Big data appliqué et lunette fumée

Malgré les 15 ans de données de cartes de rendement, on se concentre sur les cinq dernières. Nos « tops zones » et nos « zones suspectes » sont déjà identifiées. Ça nous permet de mieux visualiser s’il y a récidive année après année.

Nos analyses de sol sont géoréférencées en mode simple (une analyse par ha). Oui, je sais que je pourrais y aller par zone de gestion, mais on voulait faire un portrait général pour ensuite passer en mode « cibler » quand on aura une bonne base de données. L’agronome a son propre logiciel pour travailler. Clic, déclic, sélectionne, visualise, c’est impressionnant tout ce qu’on peut faire et voir. Mais on commence où? On compare les tendances détectées avec son logiciel qui ne concordent pas toujours avec la radiographie du champ (carte de rendement).

« Faut pas oublier telle année, il y a eu tel comportement météo. » « Ah non, ici dans ce coin-là, c’était une autre culture. C’est ça qui a mêlé ton satellite. » Je suis assez fier de ma gestion de données, mais on arrive au point où on veut les superposer avec les siennes. « Ah, je ne suis pas capable! Mes fichiers ne sont pas transférables dans ce format. Je vais demander à mon autre agronome de me donner la version en fichier CSV qu’on pourra ensuite retransformer en autre chose pour y arriver. »

Hey, on est loin de ce que plusieurs semblent proposer en pensant que tout va se faire automatique! 15 000 $ par tracteur, tu mets tes lunettes fumées et t’es ok pour l’agriculture de précision! Facile à vendre comme idée, mais quand on commence à poser des questions sur l’arrimage des données, le signal se perd. C’est probablement pour cette raison que plusieurs conférenciers de l’industrie, que j’ai eu la chance d’entendre dans les dernières années, m’ont laissé sur mon appétit. Ils se contentaient de survoler de bien haut tout le potentiel du big data. Hey, je ne veux pas le savoir, je veux le « wouerre »!

Déjà deux heures qu’on travaille à deux sur le même 30 ha. Non, ce n’est pas magique. On a une stratégie, nos objectifs sont clairs. Les yeux rougis à se concentrer sur l’écran. Une fois les résultats mesurés, je pourrai peut-être enfin mettre mes lunettes fumées!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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