Passez à GO, réclamez 260$

Les prix sont bons mais la tendance pourrait-elle se maintenir encore?

Ça dépend certainement des régions, mais dans les dernières semaines, le prix du maïs est passé au Québec autour de 260-280 $ la tonne pour livraison avant la prochaine récolte. Ensuite, pour les moins suivants, on parle de 220 à 245 $ la tonne, et même parfois un peu plus.

Pas besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi. Aux États-Unis, les inquiétudes météo du printemps, les ensemencements tardifs et les superficies semées moins importantes ont généré beaucoup d’inquiétudes. À la bourse, nous sommes passés de moins de 3,50 $US/bo. à plus de 4,50 $US/bo., un gain important de 1,00 $US/bo. (39,37 $US/tonne).

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Au Québec, nous avons eu aussi une bonne dose de stress avec un printemps difficile. On sait maintenant que nous accusons un retard de l’ordre de 2 à 3 semaines au minimum par rapport à la normale. Selon Statistique Canada, les ensemencements de maïs ont reculé à 382 500 ha cette année (3 200 ha de moins que l’an dernier), et avec le début de saison difficile, il serait étonnant que la récolte soit particulièrement importante cette année.

Sachant que depuis 5 ans, le rendement joue de 8,6 (2014) à 10,4 (2016) tonnes/ha, on peut présumer qu’à rendement moyen faible de 9,0 tonnes/ha, nous obtiendrons une récolte au mieux de 3,4-3,5 millions de tonnes contre 3,62 millions de tonnes l’an dernier.

Ce qui ajoute une dimension intéressante à tout ceci, c’est que localement, nous sommes fort probablement déjà en déficit de maïs pour arriver à la prochaine récolte. C’est ce que suggèrent les données du plan conjoint de Producteurs de Grains.

Nous nous retrouvons donc avec des bases locales dans le maïs qui sont très vigoureuses, même avec la hausse des prix à la bourse. C’est vrai pour du maïs vendu d’ici les récoltes, mais aussi après les récoltes.

Alors on fait quoi avec de tels prix? On attend ou on vend?

Dans mon dernier billet sur ce blogue en juin dernier (Point de non-retour pour les récoltes et les prix des grains), j’avais réalisé une petite analyse historique d’année comparable à 2019. La conclusion: en principe, il serait étonnant que le rallye à la bourse se termine au mieux avant le début août. Si on se fit donc à cette analyse, c’est dire qu’il faudrait encore patienter un peu. Je crois que c’est toujours vrai, mais attention…

C’est vrai car nous avons encore plusieurs incertitudes météo aux États-Unis et au Québec d’ici les récoltes. On ajoute à l’équation le retard important dans le développement des cultures, le risque de gel à l’automne, et le fait qu’il se peut très bien que les estimations d’ensemencement soient encore réduites, et nous avons effectivement la bonne recette pour de meilleurs prix.

Par contre, avec les années, on apprend. Et une chose que les marchés m’ont appris, c’est qu’ils n’ont certainement pas fini de composer avec des imprévus.

Un bel exemple de ce genre de rappel à l’ordre a eu lieu le 28 juin dernier avec le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA). À la surprise générale, ce dernier a très peu réduit son estimation d’ensemencements américains de maïs pour cette année.

Et depuis, force est d’admettre que le prix du maïs plafonne à la bourse et au Québec. La météo est un peu mieux aux États-Unis, au Québec également. Avec la surprise du USDA du 28 juin dernier, les marchés sont aussi beaucoup plus indécis sur les prochaines projections que nous aurons.

Est-ce que les superficies ensemencées et récoltées seront « vraiment » moins importantes? Et qu’en est-il du rendement? L’état des cultures aux États-Unis est certainement mauvais, mais il prend aussi tranquillement du mieux depuis le début juillet…

Concrètement, même si on peut penser avec raison que les prix peuvent être plus intéressants au cours des prochaines semaines et mois, il y a donc un risque qu’ils déçoivent aussi.

Le mieux demeure à mon avis de continuer de ventiler ses ventes, et surtout, de commencer dès maintenant à placer ses pions avec des ventes pour la récolte, les mois suivants, et même pour la récolte de l’an prochain. Oui, oui, 2020!

Les prix peuvent encore très bien grimper. Mais, je ne compte plus le nombre de fois non plus où des producteurs m’ont dit après 2012 : « Avoir su, j’en aurais vendu plus à l’avance! »

Passer à GO, ramasser 260 $ la tonne et plus pour une livraison d’ici la récolte, ou encore 220 à 245$ la tonne et plus pour la récolte et les mois suivants, ça faisait un bon moment qu’on n’avait pas vu ça dans le maïs!

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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