Jean-François Cliche

« Le débat public sur l’agriculture se déroule sans agriculteurs ni agronomes »

Les médias grand public entretiennent une relation ambiguë avec la science. D’un côté, ils l’apprécient quand elle vient donner de la crédibilité à une «histoire». Mais de l’autre, ils sont mal à l’aise quand les résultats scientifiques ne vont pas dans le sens de la trame narrative populaire, de l’idée que la population se fait d’emblée sur une question. En outre, la presse grand public éprouve de la difficulté à présenter les résultats scientifiques, qui sont souvent de nature complexe, sans les dénaturer.

À travers son expérience en journalisme scientifique, Jean-François Cliche a observé qu’il en va pour la science touchant à l’agriculture comme pour les autres domaines. Il déplore par exemple comment la question du glyphosate a pu faire l’objet de «raccourcis» déplorables dans les médias. Comme cet article paru dans un quotidien québécois qui rapportait les résultats d’une étude qui pointait le vin blanc parmi un ensemble d’aliments comme celui contenant le plus de glyphosate, mais qui omettait de préciser qu’il faudrait en consommer 41 litres par jour pour atteindre le seuil jugé problématique pour la santé! Jean-François Cliche s’est aussi intéressé de près au cas des viandes rouges et de leur nocivité réelle ou présumée sur la santé humaine.

Pourquoi la couverture des sciences laisse-t-elle à désirer alors qu’elles ont une influence plus grande que jamais sur nos vies? Le journaliste formule à ce sujet certaines hypothèses. Une espèce de phobie des sciences répandue au sein des médias. Cette croyance très répandue à l’effet que le sujet n’intéresse pas la population. La difficulté des groupes victimes d’une déformation des faits scientifiques à faire attendre leur voix. «Une observation que je fais depuis des années, confie-t-il, c’est que le débat public sur l’agriculture se déroule sans agriculteurs ni agronomes. Les médias les citent très peu. Parfois, ils vont consulter les scientifiques s’ils ont des résultats frappants, par exemple sur la santé humaine. Mais au final, ce sont surtout les positions des politiciens et des groupes de pression comme Greenpeace qu’ils rapportent.»

Biographie
Jean-François Cliche exerce une fonction aussi rare qu’exigeante : celle d’informer la population sur les développements de la science. Journaliste au quotidien Le Soleil, il y est affecté depuis 2006 à la couverture de l’actualité scientifique. Il signe également des chroniques au magazine Québec Science. Toujours solidement documentés, ses écrits se sont taillés une réputation de clarté et de rigueur dans un domaine par définition complexe, où il serait facile d’ignorer les nuances, de déformer des conclusions ou de carrément les ignorer. Il a également corédigé les deux tomes du livre En chair et en maths avec le mathématicien Jean-Marie De Koninck.

Jean-François Cliche a poursuivi des études universitaires en sociologie et en histoire et non dans une branche scientifique. Il confie éprouver depuis longtemps un fort intérêt pour les sciences. «En 2006, quand la direction du journal a sollicité des propositions de contenu scientifique à ses journalistes, la majeure partie des livres que je lisais par intérêt personnel portaient sur la science», raconte-t-il.

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