Rapports du 31 mars 2017 : du soya, en voulez-vous, en v’là!

S’il y a certaines de ces occasions au cours d’une année où il faut être particulièrement attentif aux rapports et prévisions du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), le 31 mars en fait partie. Après plusieurs semaines de tergiversation, les marchés ont enfin de quoi à se mettre sous la dent avec la publication de deux rapports très importants :

  • Intentions d’ensemencements américains
  • Niveau trimestriel des stocks américains de grains au 1er mars

Côté ensemencements, ce n’est un secret pour personne, c’est le soya qui a la faveur des producteurs américains ce printemps. Le ratio soya/maïs était élevé depuis plusieurs mois et, reflétant cette dynamique, le prix du soya lui-même a été jusqu’ici plus intéressant.

Eh bien, c’est ce que confirment finalement les résultats du sondage du USDA publié aujourd’hui : des ensemencements américains record en soya de 89,5 millions d’acres. Il s’agit d’un bond annuel de plus de 7% et un résultat dans les attentes les plus élevées des anticipations des marchés. Basée sur un rendement moyen conforme aux dernières années, la récolte américaine de soya pourrait ainsi atteindre un 2e niveau record de 4,25 milliards de boisseaux suivant le record de l’an dernier de 4,31 milliards de boisseaux. Tout chose étant égale du côté de la demande (consommation & exportations) l’an prochain, les stocks américains de soya grimperaient alors à un record de plus de 601 milliards de boisseaux (16,36 millions de tonnes).

Bien entendu, rien ne se perd, rien ne se crée. Sans surprise, les ensemencements de maïs et de blé sont donc comme prévu en baisse à respectivement 90,00 millions d’acres (94 en 2016) et 46 millions d’acres (50,1 en 2016). Dans le cas du maïs, c’est un peu plus que ce qu’anticipaient les marchés. Pour le blé, le résultat est conforme aux attentes, corroborant le fait que ce sera en principe les plus faibles ensemencements américains en blé depuis 1919, année au cours de laquelle le USDA a commencé à publier ses chiffres d’ensemencements américains.

Toute chose étant à nouveau égale du côté de la demande et avec un rendement moyen conforme à la tendance des dernières années, les stocks américains de maïs reculeraient ainsi à un confortable niveau comparable à celui d’il y a deux ans à 1,759 milliards de boisseaux (44,67 millions de tonnes). Par contre, suivant cette même logique, les stocks de blé américain de l’an prochain fondraient de pratiquement la moitié à un creux inégalé en 10 ans de 0,558 milliard de boisseaux (15,20 millions de tonnes).

De son côté, le rapport des stocks de grains américains au 1er mars présenté aussi aujourd’hui n’aura pas été positif. Sur tous les fronts, que ce soit pour le maïs, le soya ou encore le blé, les stocks américains de grains ce seront révélé plus élevé que la moyenne des anticipations des marchés : le maïs à un record pour un 1er mars de 8,616 milliards de boisseaux (207 millions de tonnes), le soya à un sommet inégalé depuis 2007 de 1,735 milliard de boisseaux (47,21 millions de tonnes) et le blé à un sommet inégalé depuis 1988 de 1,655 milliard de boisseaux (45 millions de tonnes).

En sommes, ce que ces rapports mettent ainsi de l’avant est que non seulement ce ne sera définitivement pas de grains que manqueront les consommateurs dans les prochains mois, mais que ce pourrait être aussi une autre année d’abondances aux États-Unis qui se dessine à l’horizon. Rien de positif pour les prix des grains.

Heureusement, il faut se rappeler que rien n’est parfait du côté météo au cours d’une saison. Ainsi, il demeure encore bien possible que les rendements américains déçoivent. Si c’est le cas, le vent pourrait alors rapidement tourner avec des récoltes particulièrement décevantes des côtés du maïs et du blé. Parions alors que les prix pourraient rapidement reprendre du pic. Mais, en attendant, question de ne pas miser le tout pour le tout, il reste sans aucun doute sage d’envisager quelques ventes prérécoltes si des imprévus météo venaient à faire bondir les prix dans les prochaines semaines.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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