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Le fond du baril pour le maïs?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Le temps de débuter la saison des semis, et les producteurs auront été quittes pour une surprise à leur retour des champs cette année. Au Québec, le prix du maïs a glissé de plus de 225-230 $ la tonne à moins de 210$ la tonne selon les régions, un recul de près de 9%. Heureusement, la valeur de la « base » poursuit sa hausse comme le veut la tendance saisonnière, ce qui aura freiné un peu la chute du prix puisque, à la bourse, le contrat à terme a perdu plus de 12% depuis ses sommets autour de 5,22 $US/boisseau à la fin avril, début mai.

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Avec un tel recul en aussi peu de temps, pas surprenant que les grandes questions dans le marché soient maintenant: « Jusqu’où le prix du maïs pourrait-il reculer encore? » et « Est-ce qu’on peut espérer un rebond du prix dans les prochaines semaines? ».

 

Le fond du baril pour le maïs?

Aux dires des différents commentaires des analystes, il semble qu’un passage sous 4,00 $US/boisseau à la bourse ne soit pas impossible… bien entendu, si la météo continue d’être favorable. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’il faut s’attendre à du 3,50 $US/boisseau. Mais, à cela, on peut déjà apporter certaines nuances :

  • naturellement, chaque année, le prix du maïs a tendance à reculer à ce moment-ci de l’année vers des creux atteints généralement en juillet;
  • un bon début d’année n’est certainement pas garant de bonnes conditions par la suite, pas plus que de bons rendements à la récolte. 2012 en est un exemple criant où le début de saison avait été idéal, sans que personne ne puisse prévoir qu’une sècheresse historique allait frapper de plein fouet le Midwest américain par la suite;
  • à ce moment-ci de l’année, les marchés n’ont de yeux que pour les conditions météo, oubliant trop souvent de prendre note que le recul des prix ne fait que stimuler davantage la consommation. Résultat : quelques mois plus tard les marchés se réveillent et constatent avec surprise que les consommateurs sont encore plus que jamais au rendez-vous. C’est d’ailleurs l’un des facteurs à l’origine du rallye du prix du maïs des derniers mois que plusieurs n’avaient vu venir au début de 2014.

Enfin, au Québec, il faut se rappeler aussi que si la tendance saisonnière favorise des creux en juillet à la bourse, généralement la valeur de la base elle-même a tendance à grimper jusqu’à la récolte. Selon les soubresauts du prix du maïs à la bourse, il existe donc généralement de bonnes opportunités pour vendre encore à bon prix.

 

Et à quand le prochain rebond du prix du maïs?

Il reste toujours très difficile (voire impossible) de tenter de prévoir la prochaine direction des prix. Les marchés sont trop nerveux, imprévisibles et même souvent irrationnels pour que ce soit vraiment possible d’y parvenir. Par contre, certaines choses nous permettent de nous faire une idée :

  • le proverbe dit : « Après la pluie, le beau temps », et c’est parfaitement la situation dans laquelle nous baignons présentement. Depuis deux à trois semaines, les marchés broient tellement de noir qu’ils ne voient pas nécessairement certains éléments positifs, notamment du côté de la production américaine d’éthanol;
  • plusieurs oublient que le début de saison a été tardif. C’est vrai au Québec, mais aussi aux États-Unis dans certaines régions plus au nord. Or, qu’est-ce qu’ont fait les producteurs qui ne parvenaient pas à semer leur maïs? Plusieurs ont tout simplement capitulé pour semer plutôt du soya. Il y a donc fort à parier que les superficies semées en maïs, que ce soit au Québec comme en Ontario et aux États-Unis, pourraient être encore moins importantes que prévu. De ce côté, le 1er son de cloche sera donné (ou non) à la fin juin, avec le rapport sur les superficies officiellement ensemencées aux États-Unis. Et nul besoin de dire qu’une baisse des superficies semées pourrait très bien faire bondir le prix du maïs;
  • enfin, même s’il n’a pas toujours la même force de frappe, le marché de « météo » sera sans aucun doute au rendez-vous encore cette année. Par marché de météo, j’entends cette période de la saison où les marchés se mettent à scruter à la loupe la moindre prévision météo et à s’emballer au moindre signe de conditions trop chaudes, trop froides, trop humides, et trop sèches. Généralement, cette période est plus fréquente à la pollinisation et à la floraison du maïs et soya à partir de la mi-juillet jusqu’au début août. Mais, par la suite, des conditions trop chaudes ou sèches, ou encore des gelées hâtives en septembre peuvent encore créer d’autres soubresauts météo intéressants.

Bref, si plusieurs choses justifient que le prix du maïs puisse éventuellement toucher de nouveaux creux dans les prochaines semaines, il ne faut pas jeter l’éponge trop rapidement. Il est encore très tôt dans la saison pour tenir pour acquises d’importantes récoltes cet automne. Il ne faut pas discréditer non plus la consommation de maïs qui reste très forte pour l’instant. Par contre, les marchés sont très nerveux. Comme toujours, il faut rester à l’affût des prix et des opportunités qu’ils offrent en temps opportun.

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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