Derrière les apparences

Un certain sentiment de fierté m'envahit quand je réalise la force d'adaptation des agriculteurs

Oui c’est l’hiver. Plus doux que la normale, mais c’est bien l’hiver. Toujours surprenant qu’on doive encore expliquer aux motoneigistes de respecter les sentiers sur nos terres. Hey, c’est un privilège qu’on vous offre! Pouvez-vous vous arranger pour rester entre les balises!

Pour certains ça semble difficile de comprendre que c’est vivant en dessous. Des cultures d’hiver, des champs de foin, des couverts végétaux bi-annuels qui respirent sous la neige, nos bandes riveraines multi-espèces, etc. Derrière ces apparences d’hiver tranquille j’en retiens qu’on s’est affairé à rendre notre mois de janvier bien vivant. Début en force avec le Colloque santé des sols, suivi d’une formation sur l’étude de notre biodiversité faunique et voilà que cette semaine je me suis tapé trois grosses journées intensives de formation. Plus qu’une formation, plutôt un laboratoire vivant. On est loin des recettes, mais bien dans l’échange de nos observations, de nos objectifs par rapport à notre propre système de culture et les conditions particulières sur nos fermes respectives.

Accompagné de chercheurs prêts à évaluer des solutions et planifier des essais directement sur la ferme pour assurer un meilleur transfert technologique et ainsi améliorer nos performances agroenvironnementales. Eh oui, notre bassin versant de la Rivière Pot au Beurre fait partie des trois bassins versants se jetant dans le lac Saint-Pierre à être choisis dans le tout premier laboratoire vivant au Québec. Pas question de rater ce beau défi. Deux jours plus tard, je me retrouve dans ma cellule d’innovation du maïs à 150 cm. Au fil des partages d’expérimentation je réalise le large éventail de possibilités. Planifier, modifier un système avec des objectifs à venir dans deux ou trois ans plus tard. Ça fait travailler mon cerveau qui finit par s’épuiser en fin de journée. Et voilà que ma troisième journée se passe à guichet fermé. C’est soldout, une journée entière sur les plantes de couverture.  Oui, même si les apparences sont parfois trompeuses les agriculteurs investissent pour garder leur sol bien vivant en hiver. C’est débile de comprendre le comportement du carbone Labile. Ça m’allume sur nos interrogations face à nos sols paresseux vs nos travaillants. L’explication vient peut-être de là. Ça bouille d’activité et d’introspection.

C’est fou comment ces journées sont stimulantes. Un certain sentiment de fierté m’envahit quand je réalise la force d’adaptation des agriculteurs. Thomas qui innove pour faire performer son type de sol : bearbrook,  un autre qui mentionne comment il a dû adapter ses techniques par rapport à son sol. Ça fonctionne chez un tel, mais pas chez nous.

Oui, derrière les apparences certains n’y voient qu’une saison morte ensevelie sous la neige. De la terre, de la bouette, du maïs, du soya, des céréales c’est du pareil au même. Derrière ces champs qui semblent se ressembler de l’extérieur on y découvre une multitude de techniques d’observation, d’adaptation et de connaissances approfondies du vivant de nos sols. Des agriculteurs brillants qui partagent leur vécu, leurs objectifs, leurs visions de leur système de culture respectif dans le respect et l’ouverture face à tout l’inconnu qui se passe sous nos bottines. Des agronomes, des chercheurs qui travaillent avec nous. Derrière ces champs il y a des hommes et des femmes de terre qui se questionnent, innovent et s’impliquent. Ça, ça me rend fier de ma profession : Agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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