États-Unis et Chine, de retour sur le « ring »

Les États-Unis et la Chine devraient reprendre de nouveau les négociations pour en arriver à un accord commercial cette semaine. En préparation de ces négociations, de part et d’autre, des gestes de bonne volonté ont été réalisés dans les dernières semaines.

La Chine a retiré son tarif pour un certain volume d’achat de soya américain. Déjà plus de 2 millions de tonnes de soya américain auront été ainsi achetées par la Chine et on croit que ce pourrait grimper encore jusqu’à 6 millions de tonnes.

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De son côté, les États-Unis ont retiré leurs tarifs sur l’importation de 400 différents produits chinois.

On comprend qu’avec ces initiatives et la reprise des négociations, un certain enthousiasme flotte de nouveau dans l’air. Ceci n’aura d’ailleurs pas manqué de contribuer à raffermir dernièrement le marché du soya, mais aussi celui du porc.

Peut-on croire que cette fois-ci sera donc la bonne? Qu’enfin un accord sera conclu!

Avec le caractère très impétueux de M. Trump, on doit s’attendre à tout. Fidèle à lui-même, il pourrait très bien laisser entendre qu’un « merveilleux » accord sera conclu sous peu, pour annoncer ensuite quelques heures après que de nouveaux tarifs importants seront imposés à la Chine.

Cette fois, M. Trump pourrait par contre très bien se montrer moins intransigeant dans ses exigences commerciales envers la Chine.

Lors d’une rencontre téléphonique l’été dernier avec le président ukrainien, M. Zelensky, M. Trump aurait cherché à user de son influence comme président américain pour qu’une enquête de corruption soit lancée sur les relations de son principal opposant aux élections 2020, M. Biden et son fils, avec le groupe gazier ukrainien Burisma.

En réaction à cette initiative, les démocrates ont donc lancé une procédure en vue d’une possible destitution du président américain. De l’histoire des États-Unis, fondée en 1776, il faut savoir que cette procédure n’a été lancée que seulement deux fois contre des présidents américains, M. Andrew Johnson en 1868, et M. Bill Clinton en 1998. Dans les deux cas les présidents ont été par la suite acquittés par le Sénat américain.

Cette procédure de destitution de M. Trump a donc peu de chance de succès. Les démocrates américains ont la majorité à la Chambre des représentants, ce qui devrait permettre d’en arriver à une mise en accusation formelle. Par contre, le jugement final revient au Sénat américain contrôlé par une majorité républicaine, le parti politique de M. Trump.

Néanmoins, M. Trump baigne un peu plus dans l’eau chaude à l’approche des élections de 2020. Les évènements menant à cette procédure de destitution mettent à jour des faits très compromettants et le président n’a toujours pas de « grandes victoires » à son actif non plus.

L’ACEUM a été conclu, mais n’est toujours pas ratifié. Un accord a été aussi dernièrement parachevé avec le Japon, mais doit encore être entériné. Du côté du mandat d’énergie renouvelable (Renewable fuel standard – RFS), l’EPA a annoncé vendredi dernier un plan visant à assurer que dès 2020, 15 milliards de gallons soient bien mélangés annuellement dans l’essence aux États-Unis et que le minimum d’éthanol dans l’essence, actuellement de 10% (E10), passe officiellement à 15% (E15) à l’année. Mais le processus n’en est qu’à ses débuts, avec plusieurs mois encore avant que le plan soit bel et bien mis en œuvre.

Bref, avec la reprise des négociations États-Unis et Chine, M. Trump a donc tout intérêt cette fois-ci à ce que des résultats concrets soient obtenus, qu’il obtienne un « big win » avec des engagements formels de la Chine concernant spécialement : la protection de la propriété intellectuelle, le dossier du transfert de technologie et des mesures réelles visant à rééquilibré la balance commerciale États-Unis et Chine. Et M. Trump pourrait très bien parvenir à ces fins, puisque la Chine aussi a beaucoup plus d’intérêt à ce qu’un accord soit conclu…

Avec la guerre commerciale, la croissance économique chinoise a poursuivi son recul, avec un PIB qui a touché un nouveau creux en 27 ans à seulement 6,2% au 2e trimestre de 2019. C’est la moitié moins que le sommet atteint il y a pratiquement 10 ans, au début des années 2010. Avec la peste porcine africaine, le prix de la viande de porc en Chine a aussi grimpé de 70% depuis le début de l’année. Friand de viande de porc, la Chine a recours maintenant à ses réserves nationales pour calmer la grogne populaire. Mais avec au moins 40% du cheptel porcin chinois décimé, et les États-Unis comme l’un des plus importants exportateurs de porc avec l’Europe et le Brésil, la Chine a tout intérêt à ouvrir les valves pour importer des quantités substantielles de porc américain actuellement fortement tarifées en raison de la guerre commerciale.

Enfin le président chinois, M. Xi, devra aussi rendre des comptes prochainement aux 200 membres du comité central du parti communiste chinois dont plusieurs s’interrogent sur la crise avec le soulèvement populaire à Hong Kong.

La reprise des négociations États-Unis et Chine cette semaine s’amorce donc dans un contexte bien différent des dernières négociations qui ont échoppé depuis le début de la guerre commerciale au printemps 2018. Autant M. Trump que M. Xi ont maintenant un agenda politique personnel beaucoup plus chargé qui invite à des résultats concrets de leur part. Est-ce qu’un accord sera conclu reste à voir. Mais avec plus de disposition des présidents Trump et Xi, on peut croire que cette fois-ci sera la bonne. Et si c’est le cas, spécialement pour les marchés du soya et du porc, nous aurons alors certainement des perspectives beaucoup plus intéressantes de prix devant nous.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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