Jamais deux sans trois

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Tranquillement, les cartes tombent une à une et, malheureusement, on est loin de la quinte flush royale qui nous permettrait cette année de crier victoire pour ceux qui ont du grain à vendre.

  1. Après le rallye de printemps, mauvaise nouvelle, plus de superficies aux États-Unis et retour de bonnes conditions météo.
  2. Nervosité dans l’air entourant des conditions trop chaudes et sèches pour la pollinisation (maïs) et le remplissage des gousses (soya) aux États-Unis mis officiellement K.O. dans la dernière semaine.

Alors, que nous reste-t-il?

Le fait est qu’effectivement, nos chances de voir un autre rallye permettre aux prix des grains de s’envoler commencent sérieusement à s’amincir. Mais, il nous reste encore le mois d’août et, qui sait, « peut-être » des problèmes avant les récoltes avec des gels hâtifs.

Historiquement, il n’est pas si rare de voir un rallye de saison pendant le mois d’août. Ceci tient surtout pour le marché du soya, alors que les cultures américaines sont au stade du remplissage des gousses, et que des conditions trop sèches ou humides se révèlent menaçantes pour les rendements. Ce fût d’ailleurs brièvement le cas l’an dernier à la mi-août 2015, mais aussi en : 2004, 2008, 2009, 2011, 2012, 2013.

Par la suite, un peu plus tard en septembre, on peut possiblement s’attendre également à une touche d’inquiétudes entourant la possibilité de gels hâtifs. Même si la menace plane, il est cependant très rare que des dommages importants soient occasionnés par cette menace.

Cette année, il faut toutefois prendre en compte deux facteurs importants qui rendent bien incertains que les rendements américains ne seront pas au rendez-vous : la condition des sols, et le développement rapide des cultures américaines.

Le grand risque que courent les cultures en août demeure surtout la sècheresse, particulièrement pour le soya bien entendu. Le fait est par contre que présentement, même avec le temps très chaud et quelques régions asséchées, dans l’ensemble les sols du Midwest et des Plaines américaines regorgent d’eau, assez pour supporter encore un très bon développement des cultures, même avec un début de sècheresse.

Pour l’instant, les prévisions proposent aussi jour après jour de bonnes précipitations dans l’ensemble, repoussant de la sorte continuellement le risque d’une sècheresse importante en août.

En date de dimanche dernier (17 juillet), le développement général des cultures américaines est de son côté nettement en avance par rapport à la normale. Celles de maïs sont déjà à 56% au stade de la soie, 10% de plus que la moyenne des cinq dernières années.

59% des cultures de soya sont au stade de la floraison, et 18% déjà au stade du remplissage des gousses. Par comparaison, depuis 5 ans, ces stades sont normalement atteints pour cette période-ci à 49% pour la floraison, et 13% pour le remplissage des gousses.

Enfin, pour le blé de printemps, l’avance est encore plus remarquable avec 96% au stade de l’épiaison, nettement au-dessus de la normale des 5 dernières années de plutôt 81%.

Bref, non seulement les conditions pour les cultures américaines sont maintenant loin d’être menaçantes, avec un risque de sècheresse en août qui s’amincit de jour en jour, mais le développement des cultures américaines est aussi rapide, de sorte que la menace d’un gel hâtif en septembre s’en trouve réduite.

Point de vue commercialisation de ses récoltes, ce portrait n’est pas reluisant pour la suite des choses. Par contre, la partie n’est pas encore tout à fait jouée.

Vrai que le risque de mauvaises récoltes américaines s’amincit. Les spéculateurs ne sont cependant pas encore très loin, et resteront nerveux tant que les récoltes ne seront pas pratiquement engrangées. C’est dire que nous pourrions encore avoir des soubresauts, et qui sait des rallyes intéressants dans les prix dans les prochaines semaines. Il faut donc rester encore très alerte, ne pas se mettre la tête dans le sable en espérant que les prix bondiront de nouveau par surprise, et avoir des objectifs de ventes bien définis, surtout pour ceux qui se doivent de vendre pour la récolte.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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