Comme des moutons…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA

Décidément, les marchés n’en démordent pas et ne trouvent que des motifs pour continuer de propulser à la hausse le soya à la bourse. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, tout au plus 6-7 semaines, les choses étaient bien différentes. Peu envisageaient que le prix du soya puisse à nouveau se transiger au-dessus de 13 US$ le boisseau (478 $US la tonne). En fait, certains pensaient même qu’il se devait tôt ou tard de s’écraser en dessous de 11,50 … puis 11 et éventuellement 10,50 $US le boisseau (385 $US la tonne). Comment alors le soya est-il parvenu à réaliser ce tour de force? Changer du tout au tout la perception des marchés à son égard en aussi peu de temps ?

La réalité, c’est qu’en fait, ce revirement ne s’appuie que sur très peu de choses. La première, sans aucun doute, est le problème de sècheresse qui a frappé l’Amérique du Sud. Initialement prévue à plus de 127 millions de tonnes, la récolte de soya d’Amérique du Sud ne devrait plus être que de 113 à 120 millions de tonnes. Un recul important qui fait en sorte que les inventaires mondiaux de soya de cette année pourraient même maintenant être d’aussi peu que 50 millions de tonnes (71 jours de réserve). Il s’agit d’un changement assez important qu’en on sait que pas plus tard qu’en décembre dernier, le USDA estimait les inventaires mondiaux de cette année à 64,5 millions de tonnes (91 jours de réserves).

Le second élément à l’origine de la fermeté actuelle du prix du soya provient des intentions d’ensemencements aux États-Unis pour ce printemps. Sans faire l’étalage de toutes les hypothèses avancées depuis quelques semaines, disons simplement que d’un commun accord tous s’accordent à dire qu’il se sèmera beaucoup de maïs cette année aux États-Unis. On parle en moyenne de 94-95 millions d’acres comparativement à 91,9 millions d’acres l’an dernier. Du côté du soya par contre, aucun changement n’est prévu et, comme l’an dernier, les producteurs américains devraient semer 75 millions d’acre.

Donc autrement dit, plus de maïs, mais pas nécessairement plus de soya qui seront produits aux États-Unis cette année. Et cela n’a rien de surprenant qu’en on sait qu’il n’y a pas encore longtemps, le prix du maïs était certainement plus avantageux que celui du soya. Sauf que cette situation survient à un bien mauvais moment si l’on considère la chute importante de production mondiale de soya à laquelle nous sommes en train d’assister en raison des problèmes qu’ont rencontrés les récoltes sud-américaines.

Constatant cette problématique entre beaucoup de maïs et moins de soya, les marchés se sont donc mis à l’œuvre et répondu à l’appel tant et si bien qu’aujourd’hui, l’on peut dire que l’équilibre entre le prix du soya versus celui du maïs s’est rétabli. Une bonne manière de le savoir est d’ailleurs de jeter un coup d’œil au fameux ratio soya/maïs. Ce ratio, qui consiste simplement à diviser le prix du soya par celui du maïs, permet de voir si le prix de l’un se trouve favoriser par rapport à son homologue ou non, le point d’équilibre de ce ratio tournant autour de 2,25.

Or, comme le révèle le graphique de ce ratio, on constate très bien le retour en force du prix du soya comparativement à celui du maïs. On peut également observer que le ratio, qui a été pratiquement tout au long de 2011 en faveur du maïs, se situe maintenant à l’équilibre (2,20-2,25) et même un peu plus. Est-ce donc dire que ce serait alors au tour du prix du maïs d’être sur le point d’être défavorisé par rapport au prix du soya. Oui, effectivement c’est le cas. C’est d’ailleurs entre autres pour cette raison que malgré des prévisions de semis exceptionnels de maïs aux États-Unis pour ce printemps, le prix du maïs sera parvenu à éviter une chute importante de sa valeur.

Mais, maintenant que le prix du soya semble à « l’équilibre » avec celui du maïs, est-ce donc dire qu’on ne peut plus espérer voir le prix du soya progresser encore davantage? Non, pas nécessairement. Car la réalité est que jusqu’à tout récemment, les spéculateurs n’ont pas été très « actifs » dans le soya. Il semble toutefois que la forte progression de sa valeur au cours des dernières semaines et tout le « buzz » de nouvelles positives qui l’aura entouré seront finalement parvenus à « exciter » les spéculateurs. Résultat, après que quelques-uns d’entre eux soient déjà parvenus à profiter de cette nouvelle manne de profits, comme des moutons le reste des spéculateurs semblent maintenant avoir pris aussi à partie le soya…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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