Temps d’arrêt en production porcine : l’UPA déçue

Longueuil (Québec), 20 novembre 2003 – « Alors qu’on s’attendait, après 18 mois de temps d’arrêt, que soient identifiées et mises en place les conditions durables pour le développement de la production porcine, voilà que le gouvernement prolonge ce délai jusqu’au 15 décembre 2004, afin de mettre en place des mesures encore inconnues, laissant ainsi planer l’insécurité pour les producteurs et les productrices. En plus, cette mesure est en train de se transformer en moratoire; c’est un retour à la case départ ».

C’est en ces termes que réagissait le président de l’Union desproducteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, lors d’une rencontre depresse tenue aujourd’hui devant l’imminence d’une prolongation du tempsd’arrêt en production porcine.

« Nous avions souscrit à la tenue des audiences du BAPE, a rappelé leprésident de l’UPA, dans la mesure où elles donnaient le temps nécessaire pourtrouver des solutions adéquates répondant aux attentes des citoyens et auximpératifs auxquels les producteurs doivent satisfaire, et ce, dans laperspective de favoriser le développement harmonieux de l’agriculture auQuébec. Or, les solutions viables pour le monde agricole ne viennent pas etl’avenir d’un grand nombre de producteurs demeure incertain pour encore12 mois. Notre déception est donc entière ».

Par ailleurs, réagissant au rapport du BAPE, M. Pellerin a tenu d’embléeà mentionner que le monde agricole ne se retrouve pas dans ce rapport. Bienque le gouvernement n’ait pas encore rendu publique son orientation quant auxsuites à donner à ce document, les producteurs sont inquiets à plusieurségards, constatant notamment que la Commission ratisse large. Plusieurs de sesrecommandations s’appliquent en effet à l’ensemble de la production agricoleet certaines des mesures proposées font table rase de nombreux consensusobtenus au fil du temps, spécialement avec le monde municipal.

Le président de l’UPA s’est montré par ailleurs extrêmement préoccupé parles recommandations de la Commission concernant le transfert de pouvoirs aumonde municipal. Les consensus obtenus ces dernières années, affirme-t-il, ontdonné aux municipalités toute latitude pour atteindre les objectifs decohabitation harmonieuse. Or, pas plus tard que la semaine dernière, lerapport annuel de la Commission de protection du territoire agricole du Québec(CPTAQ) dénonçait la lenteur extrême des MRC à réviser leur schémad’aménagement, 75 % d’entre elles ne s’étant pas encore exécutées.

Pour M. Pellerin, il est inconcevable de confier d’autres pouvoirs auxmunicipalités, lesquelles sont davantage guidées par des considérationsfiscales que par des objectifs d’aménagement du territoire. « Puisque le passépeut être malheureusement garant de l’avenir, nous appréhendons fortement queles élus municipaux continuent de voir dans le dézonage l’occasion d’unrattrapage fiscal, les fonctions résidentielles, commerciales et industriellesétant bien plus lucratives que l’agriculture à cet égard », de déplorer leprésident de l’UPA. Dans ce contexte, comment les élus peuvent-ils accorderune véritable priorité à l’agriculture en zone verte?

Les producteurs et productrices trouvent peu d’écho à leurspréoccupations dans ce rapport, notamment sur le plan financier. En effet, onn’y trouve mention d’aucune stratégie d’accompagnement. Les producteurs ontdes défis particuliers à relever et ils sont prêts à le faire dans la mesureoù on leur en donne les moyens, c’est-à-dire un encadrement technique, unsoutien financier adéquat et du temps pour répondre aux exigencesréglementaires. C’est pourquoi ils réclament une stratégie globale etconcertée d’accompagnement de l’Etat tel que s’y sont engagés les libérauxdurant la dernière campagne électorale.

Au plan environnemental, le questionnement du BAPE sur l’approche « fermepar ferme » et le retour à un concept de « zone en surplus » inquiète au plushaut point l’UPA. L’approche ferme par ferme, adoptée l’an dernier parconsensus entre les différents intervenants du secteur, vise à atteindre unéquilibre entre chaque ferme et son milieu et représente le moyen le plusefficace pour obtenir les meilleurs gains environnementaux.

« Pourquoi revenir en arrière? » de questionner M. Pellerin. « C’est tout àfait improductif, a-t-il poursuivi, et cela risque de ralentir l’implantationde nouvelles pratiques telles que l’amélioration de l’efficacité alimentaire,la réduction des rejets à la source ou le traitement du lisier, autant devoies explorées par un nombre grandissant d’agriculteurs et d’agricultrices ».

« Qu’on reconnaisse les efforts consentis jusqu’à présent par lesproducteurs et les productrices. Qu’on reconnaisse également les consensusobtenus au cours des dernières années. Et, surtout, qu’on nous donne lesmoyens et le temps d’implanter une agriculture conciliant les objectifséconomiques, environnementaux et sociétaux du Québec. Notre modèled’agriculture doit continuer d’être un choix de société », de conclureM. Pellerin.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE)
http://www.bape.gouv.qc.ca/

Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ)
http://www.cptaq.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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