2015, une autre année de sècheresse aux États-Unis?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Le coup d’envoi pour la saison 2015 est pratiquement lancé. Dans le sud des États-Unis, même si des retards importants sont à signaler dans certains cas, les semis de maïs et soya sont bel et bien commencés depuis deux semaines. Les cultures de blé d’hiver dans les Plaines américaines sont aussi sorties de leur dormance.

Comme chaque année, les marchés commencent donc maintenant à s’interroger. 2015 sera-t-elle ou non une bonne année pour les cultures aux États-Unis? Difficile à dire…

Une chose est certaine cependant, il y a maintenant plusieurs inquiétudes qui ont fait surface dernièrement.

L’une étant déjà à l’œuvre dans le sud des États-Unis, mais aussi anticipée dans le sud et l’est du Midwest américain; un début de saison trop frais, mais surtout trop humide. Cela dit, des semis tardifs n’impliquent pas nécessairement une mauvaise année. Enfin, par pour l’instant.

Par contre, ce retard jette un doute dans l’esprit des marchés dont il faut prendre note :

« Si les semis sont trop tardifs aux États-Unis, ne se sèmera-t-il pas encore davantage de soya que les superficies déjà très importantes attendues? »

Bien entendu, on verra ce que le rapport du USDA présentera mardi prochain. Mais, chose certaine, s’il confirme des superficies à nouveau record cette année en soya aux États-Unis, et que le début de saison est tardif, la possibilité de voir une autre année record pour le soya et inonder les marchés à l’automne prochain a de quoi donner des sueurs froides.

Une autre incertitude depuis deux à trois semaines est celle de la sècheresse.

En effet, regardez bien les cartes d’indice de sècheresse pour les États-Unis ci-joint…

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En un mois, une zone de sècheresse un peu plus importante a pris forme principalement dans le nord-ouest du Midwest et le nord des Plaines américaines. La situation n’est pas problématique pour le moment, mais assez inquiétante pour que certains commencent à faire des rapprochements avec la sècheresse historique de 2012. Et on ne peut pas leur donner tord comme l’illustre bien la carte qui suit.

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Bien entendu, un coup d’eau et quelques jours de précipitations plus importantes, et cette menace sera rapidement écartée. Mais, pour le moment, elle est là, et tranquillement les marchés en prendront note si elle persiste.

Pour ceux qui ont encore des grains à vendre, ou mieux, qui commencent déjà à jeter un œil sur leurs ventes pour la prochaine récolte, il y a matière à réflexion.

D’un côté, comme le veut la tendance saisonnière, les imprévus du printemps donnent encore à penser que cette année nous pourrions profiter de meilleurs prix dans les prochaines semaines. De l’autre, nous entrons dans une période typique de « marché de météo ». Ce type de marché occasionne d’importantes variations des prix qui peuvent parfois nous induire en erreur sur leur direction à venir.

Ce n’est pas par exemple parce que les prix bondissent en avril, qu’à proprement parler on peut espérer de meilleur prix dans les mois qui suivent. Tout est une question de météo, surtout avec le contexte d’abondance que l’ont connait cette année.

Si les conditions météo sont mauvaises, et que les rendements ne sont pas au rendez-vous à la récolte, il y a fort à parier que le pire est derrière nous pour les prix des grains. Par contre, à l’opposé, si les conditions sont bonnes et les rendements prometteurs, on peut s’attendre encore à une autre année difficile.

Mais, d’ici là, attendons de voir ce qui sera semé ce printemps, avec la publication d’un rapport très important mardi prochain…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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