Acheter les rumeurs, vendre les nouvelles

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Dans le dernier blogue que je vous ai présenté (Les dés sont pipés, mais peut-être pas du bon côté…), je mettais l’emphase sur le risque élevé que le prix du maïs puisse s’effondrer à 4,50… et même 4,00 $US/boisseau d’ici la récolte. Héééé pafff!! Voilà, pratiquement 2 semaines plus tard, plusieurs signaux s’enflamment et pointent complètement dans la direction opposée.

Hier, en faisant un survol de plusieurs sites d’information sur les marchés, j’ai même attrapé au vol un commentaire publié par le Dow Jones Newswire à l’effet que la banque commerciale Morgan Stanley ce ne serait pas surprise de voir le prix du maïs retourné à 7$ le boisseau dans les prochains mois:

« Nous ne voyons aucune raison que le contrat à terme de décembre 12 (celui de la récolte) ne pourrait pas tester à nouveau 7$ d’ici la fin de l’été si les conditions météorologiques ne s’améliorent pas. » 

Ai-je donc été complètement dans l’erreur dès le début il y a 2 semaines? Pas nécessaire… Comme je l’ai souligné dans mon dernier blogue, tout était surtout une question de « météo » dans le Midwest aux États-Unis. Et il n’y a rien de pire qu’un marché de météo, car il est à l’image de ce qu’est la météo : **imprévisible**. Faire des prévisions de prix dans ce cadre est tout aussi bien dire peine perdue. Ça nous donne une idée, mais sans plus. Par contre, ce qu’il ne l’est pas, c’est de savoir garder la tête froide et de prendre du recul dans ce genre de situation.

Alors, si on met carte sur table, qu’en est-il vraiment? Le fait est qu’essentiellement, nous restons dans une situation très spéculative pour l’instant. C’est-à-dire que, le comportement actuel du prix du maïs découle surtout de «SI » :

  • Si les conditions sèches se poursuivent dans le Midwest .
  • Si les rendements actuels des producteurs de maïs américains prévus sont moins bons.
  • Si les superficies cultivées sont moins importantes aux États-Unis.**
  • Si la consommation continue de progresser l’an prochain.

Mais dans les faits, la réalité est que selon les derniers chiffres qu’a présenté la semaine dernière le Département de l’Agriculture des États-unie (USDA), nous serons loin de manquer de maïs l’an prochain. Que ce soit aux États-Unis comme dans le monde, les inventaires de fin d’année prévus pour le moment sont à leur plus haut niveau en 4 ans.

Bien sûr, j’en entends déjà certains d’entres-vous me dire que c’est bien là tout le problème. Avec la sécheresse qui semble sévir dans certaines régions du Midwest, on ne peut plus croire ces chiffres du USDA qui seraient, sommes toutes, un peu trop optimistes dans l’état actuel des choses.

Et c’est bien vrai, je reste parfaitement en accord avec cette manière de voir les choses… si l’on garde à l’esprit que ce sont des « hypothèses », et non des faits. Mais comme le disent souvent les investisseurs anglophones: « Buy the rumors, sell the news. » (Achetez les rumeurs, vendre les nouvelles.) Autrement dit, ne jamais oublier que les faits sont souvent beaucoup moins « roses » et « explosifs » que ne le laissent entendre généralement les rumeurs. Pour cette raison, ce que suggère ce dicton, c’est qu’il est souvent plus gagnant de savoir « surfer » les rumeurs que de les laisser nous endormir.

Sur cette base, on ne peut pas dire que le maïs n’atteindra pas 7$ le boisseau dans les prochains mois. Les conditions difficiles qu’éprouvent les cultures présentement aux États-Unis sont réelles, inquiétantes et peuvent très bien bouleverser le contexte d’offre et demande de grains de l’an prochain si elles se poursuivent. Par contre, il ne faut pas prendre pour autant cette possibilité pour acquis… t’en qu’elle n’est que rumeur.

 

** Elles pourraient être en fait plus importantes selon ce que certains avancent. Nous en saurons plus à ce sujet la semaine prochaine, lorsque le USDA présentera ses chiffres officiels d’ensemencements aux États-Unis vendredi. 

 *** Si l’on se base sur le ratio inventaire/consommation, si on tient compte par contre seulement des inventaires… 7 ans aux États-Unis et plus de 10 ans dans le monde.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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