Pour que la précision paye

Quand on investit en agriculture de précision, réflexion et calcul s’imposent pour s’assurer de rentabiliser son équipement.
par Nancy Malenfant

On ne magasine pas un système d’autoguidage ou d’application à taux variable comme on magasine un tracteur. En achetant un équipement d’agriculture de précision, on s’attend à ce que ce soit payant et vite ! Pour le rentabiliser, il faut en tirer son plein potentiel.

Stéphane Savoie, producteur de porcs et de grandes cultures (510 hectares) à Sainte-Hélène-de-Bagot, a acquis le printemps dernier un système d’autoguidage pour niveler et augmenter la précision de ses opérations. Le Bulletin s’est rendu chez lui en compagnie de Régis Boulay, conseiller en gestion agricole chez Progestion de Saint-Hyacinthe, pour une séance de jonglage avec les chiffres*.

Encadré : * Le calcul et les chiffres complets sont disponibles sur le site du Bulletin. Les données proviennent du producteur, de Case IH et des Références économiques du CRAAQ. Les pourcentages d’économies sur le chevauchement ont été estimés à partir de sources québécoises et américaines. Ces chiffres sont présentés à titre indicatif seulement. Ils ne s’appliquent pas à tous les cas et les coûts de l’équipement varient d’une compagnie à l’autre. Chaque producteur devrait exécuter son calcul avec les données s’appliquant à sa ferme.

Coût d’achat de l’équipement : 24 000 $
Il n’y a pas d’autoguidage sans GPS. Le système de Stéphane Savoie, un AgGPS FM-1000 incluant l’écran, le récepteur et le câblage, valait 18 000 $.

Par ailleurs, il arrive que des composantes supplémentaires doivent être ajoutées sur le tracteur pour que le système y soit compatible. Ce montant se chiffrait à 6000 $ pour notre exemple.

Si l’agriculteur désire acheter la station de référence RTK, le prix de celle-ci se rajoute au coût d’acquisition de l’équipement. Or, il est possible de louer le signal, option qu’a choisie Stéphane Savoie. Le montant de location annuel de 1500 $ est alors ajouté au coût de possession de l’équipement (voir section suivante).

Les mises à jour du système et le soutien technique peuvent être inclus dans le prix d’achat, comme ici où ils font partie des 18 000 $. S’il faut payer à la pièce ou annuellement, comme pour la location de signal, les frais supplémentaires sont ajoutés au coût de possession.

Coût de possession de l’équipement : 4673 $/an
On définit le coût de possession comme les frais annuels requis pour posséder un équipement. Ceci inclut la dépréciation, le taux d’intérêt, les réparations, l’entretien, les taxes (si applicable) ainsi que les assurances.

On calcule le coût de possession d’après la vie économique du bien, c’est-à-dire la durée de vie pendant laquelle on peut s’attendre à pouvoir l’utiliser. Dans notre exemple, nous avons appliqué une durée de vie de l’équipement de 7,5 ans en considérant que Stéphane Savoie a acquis la plus récente technologie disponible.

« Les gens sont souvent surpris de voir ce qu’il leur en coûte seulement pour avoir la machinerie dans leur cour », a constaté le conseiller en gestion Régis Boulay. Pour récupérer son investissement, on doit utiliser l’équipement de façon à ce que les bénéfices tirés dépassent le coût de possession.

Économies de temps et d’intrants : 3583 $/an
Ici entrent en jeu les économies et gains résultant de l’autoguidage. Pour simplifier l’exercice, nous avons considéré seulement les économies de temps et d’intrants reliées à la diminution des chevauchements entre les passages. Les pourcentages d’économies que nous avons utilisés sont modestes puisque les champs sont réguliers.

Pour le semis, nous avons estimé la diminution du chevauchement à seulement 1 % puisque le marqueur du semoir permet habituellement une bonne précision. On économise donc 1 % de temps, de carburant et d’engrais de démarrage dans le maïs, en plus de la semence (maïs, soya et blé), pour un montant de 1658 $.

Pour l’arrosage, nous avons utilisé un taux de réduction des pesticides de 4 %. En considérant que certains champs ont été arrosés deux fois, Stéphane Savoie a pulvérisé 750 hectares en tout pour une économie de temps et d’intrants de 678 $.

Pour les travaux de sol (chisel et vibroculteur) ainsi que le battage, le pourcentage de chevauchement a été fixé à 6 % puisque la ligne de passage précédente est parfois difficile à voir. Les économies de temps, de carburant et en efficacité accrue à la récolte se chiffrent à 1247 $.

Un manque à gagner réel ?
En mettant les chiffres ensemble, on constate qu’il faudrait un avantage supplémentaire de 1090 $ par année (économies de 3583 $/an – coût de possession de 4673 $/ an) pour que Stéphane Savoie commence à récupérer l’investissement sur son système de guidage. Or, nous n’avons pas inclus les augmentations potentielles de rendement dues à une meilleure utilisation des surfaces.

Par ailleurs, le producteur fait des travaux à forfait pour lesquels il utilise son système de guidage, ce qui contribue à le rentabiliser davantage. Il s’en sert aussi pour niveler. « Juste avec les améliorations de rendement résultant du nivelage par GPS, le système se paye tout seul », estime-t-il.

Stéphane Savoie compte profiter d’autres possibilités offertes par l’autoguidage avec les années. La fermeture automatique des unités du planteur et celle des buses du pulvérisateur, pour éviter le doublage, seront les prochaines options à ajouter. Ce sont d’ailleurs ces technologies qui offrent le plus grand retour sur l’investissement.

