A-t-on touché le fond du baril?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

D’ici peu, les silos du Québec se rempliront de grains au bouchon et la grande question sera alors à savoir : « Avons-nous touché le fond du baril ou non pour les prix des grains et surtout, que nous réservent les mois à venir? »

La bonne nouvelle, c’est qu’à moins d’imprévus, ce semble le cas à Chicago. Si on jette un œil rapidement sur les comportements des prix du maïs, soya et blé, on constate que ce semble effectivement le cas :

 

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Dans les trois cas, non seulement on sent beaucoup plus de réticence à la baisse depuis la mi-septembre, mais on observe aussi un début de tendance haussière intéressante. Pas de quoi par contre espérer une nouvelle flambée exceptionnelle des prix. Après tout, il faut bien reconnaître que les stocks américains et mondiaux devraient encore être très confortables cette année.

Quelques points à garder cependant à l’oeil:

  • Après des mois et beaucoup d’encre coulé à ce sujet, le « Gozilla El Nino » semble finalement à l’œuvre, menaçant entre autres les cultures de blé en Australie, et celles d’huile de palme (un substitut de l’huile de soya) en Asie. Et, qui sait vraiment maintenant ce que le phénomène pourrait nous apporter d’autre dans les mois à venir?
  • À défaut d’avoir toujours des prix pour les grains qui ne sont pas spécialement intéressants, la faveur des producteurs en Amérique du Sud et même aux États-Unis pour le printemps prochain est pour davantage d’ensemencements de soya qui coûtent moins cher en intrants. Le hic, à l’hiver prochain les marchés pourraient commencer sérieusement à s’inquiéter au sujet des superficies en maïs qui, d’année en année, continuent de reculer…
  • Les chiffres sont là. Encore cette semaine, avec son rapport trimestriel de stocks de grains américains au 1er septembre, le USDA souligne les inventaires importants actuellement disponibles, mais surtout que la consommation de grains (maïs, soya) continue à plein régime. Quelques imprévus météo au printemps prochain, et les marchés pourraient rapidement s’enflammer.

Bref, à Chicago, tranquillement la situation semble prendre du mieux avec des perspectives intéressantes pour les mois à venir, mais surtout, des imprévus sur le radar qui pourraient en un tour de main faire bondir les prix.

Au Québec, la situation est un peu différente. Le dollar canadien est à un plancher qu’on n’avait pas vu depuis plus d’une dizaine d’années. Pour les producteurs de grandes cultures, cette situation aura d’ailleurs sauvé un peu la mise depuis deux ans en supportant davantage les prix des grains.

La faiblesse elle-même du marché à Chicago de la dernière année aura elle aussi donné un coup de pouce aux producteurs de grains du Québec. Le phénomène n’a rien de nouveau. Plus le marché à Chicago s’affaiblit, plus le marché au Québec (la base…) doit s’ajuster à la hausse et vice-versa. Résultat, la base au Québec n’a pas été aussi forte depuis des années, voire des dizaines d’années.

Alors, en bout de course, que peut-on entrevoir pour les prix des grains dans les prochains mois?

Évidemment, bien des choses peuvent changer du tout au tout en trop peu de temps pour avoir une lecture juste de ce qui s’annonce à l’horizon. Par contre, simplement :

Le marché à Chicago, qui représente autour de 80-85 % du prix final payé aux producteurs du Québec , semble pour le moment sur la bonne voie de gagner tranquillement du terrain dans les prochains mois.

À l’opposé, au Québec, le marché local (la base ou 15-20% du prix final) est historiquement très élevé, en raison surtout de la faiblesse du marché à Chicago des dernières années, mais aussi de celle du dollar canadien. On peut douter d’un retour important à la hausse du dollar canadien, mais s’il est vrai que le marché à Chicago reprend de la vigueur, il y a lieu de s’interroger sur la capacité du marché local (de la base) de grimper vraiment davantage. Pas impossible, mais moins sûr.

Si on regarde seulement le marché du maïs, la lecture actuelle nous donne à croire que nous ne toucherons fort probablement pas les creux de l’an dernier (185-190 $ selon les régions) et que la moyenne à partir de l’hiver prochain devrait plus facilement tourner autour de 205 à 215 $, que le 195 à 210 $ la tonne de l’an dernier. Et qui sait, un imprévu météo ou encore d’autres excès des spéculateurs pourraient toujours nous surprendre.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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