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Ligne de temps

Les producteurs américains sèment-ils vraiment plus rapidement qu’avant?

Avec le début de saison tardif aux États-Unis, plusieurs analystes de marché auront rappelé depuis deux semaines qu’avec les technologies d’aujourd’hui et les semoirs à *48 rangs*, il ne suffit en réalité que de quelques jours de beau temps pour rattraper le temps perdu. Difficile d’argumenter avec cette idée, puisqu’il est vrai que les producteurs possèdent de nos jours des équipements certainement plus performants qu’il y a une trentaine d’années.

Par contre, est-ce vrai qu’on sème plus rapidement? Certains chiffres semblent dire que « oui », mais pas nécessairement de la manière que le suggèrent les analystes. Petit tour d’horizon des chiffres d’ensemencements américains depuis 1980…

En un coup d’œil, on voit qu’effectivement, depuis 1980, les producteurs américains ont bel et bien gagné autour d’une semaine en moyenne dans le temps nécessaire pour semer autant leur maïs que leur soya (premier graphique de gauche).

Par contre, ce qu’il est plus intéressant de constater, c’est que dans l’ensemble, les producteurs américains ne sèment pas nécessairement plus rapidement au cours d’une semaine qu’avant. Si on jette en effet un coup d’œil au graphique de droite qui représente les plus fortes progressions d’ensemencements hebdomadaires enregistrées chaque année depuis 1980, on ne peut dire qu’il y a eu de grands changements.

Dans le cas du maïs, nous avons eu deux pics de progressions hebdomadaires d’ensemencements importants, l’un au début des années 90, et l’autre en 2013. Dans les deux cas, la progression est comparable même avec un écart de 20 ans. Même chose dans le soya, avec deux pics de progression d’ensemencements importants, l’un en 1994 et l’autre en 2012.

Dans ce même ordre d’idée, de ces graphiques, on constate aussi un léger recul (ligne de tendance) du pourcentage de progression maximum des ensemencements hebdomadaires chaque année depuis 1980 dans le maïs. Dans le soya, c’est l’opposé, avec une légère hausse.

Maintenant, qu’est-ce que ces chiffres nous fournissent concrètement comme informations?

Conclure que les producteurs américains n’ont pas la capacité de semer plus rapidement ne serait pas exacte, puisqu’encore une fois, il apparait difficile de dire que les équipements d’aujourd’hui ne le permettent pas. D’ailleurs, le fait que la période d’ensemencements se soit raccourcie avec les années en est le résultat sans aucun doute.

Par contre, ce que ces chiffres illustrent bien, c’est que jusqu’à présent, dans l’ensemble, ces équipements plus performants n’auront peut-être bien pas été essentiels pour rattraper le temps perdu. Oui, les producteurs ont plus de flexibilité pour semer rapidement en peu de temps, mais depuis 1980, sur une base hebdomadaire, la météo aura fait en sorte que la progression maximale des ensemencements plafonne toujours, à près de 45% dans le maïs, et 30% dans le soya.

Pour les prix des grains et le suivi des marchés, ce qu’on retient, c’est encore une fois que ce sera surtout la météo qui aura le dernier mot. Oui on peut semer plus rapidement, mais encore faut-il avoir la bonne fenêtre de condition pour y arriver.

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Pratiquement tout juste au moment de publier ce billet, un article sur le même sujet de M. Nielsen, un agronome de Purdue University Extension (Midwest Corn and Soy: Are You Really Planting More Acres Per Week?) arrivait essentiellement à la même conclusion. Comme quoi, le nœud du problème s’il y a retard dans les ensemencements américains n’était pas et ne serait toujours pas la capacité des producteurs à semer plus rapidement.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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