Une semaine déterminante pour les marchés

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca
Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Cette semaine en est une très importante pour les prix des grains. Jeudi, 28 février à midi, le Département de l’Agriculture (USDA) doit présenter deux rapports très attendus des marchés : les intentions d’ensemencements américains et le niveau trimestriel des inventaires de grains aux États-Unis au 1er mars.

Inventaires de grains américains

Petit retour en arrière… avec les prix à des niveaux exceptionnels au début de l’automne dernier, voir même record dans le cas du maïs, le biais des marchés était alors qu’un ralentissement inévitable de la demande de grains aurait lieu au cours de la fin de l’automne 2012 et à l’hiver2013.

Pour diverses raisons, à la grande surprise de plusieurs, ce recul de la consommation n’aura cependant pas eu lieu. Enfin, c’est ce qu’aura révélé le niveau des inventaires trimestriels de grains américains au 1er décembre dernier.

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Comme l’illustrent les graphiques précédents, le fait est qu’en réalité le niveau des inventaires américains de maïs et soya au 1er décembre dernier se sont établi à des niveaux bien inférieurs à l’an dernier et à la moyenne des 5 dernières années.

Cette surprenante et inquiétante réalité a été présentée par le USDA le 11 janvier dernier.

Comme on sait, suivant la publication de ces données, les prix sont alors retournés à la hausse, atteignant en février leur plus haut niveau de 2013 jusqu’ici.

La grande question actuelle des marchés est donc de savoir maintenant si cette consommation aura finalement ralenti ou non au cours des derniers mois, ce que le rapport d’inventaires de ce jeudi devrait éclaircir.

Comme il est possible de le voir dans les graphiques que j’ai présentés plus haut, on constate que du côté du maïs on s’attend à en moyenne un recul des inventaires sensiblement équivalent à ce qu’on observe chaque année. Autrement dit, toujours pas de ralentissement tangible de la consommation…

Ce qui inquiète ici, c’est donc le fait que les inventaires américains de maïs poursuivent ainsi leur chute vers des niveaux extrêmement faibles qui n’ont pas été observé depuis longtemps. De quoi sérieusement rendre nerveux les acheteurs américains de grains qui devront rivaliser pour obtenir du maïs d’ici la prochaine récolte.

En ce sens, pas surprenant alors que le prix du maïs à la bourse cherche présentement à amorcer un nouveau rallye… Il reste à voir maintenant ce que le USDA révèlera ce jeudi.

Du côté du soya, la situation semble aussi inquiétante.

On sait déjà que depuis de nombreux mois, les exportations américaines de soya ont été très bonnes. La trituration domestique aux États-Unis n’a pas été trop mal non plus au cours de cette même période. Il  n’était donc pas si surprenant de constater un recul des inventaires américains de soya au 1er décembre dernier.

Par contre, comme le suggère la prévision des analystes pour ce jeudi, on ne s’attend pas non plus à ce qu’un ralentissement de la consommation (et des exportations) ait eu lieu au cours des derniers mois aux États-Unis. En fait, c’est même tout le contraire puisqu’on suggère même un rythme de consommation plus important qu’à la normale.

Ceci n’a cependant rien de surprenant, sachant aussi que jusqu’ici les exportations de soya sud-américain auront peiné à prendre leur essor avec tous les problèmes rencontrés dans les installations portuaires (spécialement brésiliennes).

Il reste à voir maintenant si le USDA rivalisera ou non d’ingéniosité ce jeudi afin de tempérer les inquiétudes des marchés sur un éventuel manque à gagner de soya au cours de l’été aux États-Unis. À ce niveau, la principale carte cachée reste l’idée que tôt ou tard, les exportations de soya d’Amérique du Sud viendront bel et bien stopper l’hémorragie aux États-Unis.

Intention d’ensemencements aux États-Unis

S’il y a une chose qui aura fait coulé bien de l’encre au cours des dernières semaines, c’est bien la tentative d’estimer ce que seront ces fameuses intentions d’ensemencent aux États-Unis pour ce printemps, mais encore plus aussi ce que seront les rendements obtenus cette année par les producteurs américains.

Dans le maïs, les différentes prévisions varient grandement. Il y a encore quelques semaines, il n’était pas rare que certains suggèrent même des superficies de plus de 100 millions d’acres. Un niveau qui aurait été record depuis les années 30.

Cependant, la valeur du soya étant parvenu à reprendre du terrain au cours de cette période (ratio soya/maïs actuellement à 2,27 – voir Grainwiz), il semble que les prévisions pour ce jeudi soient plus « conservatrices » pour le maïs à en moyenne 97,3 millions d’acres de semés. Ce niveau est équivalent à celui de l’an dernier qui était de 97,2 millions d’acres.

Par la force des choses, s’il n’y a pas encore longtemps plusieurs prévoyaient des superficies semées en soya qui se devaient d’avoisiner 76 millions d’acres, l’appréciation de sa valeur à la bourse n’aura pas été sans conséquence.

C’est ainsi qu’actuellement, en prévision du rapport de ce jeudi, les marchés estiment en moyenne que les producteurs américains sèmeront plutôt 78,5 millions d’acres; une augmentation de plus de 1 million d’acres par rapport à l’an dernier.  Si c’est le cas, ce seront alors les plus importantes superficies semées en soya jamais observé aux États-Unis.

Reste maintenant à établir à partir d’ici ce que seront les rendements obtenus ce qui, à ce moment-ci de l’année, se révèle plus un exercice de cartomancie que de prévisions sur lesquelles nous pouvons vraiment compter. C’est d’ailleurs ce que nous aura très bien rappelé l’incroyable sècheresse de 2012.

Par contre, il faut souligner qu’historiquement, il ne sera pratiquement jamais arrivé (voir jamais…) qu’on assiste à un recul très important des rendements au cours de 2 années successives, et ce, autant dans le maïs que dans le soya. C’est ce que révèlent bien les graphiques ci-joint:

superficies us maissuperficies us soya

 

 

 

 

Le passé n’est peut-être bien pas garant du futur, ce qui ne veut pas dire toutefois qu’il faut l’ignorer pour autant…

Lisez sur le rapport du 28 mars sur le site grainwiz.com

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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