Filtrer l’air :oui, mais…

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

Le système de filtration d’air développé au Québec est efficace pour combattre le SRRP… À la condition de rendre étanche le bâtiment contre les entrées d’air non désirées et de maîtriser la biosécurité dans son ensemble.
par Marie-Josée Parent, agronome

Mis en marché depuis trois ans, les filtres antimicrobiens développés par la compagnie québécoise Noveko et installés dans les entrées d’air des porcheries ont fait leurs preuves. En effet, toutes les recherches menées depuis 2007 ont démontré leur efficacité et continuent à le prouver (voir encadré Nombreux essais). Cependant, sur le terrain, la maîtrise des entrées d’air parasites, c’est-à-dire les entrées d’air non filtrées comme le cadrage de porte ou les cadres à volets des ventilateurs non étanches, et le suivi de la biosécurité peuvent en compromettre l’utilité.

Sur la vingtaine de sites commerciaux munis de ce système de filtration antimicrobien à travers le monde, trois sites du Québec ont récemment contracté le virus du syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP). De nombreuses voies de contamination du SRRP sont aujourd’hui reconnues. Les filtres visent à contrer une seule d’entre elles : la contamination par l’air. Les autres voies sont notamment l’homme, les animaux, les aliments, le matériel…

Ces récents épisodes ont rappelé au concepteur, aux intervenants du secteur porcin et aux producteurs l’importance de ne pas voir le système de filtration comme un simple équipement, mais comme un outil à intégrer dans le protocole complet contre la maladie la plus coûteuse de l’industrie porcine, le SRRP.

Selon Simon Labrecque, vice-président filtration d’air chez Noveko, la sensibilisation en matière de biosécurité sera prioritaire dans l’approche client : « Je pense que beaucoup de producteurs voyaient ça comme une installation mécanique. Mais, c’est tout le suivi en matière de biosécurité qui est important. Les filtres, c’est un élément de la boucle de la biosécurité… Le point qui restait à protéger. » Simon Labrecque précise que les sites du Québec sont parmi les plus à risque au monde en raison de la grande concentration porcine en certains endroits.

Investigation
L’ingénieur Francis Pouliot du Centre de développement du porc du Québec (CDPQ) et le vétérinaire Claude Tremblay de la Clinique Demeter ont été mandatés par Noveko pour enquêter sur la situation et proposer des améliorations. Au moment de lire ces lignes, leurs recommandations finales devraient être connues. Il est toutefois possible d’affirmer que trois grands axes sont proposés : bien étancher le bâtiment contre les entrées d’air parasites, bien faire l’installation des filtres et s’assurer de l’application du protocole de biosécurité. « Il faut parler d’approche intégrée entre l’ingénieur, l’équipementier, le vétérinaire et surtout le producteur et ses employés, explique Francis Pouliot. La filtration, c’est un élément du casse-tête pour contrer la maladie. »

Un plus grand souci sera consacré à l’installation et des solutions seront proposées pour empêcher l’entrée d’air parasite non filtrée. « Il faut travailler sur l’étanchéité du site », explique Claude Tremblay.

Selon Francis Pouliot, l’installation de filtres ne nécessite pas de changer la ventilation, « à moins qu’elle soit déficiente ». Avant d’installer des filtres, la ventilation actuelle de la ferme est évaluée. Le débit d’air nécessaire pour le nombre d’animaux présents est comparé avec la ventilation réelle de la porcherie. Les filtres peuvent être installés autant sur les entrées d’air de types prise d’air au plafond ou prise d’air sur le mur.

« Il y a beaucoup de calfeutrage à faire lors de l’installation afin de s’assurer que tout l’air passe par là », explique Bernard Dion de la ferme J.P. Dion et fils. Lui et son fils Michael ont démarré une entreprise, Techno-Filtre MB, spécialement pour faire l’installation, l’entretien et le lavage des filtres.

