À quel point peut-on se permettre de mauvaises récoltes?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

La dernière année a été à l’abondance pour les grains. C’est vrai pour le maïs, le soya comme le blé. Comme on sait, pour les prix, cette situation a entrainé des creux comme nous n’en avions pas vus depuis plusieurs années à la bourse, et par la même occasion des prix tout aussi décevants au Québec. Mais, chaque saison est une nouvelle aventure pour les marchés et la période du printemps/début d’été est sans aucun doute celle qui recèle le plus de potentiel explosif.

Or, il faut bien le reconnaître, cette année aura à nouveau pris de court ceux qui ne broyaient que du noir il n’y a pas si longtemps côté prix des grains. En l’espace de seulement quelques semaines, ce qui s’annonçait une excellente année pour les récoltes aura rapidement mal viré. C’est vrai spécialement aux États-Unis, mais on ne peut pas dire que le Québec et l’Ontario y aient échappé non plus.

Aux États-Unis, les dernières semaines auront vu des quantités d’eau pour le moins excessives déferler dans plusieurs régions. Au Québec, les statistiques pluviométriques et de températures depuis le début de saison révèlent bien aussi une année loin d’être facile et aussi favorable qu’ont le souhaiterait pour assurer de bons rendements. Mon collègue André Dumont, actuellement en voyage Ontario, ne semble pas non plus particulièrement encourageant dans ses observations.

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La saison n’est bien sûr pas terminée, et il reste toujours des périodes clés devant nous pour se rattraper. Mais, chose certaine, il commence à être de plus en plus évident que les récoltes ne seront pas à la hauteur de ce qui était attendu il n’y pas si longtemps. À partir d’ici, la question se pose : jusqu’à quel point pouvons-nous nous permettre de mauvaises récoltes avant de nous retrouver dans une situation aussi problématique qu’il n’y a pas si longtemps en 2012 pour le maïs, et en 2013 pour le soya?

Un exercice très simple pour y parvenir est de simplement tenter d’établir de combien les prévisions des récoltes peuvent être révisées à la baisse avant de se retrouver à nouveau dans l’eau chaude.

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Comme l’illustre les graphiques ci-joints, basés sur le nombre de jours de réserve des dernières années, on peut rapidement établir qu’aux États-Unis pour le :

Maïs – La marge n’est que de 19 millions de tonnes, soit -5,5 % de jeu sur la récolte actuellement prévue à 346,22 millions de tonnes

Soya – La marge est de 10,2 millions de tonnes, ou encore -9,7 % de la récolte que le USDA prévoit présentement à 104,78 millions de tonnes.

Historiquement (voir graphiques ci-joint) depuis dix ans, de tels reculs ne sont pas à exclure. C’est spécialement vrai pour le maïs, alors que pour le soya, c’est un peu excessif.

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Il faut rappeler cependant qu’il est généralement entendu que le maïs performe mieux en année de conditions plus humides, alors que c’est l’opposé pour le soya. Sur cette base, on peut rapidement établir qu’un recul de l’ordre de 3-5 % dans le maïs semble pour le moment raisonnable, et qu’à ce stade, un ajustement à la baisse de l’ordre de 6 à 7 % dans le soya n’est pas hors de portée.

La marge n’est donc pas aussi « confortable » qu’on pourrait le croire dans les niveaux de grains. Si le mois de juillet qui s’amorce ne propose pas rapidement un renversement de la situation avec des conditions plus sèches et un peu plus de chaleur aux États-Unis, le risque est donc bien réel que la situation se révèle beaucoup plus serrée qu’elle ne s’annonçait jusqu’à dernièrement pour les consommateurs de grains l’an prochain.

Dans le contexte actuel, tout indique que nous serions maintenant quittes pour avoir atteint en juin des creux saisonniers définitifs avec, à l’horizon, de meilleurs prix pour la prochaine année.

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À surveiller la semaine prochaine, le Département de l’Agriculture des États-Unis présentera, le mardi 30 juin, deux rapports importants.

Celui sur les superficies officiellement ensemencées cette année aux États-Unis. Il faut faire attention avec ce rapport, puisque le sondage pour le réaliser a été complété dans la 1re semaine de juin, avant que les précipitations excessives ne frappent plusieurs régions aux États-Unis. Il se peut donc que les chiffres présentés soient encore trop riches, et rapidement remis en question par les marchés.

Le second rapport est celui sur les stocks de grains aux États-Unis au 1er juin. Il sera particulièrement intéressant de surveiller les chiffres dans le soya, alors que la consommation et les exportations sont très fortes depuis plusieurs mois, et que les prochaines récoltes sont remises maintenant en question…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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