Le décompte est commencé

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Dans moins de deux semaines, jeudi le 31 mars prochain, les chiffres officiels d’intentions d’ensemencements américains viendront chambouler l’équation d’offre et demande de grains et, par ricochet, risque d’insuffler une nouvelle direction aux prix.  Jusqu’ici, nous avons eu des indications fragmentaires et bien incertaines de ce que les producteurs américains voudront semer ce printemps.

En février dernier, lors du Forum des perspectives agricoles (Agricultural Forum Outlook) tenu par le USDA, les projections donnaient la faveur au maïs, en hausse de 2 millions d’acres à 90 millions d’acres ce printemps. Le soya et le blé encaisseraient de la sorte un recul des superficies ensemencées de -200 000 acres à 82,5 millions d’acres pour le soya, et de -3,6 à 51 millions d’acres dans le blé. Dans le cas du blé, ce serait les moins importantes superficies semées en blé aux États-Unis depuis le début des années 70.

Depuis, bien évidemment, la valse des anticipations des analystes en prévision de ce rapport important du 31 mars a tranquillement pris son envol.

Dans la dernière semaine, c’est Allendale qui y est allé de ses prédictions avec son propre sondage réalisé dans 25 États américains. Selon Allendale, les résultats obtenus corroborent les données du Forum du USDA de février dernier. Ce serait effectivement davantage de maïs que les producteurs américains auraient l’intention de semer ce printemps, à raison de 90,4 millions d’acres. Les superficies de soya seraient en baisse à 82,6 millions d’acres, et celles de blé (tout type confondu) en baisse à 51,2 millions d’acres.

Pourtant, malgré toutes ces prévisions qui proposent plus de maïs, il n’en reste pas moins que le dernier mot reviendra au USDA le 31 mars prochain. Et, fidèle à lui-même, il pourrait encore surprendre.

À cet égard, le grand point d’interrogation cette année est à savoir à quel point les producteurs américains voudront bien vraiment semer et cultiver de superficies cette année avec les prix qui sont à des creux inégalés depuis de nombreuses années. On rapporte même certaines difficultés de financement qui commencent à faire surface après deux années difficiles.

L’automne dernier, 3 millions d’acres de blé d’hiver n’ont pas non plus été semés aux États-Unis pour diverses raisons. Ceci n’est pas exceptionnel, mais laisse en suspens la question à savoir ce qui adviendra de ces superficies ce printemps? On sème ou pas du tout? Si oui, en maïs, soya ou blé de printemps?

Enfin, il faut le dire, le récent comportement du marché du soya depuis le début mars se veut aussi plus encourageant et positif, ce qui pourrait encore changer la donne. Rappelons que le sondage qui permet de réaliser le rapport du 31 mars du USDA (Prospective plantings) est complété dans les deux premières semaines de mars auprès de 84 000 producteurs. Très possible que sentant le vent tourné, certains aient changé au cours de cette période leur fusil d’épaule et décidé de se tourner davantage vers le soya.

Comme toujours, malgré les diverses prévisions et hypothèses, il reste donc très difficile d’entrevoir ce que voudra bien proposer le USDA le 31 mars prochain. Par contre, assurément, il faudra être très attentif aux résultats qui seront présentés. Ils pourraient très bien permettre aux prix à Chicago de continuer à reprendre de la vigueur, ou à l’opposé les forcer à s’enfoncer vers de nouveaux creux, surtout si les conditions météo sont favorables dans le Midwest américain par la suite ce printemps.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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