Le meilleur est à venir…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Depuis le début de 2015, je n’ai pas eu l’occasion de commenter l’actualité des marchés dans ce blogue comme je l’aurais souhaité. Je m’en excuse. Le temps passe rapidement, et si les producteurs profitent généralement de l’hiver pour se mettre à jour en attendant la prochaine saison, pour plusieurs intervenants comme moi, c’est la saison où il faut le plus sortir de nos bureaux pour faire des rencontres, donner des conférences et des formations.

Bref, depuis le début de l’année, j’ai parcouru encore une fois cet hiver d’est en ouest et du nord au sud le Québec, dans un mélange de conférences et de formations. Et pour moi, tous ces kilomètres parcourus me donnent une occasion en or de rencontrer les producteurs, de discuter avec eux, et de prendre le pouls de la situation. Jusqu’à présent, mon constat cette année est très positif.

Oui, les prix des grains n’ont pas été aussi bas depuis des années. Comparables à l’an dernier, mais loin d’être extraordinaires. Ça, c’est la partie le moins intéressante de mes discussions.

En effet, naturellement, tous les gens que je rencontre me demande mon opinion sur les marchés. Sauf que, comme le savent déjà très bien ceux qui les suivent un peu plus, entre nous soyons honnêtes, 2015 n’est pas à l’image du début des années 2010, et ne s’annonce pas pour l’instant très prometteuse non plus.

Comme je l’ai répété à plusieurs reprises dans mes conférences cet hiver, on peut chercher de midi à quatorze heures des problèmes pour faire grimper les prix, mais du grain il y en a tout simplement beaucoup… beaucoup… beaucoup cette année. Rien pour justifier des prix très élevés. C’est tout.

Est-ce que ça veut dire que je pense que les prix ne grimperont pas d’ici la fin 2015? Pas du tout. Par contre, mon opinion personnelle est qu’il faudra tout simplement que la météo ne soit pas de la partie ce printemps aux États-Unis, ou encore à l’automne prochain en Amérique du Sud.

Est-ce qu’on ne pourrait pas aller chercher quand même quelques dollars de plus dans nos ventes d’ici le printemps? Oui, mais ça ne sera pas facile. On a beaucoup de grains, et on parle présentement qu’il se sèmera encore davantage de soya, et tout juste un peu moins de maïs que l’an dernier aux États-Unis. Encore une fois, oui il est possible que les producteurs parviennent à vendre un peu mieux, mais non je ne crois pas que ce sera facile d’y arriver à moins qu’on ait une bonne surprise.

Donc de ce côté, je ne veux pas passer pour l’oiseau de malheur, mais la réalité est que pour l’instant, 2015 n’est tout simplement pas et ne s’annonce pas une année facile du côté du marché des grains.

Maintenant, pourquoi je dis que malgré tout, mes rencontres depuis le début de 2015 sont très positives?

Et bien, c’est que mes discussions me confirment que tranquillement, le discours que tiennent les producteurs change. Quand j’ai commencé il y a maintenant plusieurs années, ce que j’entendais plus souvent qu’autrement se résumait surtout à une salve de « jurons » quand les marchés étaient en mauvais état comme c’est le cas présentement. Sauf que contrairement à mes débuts, aujourd’hui le discours des producteurs change. Oui j’ai toujours des grincements de dents quand on parle de mauvais marchés. Normal. Par contre, je vois de plus en plus de producteurs affiner leurs stratégies commerciales, réfléchir autrement, changer leur perception par rapport aux marchés, s’informer davantage, travailler différemment leur prix avec les acheteurs, vendre davantage à l’avance, etc.

Bref, comme je le dis souvent, la « game » a beaucoup changé depuis une quinzaine d’années, et les producteurs changent aussi beaucoup leur manière de fonctionner pour vendre à de meilleurs prix.

Pour moi, plus que jamais, ce changement de mentalité et de façon de faire se veut de plus en plus prometteur de très belles années devant nous. Parce que si les producteurs doivent aujourd’hui travailler davantage pour aller chercher de meilleurs prix et rentabiliser leurs activités, et s’ils le font de mieux en mieux, qu’en sera-t-il lorsque les prix retourneront à la hausse?

Et soyons honnêtes encore une fois… Depuis 2012, nous sommes sur une pente descente. Pourquoi? Tout simplement parce qu’avec les prix record atteints à plusieurs reprises depuis dix ans, les producteurs ont fait ce que n’importe qui aurait fait s’il y avait de meilleurs prix, semer et récolter davantage pour profiter des bons prix. Maintenant aujourd’hui, on produit de trop grandes quantités de grains dans le monde pour les besoins des consommateurs. Mais, le recul des prix est à l’œuvre et les consommateurs sont plus que jamais au rendez-vous. Tôt ou tard que ce soit ce printemps, ou encore le printemps l’an prochain, la météo sera capricieuse. Le juste retour du balancier voudra alors que les consommateurs n’aient d’autres choix que de se rabattre sur moins de grains, et payer alors plus cher…

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Commentaires