Pâturages pour veaux seulement

Faut-il que l’alimentation à la dérobée des veaux soit sous forme de moulée ? Pourquoi ne pas penser au pâturage, un aliment à la fois riche et économique ?
par Marie-Josée Parent, agronome

En octobre, les feuilles des arbres flamboient de mille couleurs. À la ferme de Graham Hodge, à Cookshire- Eaton, en Estrie, les pâturages en gestion intensive affichent une couleur verte contrastante. Les 70 veaux de cinq à six mois d’âge broutent cette herbe appétissante. Depuis leur naissance, ils ont accès à une herbe de première qualité.

C’est bien connu : les jeunes pousses d’herbe sont plus riches en énergie, ce dont les veaux en pleine croissance ont besoin. Bien sûr, à leur naissance, ils ne font que s’amuser avec l’herbe, mais peu à peu, ils en apprécient le goût, d’autant plus que les vaches ne peuvent pas voler leur bonbon. C’est qu’aux fermes Hodge, les veaux ont accès à des parcelles de pâturage dans lesquelles leurs mères ne peuvent pénétrer, ce qu’on appelle du pâturage à la dérobée.

Derrière la maison des Hodge, le pâturage est subdivisé en trois parcelles. Les vaches sont placées dans une première parcelle avec leurs veaux. Des clôtures électriques délimitent les parcelles. Celles-ci sont installées juste assez haut, à environ 1,14 m du sol (45 po), pour permettre aux veaux de passer dessous et d’accéder à la parcelle voisine, là où l’herbe n’a pas été broutée récemment par les adultes. Les vaches, plus grandes, se font repousser par le courant électrique. Un jour ou deux de broutage dans la première parcelle et les vaches sont ensuite déménagées dans cette autre parcelle afin de manger ce que les jeunes ont laissé.

Les veaux ont toujours accès à de l’herbe fraîche puisqu’il reste une troisième parcelle intacte. Lorsque les vaches sont transférées dans cette dernière parcelle, les veaux peuvent retourner dans la première parcelle qui a déjà recommencé à pousser. « Les veaux ont toujours accès au pacage avant les vaches pour qu’ils profitent de l’herbe la plus fraîche », explique Graham Hodge. Croissance améliorée

Avec le nouveau programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) pour les veaux d’embouche, les veaux qui croissent plus vite sont avantagés, car la compensation est maintenant en partie calculée en fonction du nombre de kilogrammes de veaux vendus.

L’an dernier (2009), un tiers de la compensation de l’ASRA était calculé en fonction du nombre de kilogrammes de veaux vendus, alors que les deux tiers étaient calculés sur le nombre de vaches et taures de reproduction de 22 mois et plus. Cette année (2010), ce sont les deux tiers et l’an prochain (2011), ce sera la totalité de la compensation qui sera calculée en fonction du nombre de kilogrammes de veaux vendus.

En raison de la nouvelle formule de l’ASRA et du revenu de la vente des veaux, un producteur qui réussit à faire prendre le maximum de gain à ses veaux au pâturage est avantagé. C’est l’alimentation la plus économique puisqu’il n’y a pas de récolte nécessaire.

Graham Hodge est convaincu que l’alimentation à la dérobée au pâturage de ses veaux joue en sa faveur sur ce plan. Les chiffres de 2008 sont éloquents. De la naissance à la vente à l’automne, à un poids de 265 kg (585 lb), les veaux ont connu un gain moyen quotidien de 1,13 kg par jour (2,5 lb), selon l’estimation de Graham Hodge. Ce qui est bien si l’on compare au PATBQ qui, pour la même année, chiffre la moyenne provinciale à 1,04 kg par jour (2,3 lb), les plus performants se situant à 1,15 kg. Il est à noter que Graham Hodge peut faire paître ses animaux plus longtemps, un mois et demi à deux mois de plus, en raison de la gestion intensive des pâturages.

« En considérant seulement les jours supplémentaires de paissance, j’estime l’économie reliée à l’alimentation de l’ordre de 4000 $ à 5000 $ », évalue l’agronome Pierre Demers du MAPAQ, en Estrie. Ainsi va l’alimentation des veaux de leur naissance, en avril-mai, jusqu’à leur sevrage à la fin octobre.

Encadré : Pâturage intensif
Graham Hodge fait partie de la minorité de producteurs qui utilisent la régie intensive des pâturages. Cette façon économique de nourrir ses animaux permet de fournir une herbe fraîche de grande qualité et en quantité durant toute la durée de paissance. Les fermes Hodge comptent 16 enclos totalisant 105 hectares de pâturages permanents subdivisés en 28 parcelles, dont 11 sont récoltées sous forme de balles enrobées en début de saison, avant d’être pâturées.

Au printemps, les vaches et leur veau ne restent que 12 heures dans des petites parcelles. Puis, selon la grandeur des parcelles et la rapidité de croissance de l’herbe, les vaches et leur veau peuvent rester jusqu’à un maximum de deux jours et demi. En 2008, l’entreprise a eu besoin d’environ 1,08 hectare (2,7 acres) de pâturages et de fourrages récoltés par vache et son veau, pour 97 vaches cette année-là. Pour un producteur qui n’utilise que des pâturages permanents non fertilisés, mais chaulés, c’est bon.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Aux fermes Hodge, les veaux ont accès aux pâturages avant leurs mères. À l’avant-plan, on remarque les veaux de cinq à six mois d’âge. À l’arrière, les vaches sont dans une autre parcelle avec d’autres veaux qui ont préféré rester avec leurs mères.
2. Grégaires, les bovins se regroupent à l’endroit où la clôture électrique est la plus haute. Il faut dire que les veaux ont profité durant l’été et qu’ils hésitent dorénavant avant de traverser.
3. Deux veaux traversent,
4. puis d’autres les suivent.
5. Bientôt, un bon groupe de veaux est d’un côté de la clôture alors que les mères n’ont d’autre choix que de rester de l’autre côté.
6. « J’exploite le pâturage à la dérobée depuis presque 15 ans », raconte simplement Graham Hodge. Avec 17 ans de pratique du métier de producteur bovin, on peut presque dire qu’il utilise ce type de régie depuis toujours.

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