Finalement, les économies de temps réelles sont probablement plus élevées que le seul temps épargné en évitant les chevauchements. Selon Vincent Macchabée, ingénieur et PDG d’Innotag, entreprise spécialisée en technologies d’avant-garde, on peut rouler plus rapidement, donc faire davantage de travaux en moins de temps, mais on épargne aussi du temps en bout de champ. « Le producteur n’a pas besoin de reculer en bout de champ pour se replacer à côté du passage précédent, explique-t-il. Il peut passer plus loin et revenir exactement au même endroit plus tard. »

Il existe aussi des avantages non chiffrables, tels que la réduction du stress et de la fatigue ainsi que la possibilité de travailler de plus longues heures. On peut même ajouter dans cette catégorie, la satisfaction d’avoir des rangs plus droits !

Définir ses besoins
Selon les travaux à réaliser avec l’autoguidage, le degré de précision nécessaire varie. Puisque celui-ci influence le coût du signal, il est important de définir ses besoins. Il existe jusqu’à quatre niveaux de précision allant du signal gratuit d’une précision de 6 à 8 pouces jusqu’au signal RTK Glonass précis à +/- 1 pouce incluant des frais annuels ou l’achat d’une station de référence.

Une précision inférieure à 4 pouces convient au travail de sol, à l’application d’engrais à la volée, à la pulvérisation et à la récolte. Pour le semis et le sarclage, il vaut mieux investir dans un signal plus précis. À vérifier aussi lors de l’achat : le signal couvre-t-il toutes les terres ? En effet, la station de référence émet un signal jusqu’à une certaine distance et tous les champs doivent se retrouver dans son rayon d’émission. En outre, il s’avère parfois impossible de recevoir le signal dans certaines parcelles boisées. Il faut alors envisager l’installation d’une répétitrice en hauteur qui relayera le signal de la station de référence au récepteur attaché à l’équipement de ferme.

Surface minimale
« Il n’y a pas de grosseur de ferme typique à laquelle s’applique l’agriculture de précision », assure Vincent Macchabée. Pour appuyer ses dires, il mentionne les maraîchers et les producteurs de grandes cultures biologiques qui ont souvent moins de surfaces, mais qui réussissent à rentabiliser rapidement leur équipement avec des cultures à haute valeur ajoutée. « Il y a aussi l’aspect travail mécanique, mentionne le dirigeant d’Innotag. Plusieurs passages de sarcleurs sont souvent nécessaires en agriculture biologique. Il est alors avantageux de semer droit pour faciliter le sarclage par la suite. »

Évolutivité du système
Lors de l’achat d’un système d’autoguidage, il faut penser à l’usage qu’on veut en faire à court terme, mais aussi avoir une vision à moyen terme. Par exemple, si on souhaite faire du taux variable dans l’avenir, l’équipement acheté devrait être adaptable à cet usage pour éviter de devoir se rééquiper au complet.

Rentable de plusieurs façons
Gilles Brisson cultive 1100 hectares de blé, soya, maïs-grain et haricot sec à Saint-Jacques-de-Montcalm, près de Joliette. Il a emprunté le chemin de l’agriculture de précision avec le système de pilotage Autofarm RTK d’Innotag voilà cinq ans et estime avoir récupéré son investissement en deux ou trois ans. « On le rentabilise surtout avec le haricot sec, car on passe souvent pour les arrosages », explique le producteur.

Augmenter la précision des passages en valait la peine pour Gilles Brisson : il peut semer en semis direct exactement dans la ligne dégagée par le tasse-résidus. Les rangs ne se retrouvent jamais dans les traces de passage de machinerie et il ne casse pas de plants lors des passages, même si les entre-rangs ne sont que de 20 pouces. « L’autoguidage ouvre la porte à différentes techniques, telles que le fractionnement des engrais et des applications de pesticides, en plus de l’arrosage en bandes, puisqu’on n’a pas peur d’abîmer les cultures en passant plus tard. »

Encadré : Les craintes qui freinent l’investissement
Un sondage mené auprès de producteurs agricoles américains sur leur principale préoccupation face à l’investissement en agriculture de précision révèle que :

* 34 % trouvent que c’est trop cher
* 29 % disent ne pas posséder assez de surfaces pour rentabiliser leur achat
* 15 % craignent que la technologie ne soit trop rapidement dépassée
* 8 % redoutent que ce ne soit trop compliqué à opérer
* 8 % ne font pas confiance à la précision du signal GPS
* 6 % ne veulent pas se risquer pour diverses raisons

Source : Agriculture Online

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Le spécialiste en agriculture de précision chez Équipements Adrien Phaneuf, Denis Gauthier, le producteur, Stéphane Savoie, et le conseiller en gestion agricole chez Progestion, Régis Boulay, estiment la rentabilité du système acheté par M. Savoie.
2. Les gains tangibles avec l’agriculture de précision sont principalement de deux ordres. D’abord, on économise temps et intrants en évitant les chevauchements et les applications en double. Deuxièmement, on obtient des hausses de rendement en maximisant le potentiel de ses surfaces.
3. En diversifiant les usages d’un système d’autoguidage, on récupère plus rapidement son investissement. Parmi les autres utilisations possibles, on note le taux variable, le nivelage et le swath control. Ici, l’azote en postlevée du maïs est appliqué à taux variable avec un capteur N-sensor.

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