Marché de météo plein gaz!!

Marché de météo plein gaz!!

Il doit y avoir beaucoup de poils blancs qui apparaissent sur les menton ces temps-ci. Ça prend des nerfs d’acier avec le début de saison que nous avons jusqu’ici au Québec, mais aussi pour suivre les marchés.

On pouvait se douter qu’on en viendrait à ce que nous vivons présentement dans les marchés. Les inventaires américains sont à leur plus bas depuis 2013, la demande a fortement progressé au cours de la dernière année, spécialement du côté de la Chine, et les cultures viennent à peine d’émerger et de débuter leur croissance dans le Midwest.

Pour l’an prochain, les premières prévisions du USDA laissent entendre que les stocks américains se renfloueront… un peu. En chiffres, pour le maïs, il prévoit qu’ils passeront d’un creux cette année de 1,11 milliards de boisseaux (28,1 MTM) à 1,36 milliards de boisseaux l’an prochain (34,5 MTM). Pour se situer, on jouait plutôt autour de 2,00 à 2,20 milliards de boisseaux (50 à 56 MTM) au cours des dernières années.  

Pour le soya, les inventaires américains de l’an prochain sont prévus à 155 millions de boisseaux (4,2 MTM) contre 135 millions de boisseaux (3,7 MTM) cette année. Le creux des dernières années a été atteint en 2013 à 92 millions de boisseaux (2,5 MTM). Pendant la guerre commerciale, nous étions plutôt à près du milliard de boisseaux (27 MTM). Dire que c’est il y a à peine deux ans…

Avec de tels chiffres, on ne peut certainement pas dire encore que les inventaires américains de maïs et de soya prévus pour l’an prochain soient très confortables. Autre hic, pour arriver à de telles prévisions, le USDA utilise un rendement record pour cette année dans le maïs, 179,5 bo./acre (11,3 tonnes/ha), et le 3emeilleur rendement jamais enregistré à ce jour pour le soya, 50,8 bo./acre (3,4 tonnes/ha).

Pour remettre les choses en perspectives, c’est un peu comme dire en plein début de saison que vous alliez avoir d’excellents rendements, peut-être même record, alors que les semences viennent tout juste de sortir de terre il n’y a pas si longtemps. C’est dire aussi que comme vous aurez de bons rendements, on doit déjà prévoir qu’il y aura plus de grains disponible au cours de la prochaine année. Je ne connais pas beaucoup de producteurs qui seraient prêts à parier sur un tel scénario en début de saison, et encore moins cette année.

C’est pourtant exactement ce qu’on observe présentement à la bourse. Avec ces premières projections du USDA, et des conditions météo qui se montrent plus favorables présentement pour le Midwest américain, on digère que ce soit possible; que le USDA pourrait peut-être bien avoir raison, et que les stocks américains pourraient être plus confortables l’an prochain. 

Évidemment, s’il y a une chose que les marchés m’auront apprise au fil des années, c’est que rien n’est impossible. À preuve, l’an dernier, on aura même vu en pleine pandémie de COVID-19 le prix du baril de pétrole plonger à la bourse à « -40 $US/baril ». 

Mais, s’il y a une autre chose que j’ai apprise, c’est aussi qu’il n’y a rien de plus instable que des prévisions météo, surtout celles à plus long terme. Alors, dire que c'est déjà « game over » pour les prix à Chicago m’apparaît un peu prématuré.  

Par contre, en dehors de la météo qui n’a pas dit nécessairement son dernier mot, deux éléments me fatiguent dans le marché. 

Le premier, les prix des grains sont déjà et toujours très élevés, même avec le recul des dernières semaines. C’est vrai à la bourse, mais c’est vrai aussi au Québec. Or, quand on est en altitude, ça prend de plus d’oxygène pour grimper davantage. À défaut d’en avoir, au mieux, on fera encore quelques pas avant de rebrousser chemin. C’est le risque que pose le contexte de marché que nous vivons présentement. Nous pourrions avoir une météo qui préoccupe aux États-Unis, mais juste pas assez pour faire de nouveau bondir les prix de manière intéressante. Et par la suite, une fois la saison derrière nous, il ne restera alors plus grand-chose pour donner de nouveau de l’oxygène aux prix…

Le second, le 30 juin prochain, nous connaîtrons les superficies qui ont été vraiment ensemencées en maïs et soya aux États-Unis cette année. Je n’aime pas beaucoup jouer au jeu des prédictions, je me garde donc d’avancer des chiffres. Cependant, on sait que non seulement les prix à la bourse ont connu une forte progression au tout début du printemps, mais aussi que le début de saison a été excellent et très rapide aux États-Unis. En combinant ces deux éléments, j’abonde dans le même sens que plusieurs analystes : les producteurs américains devraient avoir semé plus de maïs et soya que ce qui avait été annoncé à la fin mars.

Si la météo américaine ne préoccupe donc pas suffisamment dans les prochaines semaines, et qu’en plus les producteurs américains confirment qu’ils ont semé plus de maïs et soya, nous aurions alors sous la main pratiquement tous les éléments pour couper court une fois pour toute à l’incroyable rallye des derniers mois.

Comme toujours, il y a différents scénarios à gérer. Il faut savoir ensuite doser entre les volumes de grains que vous êtes prêt à spéculer, et ceux qui vous garantissent déjà une très bonne profitabilité pour les prochains mois, et même la récolte 2022. En attendant, on se fait des poils blancs à regarder d’heure en heure les prévisions météo. Ici, pour savoir si nous aurons suffisamment de pluie, et aux États-Unis, pour savoir si les prix bondiront de nouveau ou non.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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