Relancer les marchés à coup de Purell

J’ai été à l’épicerie aujourd’hui. Je ne fais pas partie de ceux qui ont fait des réserves; empiler des cannettes de conserves dans mon sous-sol au cas où… Il n’y avait plus de beurre de peanut à mettre sur les toasts des enfants ce matin, ça fait tout un carnage quand la famille est enfermée depuis 3 jours.

La semaine dernière, j’ai quand même lâché prise. En allant en soirée au Maxi, le gars derrière moi avait une montagne de papier de toilette dans son chariot. J’ai texté ma conjointe : « On a besoin de papier de toilette? » Peut-être d’ici la fin de la semaine prochaine. J’en ai acheté un paquet…

Aujourd’hui, en passant à la caisse, j’étais quand même très content d’avoir Paypass pour payer avec mon téléphone. Pas besoin de ne rien toucher autour de moi. C’est parfait. Après tout, personne ne veut être malade, que ce soit grave ou moins grave. Plus de batterie dans mon téléphone. J’ai dû composer mon NIP, inquiet, puis j’ai  été soulagé de voir quelques instants après qu’un pot gigantesque de désinfectant avait été judicieusement placé juste à côté. J’ai beurré épais.

En janvier dernier, j’ai écrit sur mon blogue (Corona… quoi?) que la réaction des marchés dans les grains face à ce virus m’apparaissait excessive. Dans un monde où le sensationnalisme et les médias (… sociaux) sont omniprésents, je dois dire que j’ai développé une très grande méfiance face à toute annonce d’une nouvelle menace, que ce soit pour les marchés, l’économie ou même la population en générale. Mais cette fois-ci, c’est raté.

Les marchés financiers se sont effondrés à la bourse, ceux des grains également. Plus les jours passent, plus les frontières se referment et plus l’économie se fige sous les mesures draconiennes déployées pour freiner la propagation de la maladie. Et c’est bien sûr sans compter le nombre de cas grandissants d’infections signalées dans plusieurs pays, dont au Canada.

Pour suivre l’évolution de la maladie, je vous suggère cet excellent tableau de bord de l’université Johns Hopkins.

Depuis le début la semaine, j’ai passé un bon moment à rechercher de l’information sur les répercussions que pourrait avoir cette pandémie qui, il faut le dire, est sans précédent à mon avis. Pour les perspectives du côté du marché des grains, rien de vraiment concret.

En fait, plusieurs des analyses et commentaires que j’ai répertoriés se montrent plutôt optimistes. Pas à court terme bien sûr, mais à moyen terme, sinon long terme pour la fin 2020, début 2021.

On parle beaucoup de la Chine, là où le coronavirus a vu le jour en décembre dernier et où, un peu plus de deux mois plus tard, tranquillement, la situation retourne à la normale.

Qu’on ne s’y méprenne pas: le nombre de cas d’infection en Chine reste élevé, plus de 81 100 cas en ce mercredi 18 mars. Sauf que la propagation du COVID-19 s’est aussi grandement stabilisée dans les dernières semaines en Chine. Au début mars, c’était 79 800 infections, alors que nous étions à 59 800 infections au début février. On parle donc de 1 300 nouveaux cas déclarés depuis le début du mois de mars contre 20 000 nouveaux cas en février.

La Chine a donc repris le « contrôle » sur son épidémie de COVID-19, et timidement, on dit que les activités y reprennent aussi (Les affaires: COVID-19: «Accrochez-vous, c’est fini en Chine», dit un entrepreneur québécois).

Dans la dernière année, la peste porcine africaine a décimé le cheptel porcin chinois, plus de 50% de la production mondiale de porc. Le prix du porc en Chine a plus que doublé. Avec la reprise progressive des activités en Chine, l’une des priorités du gouvernement chinois sera sans aucun doute d’alléger la pression financière sur les ménages chinois. En ce sens, relancer la production porcine chinoise de porc sera donc certainement l’une des priorités pour réduire le prix du porc en Chine. Ça passera par la production et l’importation de quantité importante de maïs, de drêche et de tourteau de soya. C’est ce que croient plusieurs analystes. Certains envisageant même une hausse très forte de la demande pour ces produits, avant la fin de l’année.

En attendant, ici, il semble que nous n’en soyons qu’au début de notre épidémie de COVID-19. On peut débattre ici sur les méthodes et la rapidité d’exécution, mais contrairement à la Chine, les gouvernements américains et canadiens n’ont pas tardé à prendre une quantité impressionnante de mesure pour tempérer les répercussions de la maladie. Contrairement à la Chine, on peut donc se montrer confiant que la situation sera beaucoup plus rapidement sous contrôle, d’ici un mois, un mois et demi, et qui sait, peut-être moins.

Si c’est le cas, et on l’espère, les activités reprendront alors tranquillement et les marchés boursiers se stabiliseront. Pour le marché des grains, retour à la réalité. Ce sera le printemps, et tous les yeux se tourneront alors vers les ensemencements possiblement record de maïs aux États-Unis, et des ensemencements de soya qui risquent d’être plus faibles. On garde aussi à l’œil la météo qui pour le moment, s’annonce encore très humide avec des sols déjà gorgés d’eau dans le Midwest américain.

En attendant, patience donc dans le marché des grains, et un peu de Purell sur les mains. Plus nous aplatirons rapidement la courbe de propagation du coronavirus (Radio Canada: Pourquoi « aplatir la courbe » est la stratégie à adopter?), plus nous pourrons bien discerner rapidement la prochaine direction pour les prix des grains, à la bourse comme ici, au Québec.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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