Situation critique pour le propane en raison de la grève du CN

Le Québec aurait des réserves pour 24 heures avant que l'approvisionnement ne soit compromis

Des voix s’élèvent de plus en plus pour réclamer une intervention des gouvernements à la suite du déclenchement de la grève des employés du CN qui a débuté le 19 novembre à minuit. Le directeur général de l’Association québécoise du propane, Raymond Gouron, le dit sans ambages, le secteur est en mode urgence. Il indique que les entreprises en propane au Québec ont fait le plein de leurs entrepôts en prévision du conflit mais que la situation est critique.

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Puisque 80% du propane est acheminé par voies ferroviaires, les distributeurs dépendent du bon fonctionnement du transport.”Si l’approvisionnement ne reprend pas dans les 24 heures, on aura un sérieux problème. Certains fournisseurs ont commencé à rationaliser le propane en vue d’une grève qui se prolongerait”.

La situation est d’autant plus préoccupante que les besoins dans le secteur agricole sont énormes en ce moment, en raison des conditions très humides durant la récolte. “La consommation de propane est un véritable feu roulant pour le séchage des grains. En raison de l’automne humide, la demande est excessivement forte”, rapporte M.Gouron.

L’Association canadienne du propane avait déjà envoyé vendredi dernier une lettre au ministre sortant des Transports, Marc Garneau, pour réclamer une intervention. “Une livraison ponctuelle du combustible est cruciale afin d’assurer la poursuite des activités essentielles que le propane rend possible”, rappelle le groupe. “Bien que nous espérions avoir moins de problèmes cette année, nous faisons encore une fois face à des conditions météorologiques difficiles pendant la période de séchage des récoltes, en particulier en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba. Avec la forte demande saisonnière de propane pour les besoins domestiques et de nombreux autres usages, il est essentiel que le transport de propane ne soit pas interrompu. En cette période critique de l’année, un arrêt de travail au CN serait extrêmement néfaste pour l’industrie du propane. ”

Le Québec n’est pas en effet la seule province à avoir des besoins importants en propane. Les provinces de l’Ouest ont aussi vécu des conditions difficiles cet automne.

Pour les producteurs de grains québécois, c’est une autre tuile qui leur tombe dessus après les vents forts de la fin octobre et la tempête de neige qui a paralysé les récoltes de maïs-grain.

M.Gouron indique qu’une demande a été faite auprès de plusieurs ministères au fédéral afin d’activer le plan d’urgence prévu dans ce genre de situation.

Les besoins en propane sont importants également aux États-Unis. Neuf États américains du Midwest ont déclaré l’état d’urgence à la fin du mois d’octobre qui a par la suite été prolongé vendredi dernier. L’état d’urgence vise à contourner pour le moment les heures de service ou les limites concernant le chargement des véhicules de livraison. Les organismes de réglementation des transporteurs routiers fédéraux ont par la suite émis une dérogation régionale couvrant ces États, ainsi que l’Illinois, le Kansas, le Missouri, le Dakota du Sud et le Nebraska, afin de remédier aux pénuries locales aggravées en partie par une panne sur  un pipeline dans le Midwest.

Des prix en hausse

Les difficultés d’approvisionnement aux États-Unis et le froid précoce ont fait grimper le prix du propane depuis le début de novembre. Carine Bergevin-Chammah, économiste à Études Desjardins, explique que la hausse est ponctuelle et devrait se résorber avec une baisse de la demande et une régulation de l’acheminement du propane dans les régions où la demande est la plus forte. “Les stocks sont assez élevés en ce moment aux États-Unis et sont assez importants. la situation et vraiment reliée aux difficultés d’amener le propane dans le Midwest et sur des longues distances. On estime que les prix du pétrole devraient demeurer au même niveau qu’ils sont aujourd’hui. Il n’y a donc pas de hausse prévue pour le propane.”

L’économiste estime que la réaction quant au prix est surtout liée à l’effet de surprise puisque la hausse a été soudaine. Elle souligne que les prix pour l’Amérique du Nord sont inférieurs aujourd’hui à ce qu’ils étaient l’an dernier à la même date. Et puisque le propane est une denrée échangée sur les marchés publics, le Québec reste toujours sensible à ce qui se produit aux États-Unis. Le prix sur les marchés a grimpé de 13,5% en un mois, mais est inférieur de 31% à ce qu’il était en novembre 2018.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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