Le retour de l’enfant terrible: El Nino

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Ce matin en me levant, en faisant mon tour de piste quotidien des nouvelles des marchés, j’ai noté plusieurs avis à l’effet que le phénomène El Nino serait de retour cette année. En réalité, ça fait déjà quelques semaines qu’un premier drapeau rouge a été levé, mais il semble que cette fois-ci ce soit plus sérieux. Ceci dit, doit-on vraiment se préoccuper d’El Nino, et au fait, qu’est-ce qu’El Nino?

El Nino est un phénomène météo de très grande amplitude. Dit très simplement, il s’agit d’un réchauffement des eaux de surface sur la côte ouest de l’Amérique du Sud (Pérou et Équateur). Ce réchauffement crée par la suite de nombreux bouleversements atmosphériques, et ce, à l’échelle planétaire sur une longue période.

Typiquement, l’avènement d’un El Nino se caractérise par :

  • Du temps plus sec en Australie et en Asie;
  • Des températures plus douces au Canada;
  • Des précipitations plus importantes en Californie et dans le sud-est des États-Unis;
  • Des conditions plus sèches pour le Midwest américain;
  • Des températures plus chaudes qu’à la normale en Amérique du Sud, avec du temps sec au Brésil, et plus humide en Argentine.

Il faut noter qu’El Nino est davantage un évènement qui prend de l’importance pendant la période hivernale qu’au cours de l’été. Par contre, lors d’une année El Nino, davantage de phénomènes extrêmes seraient observés (tornades, ouragan, etc.).

Maintenant, à quoi cela rime-t-il pour nous au Québec?

Côté météo, les différentes recherches que j’ai faites de mon côté ne sont pas très concluantes. Hiver plus chaud qu’à la normale, sans plus…  C’est donc dire que l’hiver prochain pourrait très bien nous réconcilier avec des températures moins glaciales que cette année.

Par contre, côté marché des grains, plusieurs choses seraient à surveiller.

Sans aucun doute, ce qui est le plus reconnu d’El Nino, ce sont les sècheresses importantes qu’il peut occasionner en Australie.  Or, ce pays est le huitième plus important producteur de blé dans le monde, mais surtout, il en est aussi le cinquième plus important exportateur. Nul besoin de dire que si une sècheresse voit le jour cette année dans ce pays, le marché du blé pourrait donc être quitte pour un retour à la hausse beaucoup plus intéressant.

 

El_Nino_regional_impacts_frAilleurs dans le monde, le phénomène est beaucoup moins tranchant sur ses effets météo. D’ailleurs, c’est ce que rappellent plusieurs études qui ne montrent pas toujours un lien très clair entre El Nino et de bonnes ou mauvaises récoltes. Pourquoi? Parce qu’en réalité plusieurs autres imprévus météo que l’on observe chaque année viennent mêler les cartes. Par exemple, on sait cette année que les conditions sont déjà extrêmement sèches dans le nord des Plaines et du Midwest américain.

Ceci dit, pour cet été, certaines études d’El Nino tendent à démontrer qu’il faut s’attendre à des conditions excellentes pour les cultures dans le Midwest américain. Pas quelque chose de très réjouissant pour les prix des grains. Par contre, l’hiver prochain, nous pourrions nous attendre à des conditions trop humides pour les cultures en Argentine, et trop sèches pour celles au Brésil.  Le Midwest américain pourrait de son côté connaitre un hiver très sec, qui ne sera alors pas garant par la suite de bonnes conditions pour la saison 2016.

Maintenant, est-ce que l’une ou plusieurs de ces manifestations d’El Nino prendront forme cette année? Possible… Peut-on compter sur ces imprévus météo pour espérer voir les prix retourner à la hausse? Rien n’est moins sûr.

En effet,  s’il y a une chose que la littérature sur le sujet démontre bien, c’est que El Nino n’est tout aussi pas constant dans sa fréquence, que dans ses répercussions. Parfois, il occasionne d’importantes sècheresses, inondations, et davantage d’ouragans et tempêtes, d’autres fois il se montre beaucoup plus timide.

Est-ce qu’il faut alors ignorer El Nino et les avertissements qui commencent à faire les manchettes? Pas nécessairement non plus. En fait, l’important est surtout de rester à l’affût de phénomènes tels que des sècheresses ou inondations qui commenceraient à prendre forme, et pourrait éventuellement s’aggraver. Puisque, disons-le de cette manière, il y a plus de chance qu’à la normale qu’ils surviennent, à commencer cet été par une sècheresse en Australie.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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