Marché des grains : non, 2016 ne nous manquera pas!

C’est le temps de tourner la page sur une année qui n’a certainement pas été des plus glorieuse pour les marchés agricoles. C’est vrai dans les grains, mais aussi dans les viandes (porc & bœuf) qui ont connu un automne particulièrement difficile.

Voici une liste de 10 choses à retenir de la dernière année dans les marchés :

1 – El Nino aura fait bien peu, La Nina semble vouloir suivre ses traces

Le fameux El Nino qui était vigoureux à l’hiver 2016 aura semé quelques doutes. En effet, celui-ci a été partiellement responsable d’une série de mois très chauds à l’échelle planétaire, voir record en quelques occasions, au cours de 2016.

On peut attribuer à El Nino des problèmes météo rencontrés en 2016 tel que les pluies torrentielles et inondations observées en fin de saison en Argentine au printemps dernier, ainsi que des conditions excessivement sèches en Australie et en Asie. Au Canada, et au Québec, on estime aussi que l’hiver 2016 (janvier à mars) était de l’ordre de 5 degrés plus chaud qu’à la normale.

Toute la question en 2016 aura été à savoir ensuite si El Nino se retirerait avant l’été ou non. Ce fût le cas. S’il avait persisté davantage, les conditions sèches de certains États entourant les Grands Lacs (et l’Ontario…) à l’été 2016 auraient pu être plus graves et entrainé une sècheresse plus étendue et sévère.

El Nino a donc fait quelques siennes en 2016, mais sans plus. Et que nous réserve pour 2017 le retour de La Nina qui a emboîté le pas à El Nino?

Pas nécessairement grand-chose de l’avis de plusieurs météorologues. On s’attend à ce que le phénomène La Nina soit d’une intensité relativement modérée et de courte durée pour 2017. Il faudra cependant garder un œil sur de possibles conditions trop sèches dans le sud des Plaines et du Midwest aux États-Unis, alors que des températures plus fraiches et des conditions plus humides qu’à la normale pourraient affecter le nord des Plaines américaines, les régions entourant les Grands Lacs et la portion ouest du Québec.

2 – La Chine reste très gourmande

Le ralentissement économique observé en Chine dans les dernières années en aura amené certains à craindre un recul de la consommation chinoise de grains en 2016. Une touche de protectionnisme agricole ainsi qu’une monstrueuse réserve de maïs auront ajouté de la nervosité dans l’air : « Et si les Chinois réduisaient leurs besoins et importations de grains? »

Ce ne fût absolument pas le cas du côté du soya alors que la Chine en aurait importé 6,2% de plus qu’en 2015 selon le USDA. Toujours selon les prévisions du USDA, il faut aussi prévoir une hausse de 3,3% des importations chinoises de soya de 2016 à 2017. Rappelons qu’annuellement, la Chine est responsable de plus de la moitié des volumes mondiaux de soya transigés (import/export) et qu’en 2016, 45% de la production mondiale de soya aura été consommé en Chine.

On peut davantage se questionner du côté du maïs alors que les inventaires nationaux chinois ont atteint un record de 110,8 millions de tonnes en 2016, plus du quart de la production annuelle de maïs aux États-Unis.

De nombreuses rumeurs et initiatives chinoises concernant des cargos de maïs (américain…) refusé, des variétés de maïs OGM non autorisé, des déboires du côté des importations chinoises de drêches américaines ainsi qu’une politique de prix floue visant à stimuler la production locale de maïs auront tour à tour soulevé plusieurs interrogations sur les objectifs réels visés par la Chine au cours de 2016.

On peut par contre estimer sans trop se tromper que la Chine cherche surtout et tout simplement à réduire ses réserves excessives de maïs. Ceci pourrait s’avérer intéressant à terme pour le marché du maïs.

En effet, si les réserves chinoises sont assez importantes pour que le pays cherche à les réduire, la consommation chinoise de maïs poursuit de son côté sa forte progression, grimpant de +7,7% de 2015 à 2016 avec une hausse prévue de 2016 à 2017 de +4,4%. En 2016, près de 25% de la production mondiale de maïs a été consommé par la Chine.

3 – Le dollar américain à de nouveaux sommets

Hausseront, ne hausseront pas leur taux directeur? Ce fût là l’une des questions centrales qui aura grandement animé les marchés financiers concernant la politique monétaire américaine tout au long de 2016.

Eh bien! C’est maintenant chose faite! En date du 14 décembre dernier, la Réserve Fédérale Américaine (Fed) a augmenté de +0,25 à 0,75% le taux directeur américain. L’économie américaine profitant toujours d’indicateurs solides (croissance de l’emploi, baisse du taux de chômage, poursuite de la hausse du PIB et inflation à la hausse), on s’attend maintenant à ce que la Fed répète l’expérience au cours de 2017 avec possiblement trois autres hausses du taux directeur.

Profitant de cette fermeté économique, de la hausse du taux directeur et d’une touche d’optimise concernant l’élection du nouveau président, M. Donald Trump, la valeur du dollar américain aura ainsi atteint un nouveau sommet inégalé depuis le début des années 2000. Sur son Index, le dollar américain a dernièrement dépassé le cap de 103 points, en hausse de plus de 4 points comparativement à sa valeur à la fin 2015.

Pour le marché des grains, cette fermeté de la devise américaine n’est pas nécessairement une bonne chose. Qui dit dollar américain plus fort dit également prix des grains américains plus chers sur les marchés mondiaux. Avec des récoltes record de maïs, soya et blé obtenu aux États-Unis en 2016, les exportateurs américains auront donc tout qu’un défi sous la main : vendre de plus en plus cher si le dollar américain poursuit sur sa lancée…

Dans le prochain blogue, il sera question d’exportations, d’éthanol et de cheptels porcin et bovin.

 

NB: Ne manquez pas l’occasion de venir assister aux conférences du Bulletin des Agriculteurs au Salon de l’Agriculture le 18 janvier prochain. Pour l’occasion, du côté des perspectives des marchés, je jetterai un coup d’œil sur ce qu’il faut surveiller en 2017. Nous regarderons aussi ce à quoi nous pouvons nous attendre comme 1ers objectifs de prix et comment bien se préparer pour tirer le maximum de ses ventes dans les prochains mois.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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