Misère de météo!

Il y a le Québec, et il y a le Midwest.

Au Québec, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en dire davantage. Les réseaux sociaux, les brins de jasettes entre producteurs et intervenants agricoles, ainsi que les journaux et magazines agricoles du Québec regorgent d’informations sur les conditions extrêmement sèches de ce début d’été; dans certaines régions, un peu plus, d’en d’autres un peu moins.

J’en profite d’ailleurs pour glisser un mot en ce sens sur un projet et nouvel outil auquel je participe cette année avec de nombreux intervenants, producteurs et partenaires sans qui il ne sera pas possible de faire déjà un excellent travail, le Bilan des Cultures. Si vous voulez en savoir plus ou même y participer: “Nouveau – Le Bilan des cultures

Ceci étant dit, suivant une saison déjà très éprouvante en 2019 pour les producteurs, disons simplement qu’on n’avait vraiment pas besoin de ce début de saison beaucoup trop sec cette année. Côté marché « local », pour les prix des grains, il faudra maintenant rester attentif. Si la situation ne s’améliore pas, et qu’un bon coup d’eau n’épanche pas rapidement les sols québécois desséchés, nous risquons d’obtenir une 2e année consécutive de mauvaises récoltes au Québec.

Pour référence, l’an dernier, nous avons vu la récolte de maïs afficher un recul annuel de -7% à un creux en 5 ans de 3,4 millions de tonnes, pour le soya -10% à un creux de 4 ans de 1,05 millions de tonnes.

La gravité de la sécheresse qui prend forme déterminera ensuite la vigueur des prix auxquels nous devrons nous attendre. De bonnes averses d’ici 1-2 semaine, et nous aurons évité le pire. Pas de pluie, et nous ne devrions plus voir que l’ombre du récent 185-195 $ la tonne récolte pour le maïs que nous avons vu. Maintenant à savoir lequel de ces scénarios sera le bon, pour ma part, à 2-3 jours de préavis, les prévisions météo peuvent rapidement changer, les perspectives des prix aussi. Disons simplement qu’avec une certaine certitude, on peut déjà dire qu’une baisse de rendement est à prévoir…

La situation dans le Midwest américain m’apparaît différente avec un brin de similarité. Je m’explique.

À ce moment-ci de la saison, il n’y a pas une seule journée où je ne jette pas un coup d’œil à la météo aux États-Unis. Nous avons eu il y a deux semaines une 1re bonne vague de chaleur avec quelques régions un peu plus sèches. Par contre, la semaine suivante aura été accompagnée de bonnes précipitations dans la plupart des régions.

Depuis, les marchés jonglent avec les dernières prévisions et les conditions des sols du Midwest américain. Issssch!! Un peu trop chaud d’ici quelques jours. Ouf! Un peu trop sec par là! Oups! Retour de fortes précipitations, températures plus fraîches…

Franchement, pas facile d’y voir clair dans tout ça. N’allez pas ensuite regarder sur Twitter ou Facebook, vous n’en serez que plus mêlés. Photos de champs desséchés, suivi d’une photo d’un producteur posant fièrement devant son maïs d’un vert éclatant, puis ensuite d’un article présentant l’analyste statistique comparative des années similaires à 2020.

Pour ma part, si je prends du recul, je vous dirais simplement que ça m’apparaît effectivement un peu sec dans certaines régions (plus au nord et dans le sud des Plaines américaines). À savoir ensuite s’il y a vraiment matière à s’inquiéter pour les prochaines récoltes américaines, il y a par contre un bon « gap » à franchir. C’est possible, mais disons qu’il faudra certainement encore moins de précipitations et une bonne vague de chaleur pour un moment dans la plupart des régions du Midwest. Ça ne semble pas le cas pour l’instant.

Petit clin d’œil à ceux aussi qui commencent à parler de 2012. Ci-joint une petite carte comparative des conditions de sécheresse observées aux États-Unis pour les mois de mai et juin cette année versus 2012. 2020 n’est pas parfait, loin de là, mais encore une fois, difficile déjà de dire que ce soit comparable et aussi préoccupant que 2012.

Maintenant, le point qu’on en commun le Québec ou le Midwest américain, c’est que ce seront les prochaines semaines et conditions météo qui nous permettront de tirer de vraies conclusions.

Dans l’intérim, on retient que si les prix des grains au Québec pour la prochaine année se maintiennent et progressent, il y a malheureusement bien des chances que ce soit en raison de conditions qui resteront sèches au Québec, et non d’une grave sécheresse dans le Midwest américain. On attend les prochaines prévisions météo avec impatience!

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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