Le marché du soya au Québec a été fort intéressant à l’automne dernier, grimpant à plus de 575 $CAN/tonne en moyenne à la ferme en novembre. Il était difficile à ce moment de dire s’il avait le potentiel de faire mieux ou non. Dans les faits, pratiquement chaque année, en début d’hiver, des stress météo du côté de l’Amérique du Sud font grimper le marché du soya à Chicago. Historiquement, même au Québec, le prix du soya a donc tendance à offrir aussi des opportunités intéressantes à l’hiver.
Mais nous y sommes maintenant…c’est le début de l’hiver.
Ça fait un bon moment que la météo est sèche du côté de l’Argentine. Dans les dernières semaines, ce fut autour du sud du Brésil de commencer à manquer d’eau aussi. Et comme toujours, les marchés ont commencé dernièrement à en prendre bonne note, se préoccupant un peu plus que les récoltes sud-américaines de soya ne seront pas au rendez-vous.
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À Chicago, le prix du soya à brièvement passer le cap du 10,80 $US/bo. la semaine dernière, atteignant son plus haut niveau depuis la mi-décembre dernier. Le prix du soya au Québec a suivi la parade, dépassant un prix moyen de 540 $CAN/tonne à la ferme, à son plus haut depuis le début décembre dernier.

Maintenant, est-ce que la météo va continuer de se détériorer en Amérique du Sud pour forcer davantage à la hausse le prix du soya? Si je me fie aux prévisions actuelles, plusieurs régions déjà asséchées risquent de le rester. Mais, légèrement plus au nord, de bonnes précipitations sont attendues.
Mais, je ne suis pas prêt encore à parier sur une détérioration supplémentaire des conditions pour les cultures de soya en état de stress hydriques présentement. On garde en tête aussi que ce sont les régions plus au centre et au nord du Brésil qui produisent la part du lion du soya. Et de ce côté, les conditions restent très favorables.
Donc, possible que le prix du soya grimpe encore un peu. Mais, avons-nous vraiment devant nous une opportunité de le voir bondir de manière beaucoup plus importante? Je me garderais une petite gêne avant de dire que ce soit possible… Surtout que bien franchement, ce que nous vivons présentement avec le stress météo en Amérique du Sud, comme je l’ai déjà écrit plus haut, c’est un peu une histoire qui se répète pratiquement chaque année.
Nous avons également devant nous deux éléments qui ont toujours le potentiel de tirer vers le bas le marché du soya, et qu’il ne faut pas oublier.
1 – Exportations américaines de soya : Même s’il y avait eu une certaine forme d’entente en novembre dernier entre la Chine et les États-Unis à l’effet qu’elle achèterait pour au moins 12 millions de tonnes de soya américain, dans les faits, nous n’y sommes pas encore tout à fait. En date du 22 janvier dernier, la Chine s’était engagée à hauteur de 9,65 millions de tonnes du soya américain…

Le hic, c’est que le prix du soya brésilien est maintenant plus avantageux que celui du soya américain, qu’il commence à être disponible avec le début des récoltes en janvier, et surtout, qu’il devrait d’ici 3-4 semaines inonder le marché.
Alors, est-ce que les États-Unis vont vraiment vendre 12 millions de tonnes à la Chine? Possible, mais ceci reste à voir… Et même si c’est le cas, il faut garder en tête qu’on parle déjà d’un bon recul des exportations américaines de fèves pour cette année (-8 à 43 millions de tonnes). Pour changer la donne, il faudrait plutôt que la Chine annonce qu’elle s’engage à acheter « PLUS » de soya américain que prévu. Mais rien de moins sûr avec M. Trump à la barre des États-Unis avec, au poing, la menace continuelle de nouveaux tarifs.
2 – Ensemencements américains cette année : Est-ce qu’il se sèmera plus de maïs ou soya aux États-Unis cette année? Les anticipations actuelles penchent pour un recul du maïs autour de 94-95 millions d’acres après une année record à 98 millions d’acres en 2025. Par ricochet, on prévoit que les ensemencements de soya américain grimperont de 81,1 à 84,5-85 millions d’acres. Le dernier mot reviendra aux USDA qui présentera son rapport sur les intentions d’ensemencements américains à la fin mars.
Sauf qu’il faut reconnaître qu’après une forte hausse des superficies cultivées en maïs en 2025, il fait simplement du sens qu’il y aura plus de soya de semé cette année aux États-Unis.
Si c’est le cas, et que rien ne fait surface du côté des exportations américaines de soya, l’idée d’une plus grosse récolte de soya américain en 2026 ne sera pas une très bonne nouvelle.
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À la lueur de toutes ces informations, que conclure? À court terme, on ne peut exclure qui soit possible que le prix du soya grimpe « un peu » plus, surtout si la météo stress encore le soya en Amérique du Sud et que les spéculateurs se mettent de la partie. Sauf qu’à moyen/long terme, pour les prochains mois, le contexte pour le soya reste bien ambigu…