Pour combien de temps encore le maïs à moins de 200$/tonne?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Les récoltes ne font que commencer, et on parle déjà de prix qu’on n’aura pas vu aussi faible depuis longtemps. Rien de bien étonnant, quand on sait que les récoltes américaines seront très certainement record et que, sans être exceptionnelles, celles au Québec devraient aussi fournir de bons rendements. On ajoute ensuite à ce cocktail une touche d’inventaires américains et mondiaux qui ne cessent de grimper depuis trois ans, et on obtient quelque chose d’assez « toxique » comme mélange pour les prix.

Sans surprise, et avec raison, c’est donc préoccupé qu’à nouveau cet automne, bon nombre de producteurs rempliront au bouchon leurs silos en espérant que les mois d’hiver et de printemps se montreront plus favorables. Mais, est-ce que ce sera vraiment le cas?

D’entrée de jeu, la réponse est oui, sans aucun doute. En fait, si on écarte un instant tous les imprévus qui pourraient eux-mêmes faire bondir les prix sans crier gare, la tendance saisonnière elle-même joue en ce sens. Cycle tout à fait typique des marchés agricoles, ont atteint des creux à la récolte, pour ensuite progressivement gagner du terrain au cours du reste de l’année.

Par contre, le bémol important ici c’est qu’avec des quantités importantes de grains à écouler à partir de l’automne encore cette année, la toile de fond devrait rester lourde. De nombreux analystes jugent en effet que rien ne permet d’espérer un retour rapide à des niveaux de prix plus « acceptables ». Autrement dit, les prochains mois seront longs, il faudra s’armer de patience et rester particulièrement à l’affut des opportunités qui se présentent. Et, c’est bien là la bonne nouvelle…

Depuis la « déprime » des prix amorcés à partir de 2012, il n’y aura pas eu une année où de belles opportunités ne se seront pas présentées. Prenez le temps de jeter un coup d’œil sur 2013, puis 2014, 2015 et finalement 2016 et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Que ce soit dans le maïs, le soya ou encore le blé, à chaque année, à un moment où un autre, on aura vu les prix bondir pour de nombreuses raisons. Bien sûr, ce n’est pas par exemple du maïs à 275$ ou même 300$ la tonne. Mais quand même, celui qui a été patient et a appliqué de bonnes stratégies avec de bons objectifs a toujours pu depuis les sommets de 2012 vendre au moins dans une fourchette de 215 à 230$ la tonne et plus.

Le seul hic, à chaque fois, l’effet des rallyes des prix aura été éphémère et n’aura pas permis de renverser la vapeur sur un excès d’offre grandissant de grains face à une croissance de la demande plus modeste.

En fait, pour changer la donne, il faudrait qu’une vraie menace vienne définitivement amputer de manière assez sévère les récoltes d’un joueur clé : États-Unis, Brésil, Argentine, Europe, Ukraine et Chine. Mais, coup de malchance pour les prix, en-dehors de quelques problèmes rencontrés dans certains pays, rien en ce sens n’est vraiment survenu depuis 2012.

Est-ce que 2017 pourrait enfin déroger à cette règle? Possible…

Statistiquement, les dés jouent en notre faveur. Ça fait entre autres depuis 2012 que les rendements aux États-Unis en maïs et soya sont très élevés, et même record dans de nombreux cas.

  • Maïs – record en 2014 (171 bo./acre), 2e sommet en 2015 (168,4 bo./acre) et possiblement record en 2016 (174,6 bo./acre)
  • Soya – 2e fois record en 2014 (44 bo./acre), record en 2014 (47,5 bo./acre), record en 2015 (48,0 bo./acre), et à nouveau peut-être record en 2016 (50,1 bo./acre)

Malgré des récoltes en soya et en maïs décevantes cette année en Argentine et au Brésil, ce qui aura d’ailleurs certainement aidé les prix dans les derniers mois, l’Amérique du Sud brise aussi des records depuis plusieurs années.

Sauf que, tranquillement, nous nous rapprochons davantage d’une vraie « mauvaise » saison pour les cultures, avec des rendements décevants, et un bilan d’offre et demande qui retournera davantage à l’équilibre en faveur de prix plus soutenu et élevé. Ce pourrait être le cas de 2017, avec le retour de La Nina qui peut entrainer des conditions trop sèches aux États-Unis et des problèmes aussi en Amérique du Sud cet hiver. Qui sait…

En attendant ce changement de cap, la patience, des objectifs de vente clairs ainsi qu’un bon plan et de bonnes stratégies de commercialisation restent les meilleurs alliés des producteurs. Les prochains mois seront longs, mais encore cette année, il y aura matière à profiter de rallye et de bons prix.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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