Ça chauffe dans le soya!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Le marché du soya a bondi de plus de 0,50 $US/boisseau à Chicago dernièrement. Ce n’est pas rien quand on pense que nos voisins américains viennent tout juste de terminer une récolte record, et pas à peu près. On parle quand même ici de 4,361 milliards de boisseaux, ou encore 118,69 millions de tonnes, c’est pratiquement 12 millions de tonnes de plus que l’an dernier. Mathématique facile, c’est 12 fois plus que la récolte québécoise d’extra qui inonde cet automne les marchés!!  Ouch!!

Alors, comment peut-on expliquer autant de nervosité dans l’air et de fermeté du marché du soya présentement? Après tout, faut-il rappeler que l’an dernier, le scénario était à priori sensiblement le même avec une excellente récolte américaine et pourtant, des prix qui étaient alors beaucoup moins reluisants à moins de 9,00 $US/boisseau versus autour de 10,00-10,50 $US/boisseau cette année…

La grande nuance de l’automne 2015 comparativement à celui de 2016 tient de la demande. Non pas qu’elle était mauvaise en 2015, mais certainement pas aussi reluisante. En fait, actuellement, les chiffres hebdomadaires d’exportations de soya américain depuis le début de la nouvelle récolte ont déjà atteint plus de 72% de la prévision d’exportations totales record de soya anticipées cette année par le USDA. L’an dernier, à pareille date, le portrait était moins encourageant avec seulement près de 60% de la prévision du USDA d’atteinte. Il faut faire attention par contre.

Un des facteurs derrière cette « fermeté » de la demande à l’exportation pour le soya américain ne provient pas juste de la forte consommation chinoise, mais tient aussi des mauvaises récoltes sud-américaines à l’hiver et au printemps dernier. Rappelons que la saison s’était alors terminée en queue de poisson, avec entre autres des précipitations et inondations en Argentine. Par défaut, les pays importateurs de soya ont donc dû se rabattre davantage sur le soya américain dans les derniers mois pour assurer leur approvisionnement.

On a souvent tendance aussi à oublier qu’il n’y a pas que la fève de soya à prendre en compte pour bien comprendre les sauts d’humeur du marché du soya. Le tourteau et l’huile de soya ont aussi leur mot à dire. Et, dans la dernière année, les conditions sèches en Asie ont occasionné de mauvaises récoltes d’huile de palme. Résultat, l’un de ses principaux substituts, l’huile de soya, a vu sa valeur bondir à son plus haut depuis 2014 à Chicago dernièrement. Ceci supporte avantageusement par la bande le marché du soya lui-même.

Le contexte même du marché du soya est donc bien différent cette année qu’il ne l’était l’an dernier. Avec les dernières récoltes décevantes en Amérique du Sud ainsi que la fermeté de la demande pour le soya et l’huile de soya comme toile de fond, nul besoin de dire que les marchés sont maintenant beaucoup plus nerveux à l’idée que de mauvaises récoltes aient lieu à nouveau cet hiver en Amérique du Sud.

Et, comme les prochains mois sont maintenant en faveur d’une occurrence du phénomène météo La Nina qui peut occasionner des conditions trop sèches en Argentine et dans le sud du Brésil, et à l’opposé des inondations plus au nord au Brésil, il y a de quoi être un peu sur les nerfs. À ce stade-ci, le début de saison se veut par contre très prometteur, mais on s’interroge déjà sur certaines zones un peu plus sèches en Argentine et dans le sud du Brésil.

Point de vue commercialisation de ses récoltes, il y a ici matière à réflexion. Effectivement, le contexte actuel pourrait permettre encore des envolées très intéressantes des prix. Qui sait? Mais le couteau est à double tranchant. De bonnes récoltes sud-américaines pourraient encore tout aussi bien mettre un frein définitif à cette possibilité. C’est sans compter que les 1res prévisions laissent entrevoir aussi une nouvelle hausse des intentions d’ensemencements américains de soya à un nouveau record. Si tout va bien pour les cultures en Amérique du Sud puis aux États-Unis en 2017, le réveil pourrait être brutal.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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