Changement de cap pour le marché des grains ?

Les dernières semaines auront été fortes en émotion pour ceux qui surveillent de près les prix des grains.

En effet, que ce soit pour le maïs, le soya ou le blé, les prix ont chuté de manière très importante à partir la mi-juillet. La raison? Inutile de chercher de midi à quatorze heures… des récoltes records aux États-Unis se confirmaient à ce moment de jour en jour. Tant et si bien en fait qu’au début de ce mois-ci, la tendance en place commençait sérieusement à donner raison à ceux qui anticipaient par exemple un prix du maïs à un creux inégalé depuis 3 ans d’aussi peu que 4 $US/boisseau (et même moins…).

Contre toute attente, les dernières prévisions du Département de l’agriculture des États-Unis (USDA) publiées le 12 août dernier auront cependant remis les pendules à l’heure : non, selon les données disponibles, les récoltes américaines pourraient ne pas être à la hauteur des niveaux records jusqu’ici prévues.

Comme pour venir clore le débat une fois pour tout, et discréditer par la même occasion les pourfendeurs de ces nouvelles prévisions, le Farm Services Agency (une division du USDA) y aura aussi été de ses propres chiffres sur les superficies ensemencées aux États-Unis cette année. Nouveau branle-bas de combat : il y aurait aussi eu sommes toutes beaucoup moins de superficies de semées en maïs, soya et blé que prévu aux États-Unis depuis le début de la saison.

Ne restaient maintenant plus que de mauvaises conditions météo aux États-Unis, et le tour était joué…

Et justement, concours de circonstances, depuis maintenant plus d’une semaine les prévisions météo parlent de températures trop chaudes et sèches qui menaceraient de faire fondre davantage les rendements des cultures dans plusieurs régions clés du Cornbelt. Je vous fais grâce ici aussi de tous les détails concernant le retard dans le développement des cultures américaines ainsi que de la possibilité que des gels hâtifs ne viennent clouer définitivement le cercueil.

Avec toutes ces nouvelles informations préoccupantes, difficiles donc pour les marchés de ne pas changer leur fusil d’épaule. C’est ce que révèlent très bien les graphiques que je vous joins ici :

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La question est de savoir à partir d’ici s’il faut s’attendre à ce que les prix poursuivent ou non sur cette lancée, ce qui n’est pas nécessairement une mince affaire à établir. Pourquoi ? Car en réalité, il y a présentement autant de raisons qui pourraient forcer à nouveau les prix à la baisse qu’il y en a pour justifier la poursuite de ce rallye depuis une semaine. Tout devient ici en fait surtout une question de ce que sera la suite des événements.

Si par exemple nous assistons à une série de mauvaises conditions météos pour les cultures américaines dans les prochaines semaines (sècheresses et températures trop chaudes, suivies de gelées très hâtives et pourquoi pas de récoltes les deux pieds dans l’eau par la suite…), nul doute que les prix vont bondir encore davantage. 6$… 6,50$… et qui sait peut-être même à nouveau 7 $US/boisseau pour le maïs, et pour le soya 14$… 15$US/boisseau…

Si par contre, nous assistons plutôt par exemple à des conditions qui se veulent finalement moins difficiles pour les cultures américaines, et que la saison se termine en beauté, il faut garder à l’esprit qu’il ne reste pas impossible que les récoltes américaines atteignent encore des sommets. Les dernières prévisions du USDA ne peuvent être prises non plus pour acquises. Chaque année en fait, que ce soit à la hausse ou à la baisse, l’organisme américain réalise encore de nombreux ajustements à ses estimations, et ce, jusqu’à ce qu’il publie ses chiffres « officiels »… en janvier suivant la récolte.

Que ce soit concernant les conditions météo dans les prochaines semaines, ou encore les vraies données sur lesquelles fonder présentement ses estimations, rien ne donne donc l’assurance que les prochaines récoltes pourraient ou non être importantes cette année. Tout au mieux avons-nous une grossière idée que jusqu’ici elles ne seront peut-être bien pas à la hauteur de ce qui était anticipé, mais encore…

À l’image de ce qu’ont été les derniers mois, la situation que nous vivons présentement dans le marché des grains reste donc dans l’ensemble très partagé entre d’un côté les possibilités de récoltes exceptionnelles, et de l’autre qu’elles soient insuffisantes pour répondre adéquatement à la demande. Le fait de tenter d’établir s’il s’agit pour les prix d’un retour définitif à la hausse ou non se veut ainsi plus un coup de dé que toute autre chose. Par contre, comme c’est le cas depuis le début de 2013, il vaut souvent mieux ne pas tout miser dans le même panier et savoir profiter de ces rebonds qui, s’ils ne marquent pas le début d’un retour définitif à la hausse, auront au moins eu le mérite de nous faire profiter d’une belle opportunité.

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Personnellement au moment d’écrire ces lignes, pour ceux qui sont plus avancés dans leurs stratégies de mise en marché, ce que je note c’est que les prix semblent avoir frappé de bonnes résistances sur la prochaine récolte, le maïs à l’approche de 4,9-5,0 $US/boisseau sur le contrat à terme de décembre, et celui du soya autour de 13,20 $US/boisseau sur le contrat à terme de novembre. À suivre…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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