Questions et réponses sur la gestion de l’eau en agriculture

Le surdrainage peut impliquer des coûts inutiles s’ils ne règlent le problème en cause

Publié: il y a 2 heures

Questions et réponses sur la gestion de l’eau en agriculture

Le CRAAQ présente une série de webinaire sur la gestion de l’eau et la santé des sols en milieu agricole. Le deuxième de la série présenté le 26 janvier dernier a permis d’entendre trois experts dans le domaine, soit Rosanne Chabot, directrice au département d’aménagement de parcelles à Logiag, Jean Caron, professeur chercheur à l’Université Laval et Paul J. Thomassin, professeur à l’Université McGill.

La question à savoir s’il faut doubler les drains en est une fréquente dans les cas de champs humides ou d’irrégularités dans les rendements calqués sur le système de drainage, mentionne Rosanne Chabot. Des producteurs indiquent en effet que leurs rendements en maïs sont meilleurs sur les drains que dans l’entre-drain.

Avant d’en arriver à une réponse, Rosanne Chabot dit qu’il faut réaliser un diagnostic d’égouttement. Ce dernier consiste en premier à recueillir le plus d’information possible sur les problématiques connues, les photos aériennes, les cartes de types de sols, le plan de drainage, etc.

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La deuxième étape investigue l’état du sol en réalisant des profils de sol afin de déterminer la structure, la distribution de l’eau et des racines. Le troisième geste à poser est de vérifier l’état des fossés et finalement, le fonctionnement des drains, ce qui comprend les sorties et l’écoulement de l’eau à l’intérieur des drains.

Dans le cas de maïs se comportant mieux sur le drain, il peut s’agir en effet d’un écart trop large si la modification est graduelle entre les épis biens développés et les moins. Si on observe plutôt une bande mince et marquée, il s’agit plutôt d’un sol peu perméable ou compacté.

Source: webinaire la gestion de l’eau en milieu agricole du CRAAQ

Rosanne Chabot indique que l’ajout de drain peut être recommandé dans le cas de changements dans les types de culture exploités, ou d’écart entre les drains trop larges. Améliorer l’évacuation des eaux de surface et nettoyer ou creuser des fossés peut être aussi suffisant.

Dans le cas de compaction, les recommandations consistent à sous-soler tout en combinant l’opération par une restructuration du sol avec des racines vivantes et de la matière organiques, tels que des engrais vers, des intercalaires, des prairies, des haies de saule, l’apport de fumier et de MRF. Idéalement, il faudrait aussi changer certaines pratiques comme diminuer le travail de sol et évaluer la grosseur de la machinerie.

La spécialiste constate que les problématiques de gestion de l’eau sont fréquentes et affectent les rendement. La compaction est de plus en plus présente, ce qui veut dire que les sols se dégradent de plus en plus. Pour prendre les meilleures décisions, il faut faire des investigations pour avoir des diagnostics. Le mieux est d’intervenir le plus tôt possible pour éviter de dégrader encore plus les sols et d’être obligé de prendre des solutions drastiques.

Des terres dégradées et des coûts en hausse

Comme producteur, Jean Caron souligne que la première question est de savoir quelle est l’étendue du problème de dégradation du sol, les conséquences sur l’eau, ainsi que les impacts financiers à court et à moyen terme.

Les sols agricoles perdent de la matière organique en général, ce qui peut amener une densification de la couche de surface. L’équipement plus lourd amène aussi un compactage plus profond, ce qui va avoir un impact sur la capacité de drainage. Un guide d’indicateurs, à paraître en mai 2026, évalue la dégradation des propriétés physiques.

Jean Caron et une équipe ont examiné entre 2019 et 2022 une vingtaine de sites en Montérégie pour mesurer un ensemble d’indicateurs afin de vérifier les liens entre la fertilisation en azote et la production de maïs-grain. Le premier indicateur est la masse volumique apparente. Selon ses observations, 50% des sols se situent au-dessus de la barre de 1,5 en masse volumique dans la couche de 15 à 30 cm. Cela signifie qu’il y a une perte de matière organique dans cette couche et que les gaz vont avoir de la difficulté à circuler, dont l’oxygène pour les racines.

Dans la zone de 30 cm du sol, 73% des sols en grandes cultures sont à haut risque d’afficher une proportion d’azote perdue par dénitrification de manière très rapide. Jean Caron indique que la proportion d’azote perdu va augmenter de 10 à 60% lors de conditions humides.

Source: webinaire la gestion de l’eau en milieu agricole du CRAAQ

De plus, la conductivité hydraulique a reculé par rapport à ce qu’on mesurait dans les années 1980 pour les quatre grandes séries de sol en Montérégie. Pour obtenir une conductivité optimale, il faudrait dans certains cas installer des drains aux deux mètres, ce qui est complètement irréalistes. Jean Caron estime donc qu’il existe des risques élevés d’avoir un sol dégradé si on est en production continue de grains en Montérégie et dans le Centre-du-Québec.

À long terme, le chercheur évalue une perte de rendement de 1,2% par année, avec 50 kg de plus d’engrais par année par hectare en cas de culture en continue de grains. Il estime qu’on ne peut pas compter sur le gain génétique pour améliorer les rendements à long terme, puisque selon la Financière agricole, les rendements ne montrent aucun signe d’augmentation depuis 2015. « La chute de rendement en 2019 qui a connu des pluies abondantes au printemps et à l’automne montre un problème de drainage », dit-il.

Source: webinaire la gestion de l’eau en milieu agricole du CRAAQ

Jean Caron et Paul J. Thomassin ont évalué cinq types de rotations afin de vérifier les seuils économiques. Les rotations en maïs en continu et les rotations avec de la luzerne aux deux ans ont les meilleurs rendements financiers. Mais la décision ne sera pas la même selon que l’on est un jeune agriculteur ayant besoin de flux de trésorerie et un autre qui songe à vendre dans 25 ans.

Source: webinaire la gestion de l’eau en milieu agricole du CRAAQ

Les producteurs doivent considérer le point de fermeture qui amène à la vente de la ferme, soit lorsqu’il n’est plus possible de couvrir les frais variables de la ferme. Selon les calculs faits selon les indicateurs montrés dans le tableau plus haut, le point de fermeture se situe lorsque le coût variable pour le maïs est de 1215 $ par hectare.

Source: webinaire la gestion de l’eau en milieu agricole du CRAAQ

En somme, le surdrainage peut impliquer des coûts inutiles s’ils ne règlent le problème en cause. Depuis cinq ans, Rosanne Chabot indique qu’on lui demande plutôt de garder de l’eau dans les champs. Elle fait remarquer qu’il ne faut pas sortir trop d’eau des champs, ce qui peut même empêcher la recharge de l’aquifère, fait remarquer Jean Caron, en plus d’amplifier le problème dans les endroits où il y a un conflit d’usage. Par ailleurs, peu de producteurs demandent des diagnostics alors qu’il faudrait les sensibiliser à considérer davantage cette approche.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Céline Normandin

Céline Normandin

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.