Prochain arrêt, les ensemencements américains 2021!

Les prix du maïs et soya au Québec ont atteint des sommets au cours des derniers mois, le maïs à plus de 300 $ la tonne, et le soya, plus de 650 $ la tonne.

Nous sommes très loin du compte quand on pense qu’à l’été dernier, avec des stocks américains qui étaient alors prévus en forte hausse, nous nous attendions plutôt à une autre année très morose pour les prix des grains.

Dans 2 semaines, mercredi le 31 mars, le USDA présentera les résultats de son sondage sur les intentions d’ensemencements des producteurs américains pour 2021.

Le marché du soya a connu ces derniers mois une hausse particulièrement impressionnante, soit plus de +75% de gain à Chicago depuis l’été dernier et présentement à son plus haut depuis le printemps 2014 à plus de 14 $US/bo.. En raison de ce gain, le sentiment général est qu’il se sèmera *beaucoup* plus de soya ce printemps aux États-Unis. Les anticipations actuelles dans le marché parlent de superficies qui avoisineront un record de 90 millions d’acres comparativement à 83,8 millions d’acres l’an dernier. Mais est-ce que ce sera vraiment le cas? Reste à voir…

Le maïs n’a pas donné sa place non plus, passant d’un creux autour de 3,10 $US/bo. à Chicago en août dernier à plus de 5,75 $US/bo. au cours des dernières semaines. On peut pratiquement dire que sa valeur a doublé! Dire ensuite qu’il ne serait pas intéressant d’en semer davantage, c'est loin d’être le cas.

Actuellement, les anticipations parlent d’ensemencements américains en maïs de 93 millions d’acres comparativement à 90,8 millions d’acres l’an dernier. Les records atteints au cours des dernières années se situent à plus de 95 et 97 millions d’acres. Serait-il ensuite étonnant de voir les producteurs américains semer plus de 93 millions d’acres? Pas nécessairement…

Il y a toutefois un monde de différence entre la situation que nous vivons dans le maïs et celle du soya.

Aux États-Unis, à 117 millions de boisseaux (3,2 millions de tonnes), les inventaires américains de soya sont déjà très près de leur creux historique de 2013-14 à 92 millions de boisseaux (2,5 millions de tonnes). Pour autant qu’il y ait un peu plus d’exportations que prévues, sinon de trituration aux États-Unis, et le niveau actuel des stocks américains peut encore atteindre des niveaux beaucoup plus critiques au cours des prochains mois. On parle d’ailleurs déjà que les États-Unis seront forcés d’importer de la fève cet été pour parvenir à se rendre aux prochaines récoltes.

À l’opposé, s’ils sont certainement plus serrés qu’on le prévoyait, à leur plus bas depuis 2013-2014, les stocks américains de maïs sont encore loin d’être aussi préoccupants, à mon avis.

Pour cette année, les stocks américains de maïs sont évalués présentement à 1,502 milliards de boisseaux (38,15 millions de tonnes). Au cours de la période de la fameuse sécheresse de 2012, nous gravitions plutôt autour de 0,787 à 0,984 milliard de boisseaux (20-25 millions de tonnes). Il est certainement vrai que la demande de maïs américain aura été beaucoup plus forte au cours des derniers mois, la Chine ayant réalisé des achats record depuis l’automne dernier. Mais pour l’instant, même avec cette forte demande, nous sommes loin de pouvoir dire que les stocks américains atteindront des niveaux critiques au cours des prochains mois.

Ce contexte rend donc très ambiguë la direction que prendront les prix des grains d’ici les récoltes. Plus d’ensemencements de maïs américain que prévu risquent de gonfler considérablement les stocks des États-Unis pour la prochaine année. Ceci risque de faire pression sur les prix. Par contre, il s’agit d’un jeu de coulisse… Ce qui est semé en maïs ne l’est pas nécessairement en soya. Et dans ce cas-ci, des ensemencements américains plus faibles de fève que prévu ce printemps risquent de raviver des préoccupations déjà bien présentes. Nous avons des stocks américains de soya très serrés cette année. Qu’en sera-t-il ensuite s’il ne s’en sème pas assez pour renflouer adéquatement les inventaires pour l’an prochain? Nul besoin de dire que le prix du soya risque alors d’être beaucoup plus nerveux et explosif.

Il faudra donc être très attentif ce mois-ci aux intentions d’ensemencements américains qui seront présentés le mercredi 31 mars prochain.

Pour l’occasion, en collaboration avec le Bulletin des Agriculteurs et ses commanditaires, je me prêterai à l’exercice d’analyser et commenter les résultats et répercussions de ce rapport dans une formule webinaire le 1er avril prochain.

Le Bulletin profitera de l’occasion pour dévoiler aussi les résultats de son sondage sur les intentions d’ensemencements ici, au Québec. Je prendrai quelques instants pour évaluer les résultats de ce sondage et jeter un coup d’œil sur ce que ces chiffres laissent présager pour les prix des grains à partir de l’automne.

L’invitation vous est lancée de vous joindre à nous pour l’occasion. Pour participer à ce webinaire qui aura lieu de 9h00 à 10h30, vous pouvez vous inscrire ICI

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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