Jamais deux sans trois…

Sans aucun doute, l’un des éléments les plus déterminants dans la récente fermeté « relative » des prix des grains au Québec est le recul du dollar canadien. Il y a quelques semaines, je n’aurai pas mis ma main au feu que de nouveau cette année ce serait le cas.

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Mais, comme l’illustre bien le graphique ci-haut, c’est la 3e fois en trois ans que le dollar canadien flanche au bon moment pour sauver la mise suivant les récoltes :

  • En 2013-14 : -5 % du début janvier 2014 à la mi-mars 2014
  • En 2014-15 : -10 % de la fin décembre 2014 à la mi-mars 2015-12
  • Cette année (2015-16) : début d’un recul en décembre 2015 de l’ordre de -3 %

Ceux qui sont plus familiers avec différentes stratégies de commercialisation de leurs récoltes savent que ce recul n’est pas négligeable dans la balance des différents facteurs qui profitent à leur prix de vente.

Par exemple, un recul de 1 % dans la valeur du dollar canadien (0,75 à 0,7425) pour un prix récolte dans le maïs de 185$/tonne en novembre a permis d’obtenir un gain de près de 2 $ la tonne.

Nous sommes par contre passés d’un dollar canadien de 0,75 à près de 0,72 dernièrement, ce qui aura concrètement « bonifié » le prix de vente d’environ 8 $ la tonne depuis le creux de novembre dans le maïs. Le même exercice dans le soya propose un gain d’environ 17 $ la tonne. Ce n’est pas rien quand on sait que les prix ont gagné depuis les creux de novembre dernier autour de 10-20 $ la tonne dans le maïs, et 20-30 $ la tonne dans le soya (selon les régions de manière générale…).

La question à savoir ce que sera la prochaine direction pour notre huard est donc très importante.

Il y a encore quelques semaines, certains jugeaient que le dollar canadien avait pratiquement atteint le fond du baril à 0,74, bien qu’un recul jusqu’à 0,72 n’était pas exclu. Mais, avec la récente décision des membres de l’OPEP de ne pas lâcher le morceau sur leur niveau de production de pétrole dans les prochains mois, le prix de l’or noir continue de s’enfoncer, forçant de nouveau à la baisse le dollar canadien. Et, selon les différents commentaires qui circulent, il ne faudrait plus maintenant prévoir de retour concret à la hausse du prix du pétrole avant la fin de 2016, possiblement même 2017.

On ne peut non plus passer sous silence la relance de l’économie américaine en cours qui aura fait grimper la valeur du dollar américain sur son index à des sommets dernièrement, écrasant au passage plusieurs devises dont celle canadienne.

Confirmant la santé de la situation économique aux États-Unis, la Réserve Fédérale Américaine a opéré cette semaine une hausse de son taux directeur pour la 1re fois depuis 2008 à 0,25-0,50 %. C’est dire à quel point nos voisins du sud ont le vent dans les voiles alors qu’au Canada, le pays est brièvement tombé en récession en 2015.

Bien évidemment, rien n’est impossible et tout peut encore changer du côté des perspectives économiques canadiennes ainsi que du dollar canadien dans les prochaines semaines/mois. Sauf que pour le moment, il faut bien reconnaître que les astres sont enlignés pour proposer un scénario similaire aux deux dernières années.

C’est donc une bonne nouvelle pour les producteurs de grains québécois qui profiteront, semble-t-il, à nouveau pour débuter 2016 d’un prix « bonifié » par la faiblesse du dollar canadien. Question d’aller chercher entre autres des liquidités pour financer la prochaine saison, il reste à voir maintenant à quel point les importantes récoltes de cette année tireront par le bas les prix lorsque les producteurs du Québec décideront de vendre davantage de grains cet hiver.

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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