Le marché météo en pleine action !!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca
Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Avec leur chute occasionnée par la publication des rapports du USDA du 28 juin dernier, les prix des grains ont dans l’ensemble touché des creux au cours des deux dernières semaines. Dans la vague de pessimisme qui a frappé les marchés à ce moment, comme j’en ai fait mention dans mon dernier billet (Des prévisions qui donnent froid dans le dos!!), la valse des prévisions négatives pour la prochaine année a repris de plus belle. Ce qu’il y a d’intéressant cependant, c’est que les prix des grains semblent encore une fois défier ces prévisions.

Sur l’ancienne récolte, le prix du soya tente à nouveau sa chance vers 15 $US/boisseau à la bourse (551 $US la tonne).  Celui du maïs, après avoir touché un creux à 5,25 $US/boisseau (207 $US la tonne), a bondi pour présentement se transiger autour de 5,60 $US/boisseau (220 $US la tonne).

Pour la nouvelle récolte, la situation est également très intéressante. Toujours à la bourse, le soya est passé d’un creux de 12,25 $US/boisseau (450 $US la tonne) pour à nouveau tenter sa chance vers 13 $US/boisseau (478 $US la tonne). Pour sa part, après avoir atteint un creux inégalé depuis longtemps à 4,90 $US/boisseau (193 $US la tonne), le maïs est parvenu à gagner près de 0,40 $US/boisseau pour graviter maintenant tout juste sous 5,30 $US/boisseau (209 $US la tonne).

Difficile donc avec ces hausses très intéressantes des prix des grains de ne pas avoir un sourire en coin en se rappelant ce que disaient il n’y a encore pas très longtemps les analystes des marchés.

« Pouaah !! Comme toujours, dans les patates ces gens qui se disent analystes, économistes et spécialistes… », que j’en entends certains me dire.

Je dirais pour ma part qu’il ne faut pas crier victoire trop vite et prendre pour acquis qu’encore une fois ils ont crier au feu sans fumée.  Cette relance, même si elle peut se transformer en réel changement de cap dans les prochaines semaines, ne reste pour l’instant qu’un soubresaut de marché comme on en connaît plusieurs dans une année, à la baisse comme à la hausse.

Présentement, un cocktail de facteurs est venu insuffler un vent de renouveau sur le marché des grains. Principalement :

  • Des confirmations de plusieurs ventes importantes de grains américains à l’exportation. La Chine semble particulièrement agressive ;
  • une vague de chaleur qui frappe les Plaines et le Midwest américain ;
  • un recul plus important que prévu des inventaires de blé aux États-Unis et dans le monde ;
  • une demande de soya qui demeure toujours forte alors que la disponibilité n’est toujours pas au rendez-vous ;
  • des conditions qui s’améliorent timidement pour les cultures aux États-Unis, mais qui restent très fragiles.

De tout ceci, il faut garder à l’esprit deux choses.

Tout d’abord, avec la chute des prix que nous venons de connaître, ceux-ci se sont transigés dans l’ensemble à des niveaux qui n’avaient pas été observés depuis longtemps. Pour les consommateurs qui ne peuvent se permettre nécessairement de connaître une autre année à des prix aussi élevés que 2012, la tentation était donc très forte de réaliser des achats. Pour eux, même si les prix pourraient très bien être éventuellement plus bas comme le suggèrent nos fameux analystes, il n’y a pas de chance à prendre. Le fait qu’on observe plus de ventes de grains américains à l’exportation (et à l’achat) depuis 2 semaines n’est donc pas aussi surprenant qu’on voudrait bien le croire. Les prix sont simplement plus intéressants qu’ils ne l’ont été depuis longtemps…

Ensuite, il faut se rappeler que 2013 n’est pas comme 2012. Oui, il reste possible que la vague de chaleur qui touche les États-Unis s’envenime. Et même si elle ne fait que persister encore un peu, avec le maïs qui est au stade de la pollinisation et les cultures qui ont un système racinaire affaibli par le début de saison trop humide, il se peut très bien qu’il y ait des baisses de rendements. Par contre, il faudrait que les producteurs américains soient terriblement malchanceux pour subir une seconde année de sécheresse hors du commun. La perspective de connaître de très mauvaises récoltes reste donc encore assez mince.

Le fait que les prix bondissent présentement au moindre signe de menace pour les cultures aux États-Unis n’est pas non plus un phénomène nouveau, loin de là. Tant et si bien en fait que, dans le milieu des analystes de marché et négociants à la bourse, il y a un nom pour ce que nous connaissons présentement : les « weather markets » (en français : marchés de météo).

Le hic par contre cette année, c’est qu’il n’y a tout simplement pas place à l’erreur. Avec des inventaires de grains à des niveaux exceptionnellement bas, les prochaines récoltes doivent être au rendez-vous. Difficile dans une telle situation pour les marchés de ne pas avoir de sérieux sauts d’humeur. Surtout que nous sommes dans un contexte où la cassure est très nette entre les maigres inventaires de la dernière récolte et ceux importants qui demeurent toujours en vue pour le moment.

Les prix des grains connaissent donc depuis quelques jours une progression très intéressante de leur valeur. Plusieurs éléments justifient ce rebond suivant la dégringolade du début du mois de juillet. Rien ne permet non plus de confirmer que nous ne serions pas sur le point de connaître un changement de cap à l’image de 2012. Si le passé est garant du futur, il faut se rappeler par contre que pour l’instant, ce que nous connaissons s’apparente plus à un phénomène bien connu, celui des marchés de météo. Mais, avec la tendance des prix qui est à la baisse depuis plusieurs mois et les récoltes importantes attendues aux États-Unis, ce que nous offrent présentement les marchés représente surtout possiblement une belle opportunité pour l’instant. Quitte à attraper au vol le début d’une nouvelle flambée des prix. Qui sait ?!

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Entre le moment d’écrire ces lignes et celui de publier au cours de la journée de vendredi 12 juillet, les prix des grains ont déjà connu un recul important ; le maïs de plus de 0,15 $US/boisseau et le soya de 0,44 $US/boisseau. Des prévisions de conditions plus humides sont à nouveau en vue aux États-Unis semble-t-il …

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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