Avec les récents cas de SRRP sur les sites filtrés, des doutes ont germé dans l’esprit de plusieurs intervenants et producteurs sur l’efficacité de la filtration. « L’objectif est de minimiser les risques d’entrée du virus, explique Francis Pouliot. Des études effectuées dans des zones à haute densité porcine aux États-Unis ont démontré que 45 % des fermes commerciales avaient une crise de SRRP par année. Or, le chercheur Scott Dee, de l’Université du Minnesota, a démontré que moins de 5 % des fermes commerciales filtrées avaient une crise de SRRP. C’est dix fois moins que sans filtre ! »

Nombreux essais
Les premiers essais ont eu lieu en 2007 et 2008 par l’équipe du CDPQ dirigée par Laura Batista et par celle du chercheur Scott Dee de l’Université du Minnesota. Ils ont démontré que les filtres développés par la compagnie Noveko permettent de limiter la transmission du SRRP et que la formule à dix couches de filtres était efficace sans trop restreindre l’entrée d’air. Ces filtres sont conçus avec une fibre qui a la capacité de tuer les microorganismes, dont le virus du SRRP.

Dans un autre essai mené en 2009, Scott Dee a placé, au Swine Disease Eradication Center (SDEC) appartenant à l’Université du Minnesota, une roulotte dotée de filtres à 120 mètres d’une porcherie infectée en continu par le SRRP. Les porcs de la roulotte n’ont pas été infectés sur une période de 13 mois alors que le bâtiment témoin sans filtres a été contaminé huit fois sur 13 par le SRRP et cinq fois sur 13 pour le mycoplasme.

L’été dernier, l’équipe du CDPQ a évalué l’efficacité de filtres après 16 mois d’utilisation. « Sur les neuf répétitions prévues dans le projet, aucun porcelet n’a été infecté et aucun écouvillon n’a recueilli de vSRRP sur les surfaces de la chambre réceptrice », peut-on lire dans le rapport. Le vSRRP fait référence au virus du SRRP. Une étude commencée en décembre dernier au SDEC, et qui s’est terminée en mai dernier, a évalué l’efficacité de filtres jusqu’à 29 mois d’âge. Tous les filtres ont été efficaces pour empêcher l’entrée du virus du SRRP. L’étude se continue jusqu’en novembre avec les mêmes filtres, afin d’évaluer leur durabilité sur une période totale de 36 mois.

Encadré : Entretien
Les filtres devraient être lavés deux fois par année : au printemps, après que les arbres ont disséminé leur pollen, et à l’automne. Le lavage du printemps est le plus important parce que c’est en été que les besoins de ventilation sont les plus grands. Le pollen obstrue la moustiquaire et les filtres, et limite l’entrée d’air. Un passage d’aspirateur ou un coup de balai sur la moustiquaire est nécessaire. Puis, le lavage du premier et du deuxième module de filtres permet de nettoyer toute saleté.

Bernard Dion et son fils Michael, de Techno-Filtre MB, ont pour leur part développé une laveuse pour le nettoyage des filtres. « Avec la laveuse à pression, c’est long et ça endommage les filtres », explique Bernard Dion. Avec son système, il fait d’abord tremper le filtre dans un savon doux. Le filtre est ensuite passé dans un cadrage muni de quatre jets. En environ 30 secondes au total, un filtre est libéré de toute saleté.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. La superficie des filtres est calculée pour éviter de créer une restriction d’air trop élevée. L’installation varie selon la porcherie. Sur cette ferme de la Beauce, les filtres sont installés à la verticale. De plus, le producteur a remplacé un filtre par un plexiglas pour ne pas couper l’entrée de lumière.
2. Producteur de porcs en Montérégie jusqu’à cet été, Bernard Dion de la ferme J.P. Dion et fils a encouragé la compagnie Noveko à adapter ses filtres antimicrobiens pour les entrées d’air de fermes porcines. Il a notamment travaillé à l’aspect pratique de l’installation et du nettoyage des filtres.
3. Dans le cas des entrées d’air modulaires, on aménage un caisson au-dessus des entrées d’air dans l’entretoit afin d’obliger l’air à passer par les filtres. Sur la photo A, on voit la partie visible des entrées d’air modulaires dans l’entretoit. Remarquez le caisson de bois autour des entrées d’air modulaires. L’entrée du caisson est ensuite fermée par un filtre comme sur la photo B.

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