Le Brésil dame le pion aux États-Unis

Tout aura été dit au sujet des conditions difficiles pour les cultures américaines cet été et les récoltes cet automne. Ceci n’a d’ailleurs pas manqué de faire bondir les prix à la bourse en juin et juillet dernier. Mais pendant ce temps, sournoisement, l’Amérique du Sud poursuit sa conquête sur les marchés d’exportation.

Évidemment, on continue de parler beaucoup du soya. Je ne compte plus le nombre de fois depuis bientôt un an et demi où les États-Unis et la Chine ont repris les négociations, pour ensuite se tirer de nouveau à bout portant à coup de hausses de tarifs. À quand la conclusion d’un nouvel accord? Les paris sont ouverts…

Articles connexes

Sauf que pendant ce temps, la machine sud-américaine s’est mise en marche, le Brésil en tête. On sait déjà que le Brésil est en pleine expansion depuis un bon moment dans le marché d’exportation du soya. Bien entendu, la guerre commerciale sino-américaine aura d’ailleurs certainement joué en sa faveur.

Curieusement, on note cependant que les volumes de soya brésilien exporté au cours des derniers mois affichent plutôt du recul, en baisse en août dernier à 5,3 millions de tonnes contre 8,1 millions de tonnes l’an dernier. Sur une base annuelle, on ne projette pas non plus une hausse remarquable des exportations brésiliennes de soya pour la dernière année, seulement +1% à 76,5 millions de tonnes. Nous sommes loin de la croissance annuelle des 5 dernières années qui a avoisiné en moyenne 13%.

Ceci tient pour beaucoup de plusieurs de facteurs. Notamment, la moins importante récolte au Brésil au cours de la dernière année, mais surtout la peste porcine africaine.

Avec la peste porcine africaine, la demande pour le soya est en recul et tous les principaux exportateurs en font les frais, ce qui n’exclut pas non plus les exportateurs américains qui doivent composer aussi avec la guerre commerciale sino-américaine. Ainsi, pendant que le Brésil affiche une croissance de ses exportations de soya pour la dernière année de seulement +1%, aux États-Unis, on assiste toujours à une chute vertigineuse de -20% des exportations de soya.

Mais le marché du soya n’est plus le seul à faire les frais de l’hégémonie grandissante du Brésil sur les marchés d’exportation. Au cours des derniers mois, les exportateurs américains se sont fait aussi damer le pion par l’arrivée du maïs brésilien à prix plus compétitif. Le Réal brésilien est en recul depuis l’hiver dernier à des creux inégalés depuis 2015 et 2016, alors que pendant ce temps, le dollar américain se montre très vigoureux, à des sommets. Résultats, depuis mai dernier, le prix d’exportation du maïs américain FOB* Golf du Mexique se transige de 5 à 15 dollars US la tonne plus chère que celui FOB au Brésil.

Ainsi, de mai à juillet, les exportations américaines de maïs ont fondu de 33% par rapport à la même période l’an dernier. On parle donc de plus de 11 millions de tonnes de moins qui ont été exportées par rapport à l’an dernier.

Initialement, pour la dernière année 2018-19, le USDA anticipait des exportations américaines de maïs de 53,3 millions de boisseaux au printemps 2018. Après avoir grimpé à 63,5 millions de tonnes, cette prévision a maintenant reculé à 52,3 millions de tonnes. Plus inquiétant, pour la prochaine année (2019-20), le USDA a réduit sa 1re prévision du printemps dernier de 57,8 à 52,1 millions de tonnes. Autrement dit, on prévoit maintenant un recul des exportations américaines de maïs pour la prochaine année…

Bien entendu, tout ceci pourrait encore rapidement changer dans les prochains mois. Si le prix du maïs américain reste plus faible, que le Réal brésilien gagne en fermeté, ou encore que le dollar américain faiblit, la balance pourrait alors de nouveau tourner en faveur des exportateurs américains.

Que ce soit pour le maïs comme le soya, on retient cependant que la dynamique de marché continue de profondément changer. Alors qu’il y a 15-20 ans, on ne parlait encore très peu du Brésil, aujourd’hui ce joueur est devenu un incontournable à surveiller dans les marchés. C’était déjà vrai depuis quelques années dans le marché du soya, mais aujourd’hui, ce devient un nouveau facteur à surveiller de près aussi pour le marché du maïs.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Commentaires