À propos de base et météo

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Dans les derniers mois, les bases au Québec ont été très intéressantes, spécialement celles canadiennes. C’est moins vrai depuis quelques semaines, mais elles restent quand même beaucoup mieux qu’elles ne l’ont été depuis longtemps. Je l’ai dit à plusieurs reprises lors de rencontres et formations depuis le début de 2016.

Pour ceux qui sont moins familiers avec le concept de la base, sans entrer dans les détails, rappelons qu’il s’agit essentiellement d’un facteur d’ajustement pour ramener le prix de Chicago à notre réalité à nous au Québec.

Si par exemple à Chicago, le prix du maïs de référence se transige à 140-150 $US/tonne, aucun producteur québécois n’acceptera de vendre à ce prix, bien entendu. Les acheteurs du Québec prendront donc en compte différents facteurs (transport, taux de change, demande et disponibilité locale, etc.) pour bonifier le prix de Chicago de sorte qu’ils seront en mesure d’acheter du maïs dans leur région à un prix plus représentatif de leur réalité locale.

Dans le cas du maïs cet hiver, celui-ci s’est transigé selon les régions au Québec à un prix vendeur de l’ordre de 180 à un peu plus de 200 $ la tonne. La base aura donc été dans ce cas-ci de l’ordre de 40$ à 70$ la tonne, ou encore 1,00 à 1,80$CAN/boisseau.*

*Attention – Il s’agit d’une fourchette très variable. Sans entrer dans davantage d’explications pour les besoins de cette chronique, des bases à 1,80$CAN n’ont certainement pas été transigé très souvent, voire même peut-être jamais…

Revenons à nos moutons. Comme je le disais d’entrée de jeu, cette base a été très intéressante dans les derniers mois au Québec. Et, la raison en est bien simple, les prix à Chicago ont atteint de nouveaux creux, forçant les acheteurs à devoir proposer davantage pour rejoindre les attentes des producteurs vendeurs. Autrement dit, les acheteurs ont dû bonifier davantage leur offre par rapport aux prix de référence de Chicago pour assurer leur approvisionnement.

Le danger maintenant?

Le couteau est à double tranchant. S’il est vrai qu’avec un prix de référence (Chicago) dans le plancher, les acheteurs doivent proposer davantage (une meilleure base…), un retour marqué à la hausse des prix à Chicago cet été pourrait très bien faire l’opposé, c’est-à-dire faire fondre la valeur de la base.

Si par exemple le prix du maïs à Chicago grimpe à 4,50 ou même qui sait 5,00 $US/boisseau (?180 à 200 $US/tonne) et plus, les acheteurs devront proposer beaucoup moins pour bonifier le prix de manière à assurer leur approvisionnement. Une base de peut-être 10 à 40 $CAN/tonne (0,25 à 1,00 $CAN/boisseau), qui sait?

Et, cette éventualité n’a rien d’impossible. En fait, dans la dernière semaine, j’ai relevé davantage d’articles dans mes lectures quotidiennes qui mettent de l’avant la possibilité que La Nina soit au rendez-vous plus tôt que prévu, possiblement même en juillet. Qu’est-ce qu’implique La Nina?

La Nina est reconnue pour occasionner des conditions anormales chaudes et sèches dans le Midwest américain. Par la suite, plus tard dans l’année, c’est au tour de l’Amérique du Sud de devoir composer avec des conditions trop sèches et difficiles pour les cultures.

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Bref, si La Nina montre son nez à partir de cet été, il se pourrait très bien que les prix des grains à Chicago retournent à la hausse de manière plus soutenue. En ce sens, la « base » au Québec devrait donc alors retourner à la baisse.

Bien entendu, il s’agit d’un gros SI en lettre capitale. La météo demeure un facteur capricieux et imprévisible à suivre et surveiller. Les producteurs sont certainement les mieux placés pour le savoir. Il se peut très bien que le scénario La Nina ne voit jamais le jour, ou sinon trop tardivement pour affecter les cultures américaines.

Côté stratégie de commercialisation, ceux qui ont dans les derniers mois fermés des bases pour la prochaine récolte doivent donc être très prudents. Car si le scénario La Nina ne voit pas le jour et que les récoltes à l’automne sont à nouveau très importantes, le prix à Chicago s’écrasera de nouveau, forçant par la même occasion les bases davantage à la hausse.

Ce qui semblait alors une base très intéressante pour la prochaine récolte dans les derniers mois pourrait s’avérer assez décevant l’an prochain. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé l’an dernier. Il est donc important d’évaluer si des rallyes à Chicago comme celui que nous venons de vivre permettent déjà d’atteindre des objectifs commerciaux de vente intéressants. Et, le cas échéant, la prudence reste toujours un bon allié face aux imprévus d’une saison qui s’amorce avec encore toutes les cartes du jeu en main.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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