Les marchés dans les patates

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Nous avons assisté dans les dernières semaines à quelque chose pour le moins inusité, un rallye des prix des grains à la bourse en pleine récolte! Wow!

En un mois, le prix du maïs a grimpé de 17 % (+22 $US la tonne), celui du soya de 14 %(+49 $US la tonne) et celui du blé à Chicago de 11 %(+20 $US la tonne).  Et dire que de manière pratiquement unanime, tous les spécialistes envisageaient plutôt des reculs plus importants au début d’octobre dernier. Dans les patates ces spécialistes vous dites? Pas forcément…

Cette progression remarquable des prix dans les dernières semaines ne s’appuie pas nécessairement en fait sur des bases très solides. Je m’explique.

À l’origine de la chute importante des prix avant le mois d’octobre dernier : des récoltes importantes, voire record, attendues non seulement aux États-Unis, mais aussi dans plusieurs régions clés de productions dans le monde (Europe, Amérique du Sud, Chine, etc.). Après plusieurs années de vaches maigres, voilà donc que les consommateurs auraient cette année de quoi se mettre sous la dent plus qu’il n’en faut pour répondre à tous leurs besoins. De quoi difficilement justifier des prix élevés.

Cette réalité, aux yeux des marchés, elle était écrite en lettres majuscules et caractère gras depuis le début de l’été.  Pour eux, la question était surtout de savoir jusqu’où faudrait-il faire reculer les prix des grains pour retrouver un juste équilibre entre une offre plus qu’abondante, et une demande fortement éprouvée dans les dernières années par des prix exceptionnellement élevés.

Sauf que, prenant le taureau par les cornes, les fonds spéculatifs n’auront pas attendu pour autant d’avoir la confirmation de récoltes records cet automne pour tenter de tirer profit de la situation. C’est le but du jeu : essayer d’anticiper où iront les prix pour pouvoir engranger des profits. Confiants qu’ils s’effondreraient davantage, ils ont donc misé sur cette éventualité… jusqu’à ce que les retards dans les récoltes américaines les prennent de court!

À partir du début octobre, différents imprévus ce sont également mis de la partie pour leur rappeler qu’ils n’auraient définitivement pas le dernier mot : conditions trop sèches au Brésil, problèmes de logistique de transport aux États-Unis, manque criant de tourteau de soya pour répondre aux besoins des consommateurs, etc..

Les fonds spéculatifs qui voulaient encore une fois jouer les devins auront donc été quittes pour une mise à jour pour le moins brutale au début octobre. Renversant la vapeur, ils ont ainsi été forcés de revoir leurs objectifs à la hausse, eux qui misaient plutôt sur une baisse jusque là.

Résultat, un rallye en pleine récolte qui ne tient somme toute pas à grand-chose: les fonds spéculatifs qui sont surtout forcés de réajuster le tir très (trop) rapidement.

Est-ce dire que ce rallye ne s’appuie finalement sur pratiquement rien? Pas nécessairement non plus. Il faut quand même reconnaître les problèmes de récolte rencontrés présentement, et la fermeté de la demande dans le marché du soya.

Sauf que les vraies questions qu’il faut surtout se poser sont les suivantes:

  • Est-ce qu’entre le début octobre et aujourd’hui, la situation a vraiment changé?
  • Les récoltes américaines seront-elles finalement vraiment moins importantes?
  • Est-ce qu’il y a des évènements, des imprévus qui ont vu le jour qui devraient changer de façon permanente la situation pour les mois à venir?
  • Semble-t-il que les consommateurs suivent déjà la parade et acceptent de payer plus cher pour s’approvisionner?

Répondre à ces questions, c’est répondre aussi un peu à celle à savoir s’il serait ou non intéressant de vendre.

 

 

 

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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