Ligne de temps

Attention aux bases déprimées!

Ça fait déjà plus de 25 ans qu’on se concentre à faire des soyas hile clair non-OGM destinés à l’alimentation humaine. C’est un débouché de marché important qu’on espère maintenir. À nos débuts, le marché nous offrait une certaine prime pour produire ces soyas exigeant une ségrégation parfaite, en plus d’un suivi de traçabilité serré afin de sécuriser les clients.

Après la crise financière de 2008-2009, on a même connu une période où les primes se sont graduellement effritées. Supposément à cause d’une surabondance d’offres auprès des clients. On nous disait à l’époque : « Soyez patients et on pourra se reprendre plus tard ». Maintenant, nos clients nous annoncent que la demande est revenue. Tant mieux! Mais il reste encore un irritant majeur. On le mentionne verbalement depuis longtemps à nos clients. Pourtant, certains ont encore tendance à nous accrocher avec une prime qui semble spectaculaire, au détriment d’une base carrément déprimée!

Vous savez tous qu’un prix de grain se construit à partir de :

  • CME
  • Additionne la base (en général positive, mais peut-être négative aussi. Elle correspond au taux de change à l’offre et la demande locale, puis les ajustements de logistique).
  • La prime (toujours positive pour produire un produit à valeur ajoutée). Semence, blé panifiable, soya IP, non-OGM, etc.

Je comprends que les clients n’offriront pas tous les mêmes bases, car c’est le jeu de la compétition. Mais on ne devrait pas se faire offrir une base de 2,80$ le boisseau et additionner une prime de soya IP non-OGM à 2$ le boisseau quand le marché standard pour l’exportation offre 3,50$! En fait, c’est comme si on obtenait une prime réelle de seulement 1,30$ le boisseau. Oui, ça m’arrive de passer par-dessus la formalité et de me dire, au final, ça fait quand même un prix supérieur par tonne. Mais au fond, c’est moi l’agriculteur qui prend tout le risque. Si mon soya rencontre les standards, c’est ok, mais sinon, je perds la prime IP et mon client obtient 0,70$ de jeu sur sa base pour écouler le soya sur le marché standard.

En passant, produire du soya IP coûte environ 130$/ha de plus en produit herbicide que de faire du soya Roundup. En supposant que la variété IP donne le même potentiel de rendement, il reste à ajouter le coût que ça représente de répondre aux critères alimentaires qui s’ajoutent : non taché, test trempage, pureté, nettoyage des équipements et suivi serré de la gestion de champ pour éviter les contaminations.

Je continue d’espérer qu’on obtienne enfin une prime qui reconnaît notre savoir-faire. Sur une base de calcul de 3,5 t/ha, le coût supplémentaire pour les herbicides représente à lui seul 37 $/t. Pendant que j’attends pour récolter notre soya IP non-OGM avec la météo déprimante des derniers jours, j’aperçois les agriculteurs autour récolter du soya standard sans contrainte. J’ajouterais une prime stress récolte. Je remets en question mes choix. Ça nous prendrait un petit « oumf! ». Plus je vieillis, moins je suis masochiste. Produire des grains à valeur ajoutée, ça se paye. Faites vos calculs! On mérite plus que des bases déprimées!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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