Prix des grains: un retour à la hausse à prévoir pour les prochains mois?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Depuis 1 à 2 semaines, j’ai lu plusieurs commentaires d’analystes à l’effet que le creux saisonnier lié à la récolte était maintenant chose faite ; qu’à partir de maintenant les prix devraient reprendre leur progression tranquillement pour éventuellement culminer comme pratiquement chaque année au printemps.

Par curiosité, j’ai donc réalisé une analyse rapide des données historiques des prix moyens mensuels du maïs et soya à la bourse depuis 33 ans. Considérant le mois d’octobre comme référence de prix moyen récolte, j’ai donc comparé celui-ci aux prix moyens obtenus au moment de l’année généralement reconnu comme l’un des meilleurs pour vendre, le printemps (avril, mai et juin). Voici les résultats obtenus :

 

 

Plusieurs choses ressortent des informations obtenues. Pour le maïs :

  • En seulement 4 occasions depuis 33 ans (12% des cas), le fait de ne pas vendre récolte son maïs ce sera soldé par de moins bonnes ventes par la suite au cours du printemps. Fait intéressant, la sècheresse importante aux États-Unis en 1988 figure parmi ces années…
  • 13 années sur 33 (39% des cas) auront permis sans aucun doute aux producteurs de vendre à meilleur prix au printemps. Par contre, il faut remarquer que de ces années, seulement 5 ont offert des prix vraiment exceptionnels suivant la récolte, dont 2007-08 et 2010-11.
  • Dans pratiquement 50% des cas depuis 33 ans, les prix obtenus au printemps ont été partagés, offrant au cours de certains mois des opportunités, mais aussi des résultats décevants. Ici, il faut noter que c’est le mois de juin qui représente le plus de risque de pertes. À l’exception de 1979-80, 1999-00 et bien sûr 2011-12, on constate aussi que les gains moyens observés demeurent loin d’être exceptionnels.

Maintenant, qu’en est-il du soya?

  • Les chances d’obtenir au printemps un moins bon prix qu’à la récolte se révèlent plus communes que dans le maïs, soit pratiquement 1 année sur 4. Les pertes observées varient beaucoup, mais demeurent généralement entre 10$ et 25-30 $ la tonne. Encore une fois, on peut remarquer que la sècheresse de 1988 figure dans ce lot.
  • Si les chances d’avoir un moins bon prix au printemps qu’à la récolte sont élevées, celles d’obtenir un meilleur prix sont toutefois beaucoup plus élevées, soit dans 21 des 33 années analysées. Il est aussi très intéressant de constater qu’en aucune occasion depuis 8 ans sauf 2009-10, il n’est arrivé que de vendre au printemps n’a pas été en moyenne profitable. Mieux, à en juger par les résultats obtenus, il est même très rare que le prix du soya ne ce soit pas apprécié d’au moins 35 $ la tonne.
  • En seulement 4 occasions depuis 33 ans, le fait de vendre au printemps plutôt qu’à la récolte ce sera soldé par des résultats mitigés.

 

Que peut-on déduire de tous ces résultats? Pour le maïs, il y a lieu de s’interroger. Car en fait, si on les regarde froidement, la réalité est que dans plus de 60% des cas les ventes réalisées au printemps demeurent loin d’être très payantes. Est-ce donc dire qu’il vaut mieux tout vendre récolte? Pas nécessairement non plus. Par contre, il faut ajuster sa stratégie commerciale en gardant à l’esprit que les années qui offrent des gains exceptionnels (seulement 5 finalement depuis 33 ans) ne sont pas légion.

Le son de cloche est très différent cependant du côté du soya, qui révèle beaucoup plus d’opportunités intéressantes de vendre après le mois d’octobre, soit dans 64% des cas. Ceci est d’autant plus vrai depuis quelques années, les gains ont pratiquement toujours été au rendez-vous et parfois de manière très très payante (par exemple 2007-08). Mais encore une fois, est-ce donc dire qu’il vaut mieux ne jamais vendre récolte dans ce cas-ci? Pas pour autant non plus. Historiquement, 1 année sur 4 se veut perdante. On peut donc être plus agressif avec le soya que le maïs dans sa stratégie de mise en marché, sans pour autant tout mettre nos œufs dans le même panier quand même.

Pour cette année, s’il est vrai que la situation précaire de grains qui s’annonce tend à supporter les prix à la hausse, il faut garder aussi à l’esprit que la valeur élevée des prix des derniers mois peut avoir eu beaucoup plus d’impact que prévue sur les consommateurs. C’est sans compter que du côté des marchés financiers en général, il y a toujours de l’orage dans l’air avec les problèmes financiers en Europe et un ralentissement économique plus important que prévu à l’horizon en Chine.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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