Se faire un “plan de match” et faire des prévisions, il faut savoir faire la différence.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Je prépare présentement une conférence pour des producteurs de porc. Pour cette conférence, on m’a demandé de présenter quelques stratégies que des producteurs/acheteurs de grains pourraient adopter dans les prochaines semaines/mois. Mais, je n’aime pas trop présenter de stratégies. Car, la réalité est souvent que plusieurs confondent « stratégies » versus prévisions. La nuance est pourtant très importante.

Une stratégie, c’est se définir « un plan de match » en fonction de ce qu’on a comme information au moment de le préparer. Selon ce qu’on sait, l’idée d’une stratégie est de dresser finalement quelques scénarios (exemple : 1 scénario optimiste, 1 pessimiste et 1 réaliste…) de ce qui pourrait se passer et de définir ensuite ce qu’on ferait dans chacun des cas.

Pourquoi les gens confondent stratégies et prévisions? Et bien comme je viens de le dire, lorsqu’on prépare une stratégie, on se doit de se bâtir des scénarios pour définir comment nous réagirons dans chacun des cas. Or, bien sûr, on ne bâtit pas des scénarios sur n’importe quoi… mais bien sur différentes manières que pourraient prendre la tournure des événements. Voilà le problème…

Car, autrement dit pour faire des scénarios, il faut quand même se faire une tête sur la direction que pourraient prendre les prix dans les prochaines semaines/mois. Et à chaque fois que j’ai présenté à des groupes par le passé des stratégies, il y en qui ont porter uniquement leur attention sur 1 scénario, celui qui leur convenait le mieux.

Pour eux, ont est passé de la présentation d’une stratégie avec différents scénarios à une prévision basée sur un scénario. Résultat, je peux vous dire qu’ils ont certainement été très déçus. Car en fait, il faut se rappeler que les marchés comme celui des grains, c’est du 24/24 h. Ce qui était vrai hier l’est moins aujourd’hui et encore moins dans 1 mois… 6 mois… etc..  Ce qu’on a donc prévu hier ne sera forcément pas la même chose non plus par la suite.

C’est d’ailleurs une autre raison pour laquelle, si l’on revient à nos histoires de stratégies, je n’aime pas beaucoup en présenter. Puisqu’en réalité la stratégie qu’on se prépare, le plan de match qu’on prend le temps de brosser, c’est quelque chose qu’on doit aussi continuellement revoir et améliorer selon les nouvelles informations que nous avons. Pour ma part, c’est quelque chose qu’un producteur devrait d’ailleurs faire au minimum chaque mois. Alors imaginer si je présente des stratégies à utiliser cette semaine, et que je ne peux les réviser par la suite…

Bref, se préparer une stratégie d’achat/vente de grains, c’est la meilleure chose qu’un producteur puisse apprendre à faire et maîtriser quand on parle de mise en marché de grains. Ça évite les coups de tête, les émotions fortes et on a beaucoup moins de chance d’être complètement pris au dépourvu. Mais encore faut-il comprendre qu’il ne s’agit bel et bien pas d’une prévision, mais bien d’un outil pour éviter d’être pris au dépourvu les culottes à terre…

Si vous avez bien compris cette nuance importante, voici un aperçu de mes «scénarios» d’ici la récolte :

Scénario 1 (optimiste) : excellentes conditions météo, année parfaite pour les cultures, signes d’un ralentissement de la demande et réserve américaine inchangée et peut-être même revue à la hausse. Chute des prix… le maïs pourrait alors retourner à la bourse à 4,50-5,00 $US/boisseau (175 à 195 $Can la tonne).

Scénario 2 (pessimiste) : La demande demeure ferme et les inventaires américains de fin d’année s’amincissent davantage, particulièrement ceux de maïs. Les conditions pour les cultures sont difficiles, possiblement une sècheresse (vague de chaleur) aux États-Unis. La prochaine récolte américaine sera importante, mais moins que prévue. Les prix progressent davantage. À la bourse, le soya pourrait grimper jusqu’à 15-15,50 $US/boisseau (545-565 $Can la tonne), le maïs jusqu’à 7,20-7,30 $US/boisseau (280-285 $Can la tonne).

Scénario 3 (réaliste) : Progression rapide et sans encombre des semis américains, conditions météo incertaines durant l’été, peut-être même une sècheresse. Les cultures parviendront cependant à bien croître et fournir une récolte record aux États-Unis. Entre temps, les inventaires américains resteront serrés et garderont les marchés sur la corde raide. Le prix du maïs à la bourse pourrait encore tenter à quelques reprises des poussées vers 7 $US/boisseau (272 $Can la tonne), mais ne parviendra pas à aller beaucoup plus loin et risque surtout pour l’instant de tester plutôt son creux de décembre dernier à moins de 5,90 $US/boisseau (230 $Can la tonne).  Le prix du soya pourrait l’en empêcher cependant en forçant encore davantage à la hausse dans une fourchette de 14 à 15 $US/boisseau (510 à 545 $Can la tonne).

Selon les informations que j’ai en main aujourd’hui, voilà donc les scénarios que je considère plausibles présentement. À partir de là, il reste à s’établir sa stratégie, à répondre finalement à la question : que feriez-vous dans chacun des cas ?

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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