Et SI…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Le 31 mars dernier, le USDA a présenté deux rapports, dont l’un sur les intentions d’ensemencements américains. Mauvaise nouvelle, le prix du maïs a beau friser des creux inégalés depuis des années, les producteurs américains ont la céréale dans le sang et ont décidé d’en semer davantage ce printemps : 93,6 millions d’acres. C’est bien plus que ce que prévoyaient les marchés (90 mil. d’acres), et 6,4% de plus que les superficies semées en maïs l’an dernier. C’est aussi les 3es plus importantes superficies ensemencées en maïs de l’histoire des États-Unis.

D’entré de jeu, sachant que l’an dernier avec 88 millions d’acres de semé, les États-Unis ont obtenu la 3e plus importante récolte de leur histoire, il y a de quoi être inquiet. Ceci est d’autant plus préoccupant qu’on se rappelle aussi que le début de saison avait été plutôt pénible dans certains États américains. Pourtant, ceci n’aura pas empêché les producteurs américains d’obtenir une excellente moyenne de rendement de 168,4 boisseaux/acre, la 2e plus importante jamais atteinte aux États-Unis.

Alors qu’on se le dise, avec les 93,6 millions d’acres qu’ils ont l’intention de semer, il faut se poser des questions. Car si ces superficies se confirment, le pronostic pourrait s’avérer très sombre pour le prix du maïs l’an prochain.

Curieusement, les marchés n’ont toutefois pas réagi aussi négativement qu’on aurait pu le croire à ce rapport. En fait, plus d’une semaine après le rapport, le marché du maïs à Chicago semble même un peu plus ferme après avoir encaissé une bonne dégelée le jour même de la publication de ce rapport. Autrement dit, le message envoyé par les marchés s’apparente davantage à : « Possible, mais attendons de voir… ».

Car dans les faits, trois éléments sont à retenir de la forte augmentation d’intention d’ensemencements américains en maïs :

  1. Il s’agit d’intention, et non de superficies vraiment semées. Le dernier mot reviendra davantage au rapport du 30 juin prochain du USDA sur les superficies officiellement ensemencées ce printemps.
  2. Les ensemencements sont commencés dans le sud des États-Unis, mais il reste toujours très possible que les producteurs américains changent à la dernière minute leur fusil d’épaule pour deux raisons. Le prix du soya a progressé de manière très intéressante depuis que le sondage pour réaliser ce rapport a été complété au début mars. Selon les imprévus météo, les producteurs peuvent être naturellement amenés à changer du maïs au soya.
  3. Même avec d’importantes superficies semées, beaucoup d’imprévus restent en suspens avant de pouvoir établir que les rendements obtenus permettront d’obtenir une autre excellente récolte de maïs cet automne aux États-Unis.

Au bas mot, la partie n’est donc pas encore jouée d’avance et il serait cavalier aux yeux des marchés de forcer dès maintenant à la baisse le prix du maïs à Chicago.

Par contre, côté commercialisation de ces récoltes, il y a un à mon avis un premier signal important d’envoyer. Un gros « SI » en suspend flotte et rend particulièrement inquiétant ce qui pourrait se dessiner à l’horizon: de bonnes conditions avec une autre récolte américaine importante, voire même record.

C’est pourquoi il faudra être très attentif dans les prochaines semaines à la météo aux États-Unis, et surtout, être prêt à réagir si la machine à rumeur s’emballe comme l’an dernier. Car s’il est vrai que certaines années, des conditions météo très défavorables amputent assez sévèrement les rendements américains, ce n’est pas nécessairement la norme. Ce fût le cas l’an dernier, et ce pourrait être le cas de nouveau cette année.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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