Pas si mauvaises les récoltes…

Pas si mauvaises les récoltes…

J’ai eu l’occasion de présenter une conférence récemment pour Via Pôle d’expertise en services-conseils agricoles que je remercie d’ailleurs de nouveau pour l’invitation.

Préparer une conférence est toujours un exercice intéressant. On ne peut pas s’étendre sur des détails bien précis, il faut aller à l’essentiel. Ça permet de dégager les grandes lignes, et d’y voir un peu plus clair dans le flot incessant d’informations et d’analyses sur les marchés qui brouille trop souvent les cartes.

Et qu’est-ce qui ressort le plus cette fois-ci de la préparation de cette conférence? Essentiellement, que si rien ne change in extremis, les récoltes nord-américaines de maïs et soya seront loin d’être mauvaises.

Oui, il y aura eu des sécheresses cette année, et dans certains cas assez importantes : le nord/nord-ouest du Midwest américain, les Prairies canadiennes et ici aussi, au Québec en août.

Le problème avec ces conditions difficiles c'est qu’elles font cependant souvent ombrage à des conditions beaucoup plus favorables observées ailleurs. Cette année, ce fut pratiquement le cas pour tout le centre, le sud et l’est du Midwest américain, mais aussi en Ontario (en progressant vers les régions plus à l’ouest).

Résultat, avec un peu de recul, si rien ne change encore une fois, on constate que les récoltes américaines de maïs et soya ne devraient pas être bien loin de niveaux record.

Son de cloche similaire au nord de la frontière, où au Canada on prévoit une récolte *record* de maïs, Ontario et Québec combiné. Pour le soya, on parle par contre d’une récolte « correcte », mais sans plus.

Et quelles conclusions peut-on tirer de ces constats?

On retient d’entrée de jeu que même avec de bonnes récoltes, on prévoit encore des niveaux d’inventaires américains assez serrés pour la prochaine année, ce qui aura assez bien supporté les prix jusqu’ici… pour le moment.

Si toutefois les prix demeurent encore assez élevés comme ils le sont présentement, nous avons toujours un risque bien réel de voir la demande continuer de s’effriter davantage. Ceci ne sera pas nécessairement suffisant pour faire plonger les prix. Par contre, si d’excellentes récoltes se confirment dans un premier temps en Amérique du Sud cet hiver, puis ensuite à partir du printemps et de l’été prochain aux États-Unis, il sera alors beaucoup plus difficile de défendre de bons prix, comparables à leur niveau actuel.

À partir d’ici, le mot d’ordre est très simple: Ça prend de mauvaises récoltes pour faire de nouveau bondir vraiment les prix, que ce soit en Amérique du Sud, sinon ensuite aux États-Unis. 

Une telle situation s’est d’ailleurs produite il n’y a pas si longtemps, en 2012, année fétiche de référence pour plusieurs. Après deux années de récoltes décevantes aux États-Unis en 2010 et 2011, et une forte hausse de la demande pour l’éthanol qui avait vu les prix bondir à Chicago à de premiers sommets, la sécheresse de 2012 avait écarté du revers de la main le recul des prix qui cherchait à prendre forme à partir de 2011. On connaît la suite, nous aurons atteint de nouveaux prix record en 2012.

À savoir ensuite si ce sera le cas de nouveau cette année est une toute autre histoire. On sait combien les prévisions météo, surtout à long terme, sont une science inexacte. Mais à défaut de prévoir, on sait aussi que l’exception ne fait pas la règle. Peut-être bien que nous vivrons un autre *2012* en 2022, mais je ne mettrais certainement pas toutes mes billes dans le même panier…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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