffres ayant été arrondis, la somme peut ne pas correspondre aux totaux indiqués.

Recettes monétaires agricoles provinciales
 Janvier à juin 2002Janvier à juin 2003pJanvier-juin 2002 à janvier-juin 2003Avril à juin 2002Avril à juin 2003pAvril-juin 2002 à avril-juin 2003
 en millions de dollarsvar. en %en millions de dollarsvar. en %
Canada16 91916 711-1,28 0607 825-2,9
Terre-Neuve-et-Labrador4039-2,52120-4,8
île-du-Prince-Édouard194193-0,510090-10,0
Nouvelle-Écosse189187-1,188902,3
Nouveau-Brunswick227207-8,8116108-6,9
Québec2 7142 8063,41 4541 5959,7
Ontario3 9133 9340,51 9932 0271,7
Manitoba1 7481 748794754-5,0
Saskatchewan2 8102 805-0,21 041962-7,6
Alberta3 9513 675-7,01 8221 560-14,4
Colombie-Britannique1 1321 117-1,3631618-2,1
p Données provisoires.
Néant ou zéro.
Nota: Les chiffres ayant été arrondis, la somme peut ne pas correspondre aux totaux indiqués.

Note aux lecteurs
Statistique Canada ne fait pas de prévisions pour les recettes monétaires agricoles. Les données qui s’y rapportent sont fondées sur les données des enquêtes et les données administratives provenant de plusieurs sources.

Les recettes monétaires agricoles mesurent le revenu brut des entreprises agricoles en dollars courants. Elles comprennent les ventes de productions végétales et animales (sauf les ventes entre les fermes d’une même province) et les paiements de programme. Les recettes sont comptabilisées lorsque l’argent est versé aux agriculteurs, avant déduction des dépenses.

Les recettes différées représentent les ventes de céréales et d’oléagineux livrés par les producteurs de l’Ouest pour lesquelles les paiements ont été reportés jusqu’à l’année suivante. Étant donné que ces recettes sont fondées sur les livraisons effectuées, les paiements différés sont déduits des recettes monétaires agricoles de l’année civile en cours et inclus lorsqu’ils sont réalisés (voir « Réalisation des recettes différées » dans le tableau des recettes monétaires agricoles).

Les paiements de programme sont les paiements liés à la production agricole courante et versés directement aux agriculteurs. Mentionnons, à titre d’exemple les paiements du Compte de stabilisation du revenu net (CSRN) et de la Loi sur l’assurance-récolte, ceux des programmes provinciaux de stabilisation et ceux qui sont versés en vertu de la Loi sur la Commission canadienne du lait. La série des paiements de programme ne vise pas nécessairement à englober tous les paiements effectués aux agriculteurs ni ne représente la totalité des dépenses des gouvernements se rapportant à tous les programmes d’aide.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Statistiques Canada
http://www.statcan.ca/

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