Températures fraîches et problèmes de nodulation

En Ontario, la saison de croissance 2014 a été la pire à ce jour en ce qui a trait à la nodulation des racines et à la fixation de l’azote (N) dans le soya, du moins selon la mémoire de Horst Bohner, spécialiste du soya au ministère de l’Agriculture de l’Ontario (MAAARO).

Selon ce spécialiste, les températures fraîches et humides du début de l’été cet année sont à l’origine de nombreux problèmes dans le soya, y compris un ralentissement de la croissance, une formation de gousses déficiente, une incidence accrue des maladies et des rendements inférieurs.

Voici un extrait des explication que nous donne Horst Bohner dans le Bulletin grandes cultures de septembre 2014.

Le soya est une espèce végétale subtropicale. Pour une activité symbiotique optimale, la température du sol durant sa croissance devrait se situer entre 25 et 30 °C.

Dans de nombreux champs cultivés pour la première fois en soya cette année, on a ajouté de l’inoculant sans succès. Dans d’autres cas, il y a eu nodulation mais pas avant le début août.

Les problèmes associés à une mauvaise nodulation se sont produits dans bon nombre de régions de l’Ontario et avec plusieurs produits inoculants; il ne s’agissait donc pas d’un problème d’efficacité du produit. Dans certains cas, la nodulation a été inadéquate même dans les champs cultivés en soya pour la deuxième année.

La fixation biologique de l’azote est indispensable pour les champs de première année et ceux qui ont déjà été cultivés en soya, car ce processus convertit l’azote gazeux de l’air (N2) en une forme utilisable par la plante.

Pourquoi la nodulation a-t-elle été mauvaise cette année?

Un certain nombre de facteurs exercent un effet sur la nodulation, la croissance des nodules et la fixation de l’azote. Parmi ces facteurs, il y a l’excès ou le manque d’humidité, les teneurs du sol en nitrates, le pH du sol, les maladies, la matière organique, la température du sol et de la qualité des rhizobia.

Cette année, ce sont les températures fraîches qui sont en cause. À certains endroits, le sol qui s’est asséché immédiatement après les semis a fait sécher et mourir les bactéries avant qu’elles ne puissent envahir les racines.

Des essais menés à l’Université McGill par Zhang, Lynch et Smith ont montré qu’entre 17 et 25 °C, le déclenchement de la fixation de l’azote était retardé de 2,5 jours pour chaque degrés de moins. Sous 17 °C, chaque degré de moins a retardé le déclenchement de la fixation de l’azote de 7,5 jours. Une température dans la région racinaire d’environ 15 à 17 °C semble être le seuil critique pour la nodulation et la fixation de l’azote dans le soya.

Quarante-neuf jours après l’inoculation, les plantes à des températures situées entre 17 et 25 °C fixaient de l’azote, mais les plantes à 15 °C n’en fixaient pas. Les chercheurs ont aussi constaté qu’une baisse de seulement 2 °C, de 21 à 19 °C provoquait une différence importante dans le moment du déclenchement de la fixation de l’azote, dans l’accumulation totale d’azote dans la plante et dans la croissance globale.

Ces observations aident à comprendre qu’il n’y ait pas eu de nodulation dans certains cas avant la fin juillet et le début d’août cette année, dans certaines régions de l’Ontario. Les champs en semis direct, surtout ceux où les résidus de culture étaient abondants, ont également souffert d’une mauvaise nodulation, car la température de ces sols est habituellement plus fraîche de quelques degrés.

Nitrates du sol et fixation de l’azote

Des teneurs élevées en nitrates dans le sol ont aussi causé certains problèmes. La formation des nodules est en effet inhibée par des teneurs élevées en nitrates dans le sol. Si le plant de soya prélève trop d’azote tôt en saison, la nodulation est retardée ou inexistante.

La réduction de l’azote atmosphérique est énergivore et demande plus de photosynthétats que le seul prélèvement des nitrates; les plants vont donc naturellement consommer des nitrates avant de tenter d’amorcer la nodulation. Cette inhabilité fondamentale à déclencher et à maintenir la fixation de l’azote lorsque les nitrates sont présents dans le sol à des teneurs supérieures aux très petites doses des engrais de démarrage est l’une des raisons qui expliquent pourquoi l’apport d’engrais azoté n’est pas rentable dans le soya. En fait, l’ajout d’engrais azoté réduit la quantité d’azote fixé à partir de l’air.

Les années prochaines

Les températures en Ontario et au Québec, en juin et juillet, sont habituellement assez élevées pour permettre un processus de nodulation adéquat; par conséquent, sous des conditions moyennes, ce problème n’est pas grave.

Dans les champs cultivés pour la première année en soya, il est recommandé d’utiliser deux produits inoculants comme la tourbe et un liquide à des doses élevées en s’assurant d’un bon recouvrement. La nodulation a été complètement inexistante en 2014 dans certains champs de première année où l’on a utilisé qu’un seul produit ou un préinoculant.

L’utilisation de deux produits aidera à augmenter le nombre de bactéries vivantes pouvant servir à la nodulation. Il est également indispensable de tenir compte de la viabilité des bactéries en présence de semences traitées avec des pesticides. Le seul remède contre les échecs de nodulation est d’épandre de l’engrais azoté à l’apparition de la première fleur ou au début de la formation des gousses.

Source : Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO)

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