Un rallye du printemps sans éclat

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@grainwiz.com

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Chaque année, la fin de l’hiver et le printemps sont synonymes d’imprévus météo. Qu’il y ait beaucoup de grain disponible ou non à ce moment, les marchés sont nerveux à l’idée que les prochaines récoltes soient bonnes ou mauvaises. Résultat, pour les marchés, il n’est pas rare que les prix atteignent des sommets au cours de cette période. Tant et si bien qu’on parle d’une « tendance saisonnière » généralement haussière au printemps. C’est ce qu’illustre bien le comportement des prix à Chicago depuis 5 ans.

 

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Le phénomène n’est pas parfait, mais assez pour qu’un producteur « vendeur » puisse miser normalement sur cette période pour réaliser des ventes avec une meilleure moyenne au bâton au fil des années. Sauf que, ce printemps, il n’y a pas à dire, on est loin du compte.

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Comme on peut le constater jusqu’ici, dans l’ensemble les prix des grains à la bourse sont davantage au neutre que quoi que ce soit d’autres, et tout aussi bien dire depuis le début de 2015. Ils ne sont certainement pas non plus comparables au « rallye saisonnier » très intéressant que nous avions observé l’an dernier au cours de la même période. Pourquoi?

Plusieurs raisons peuvent être avancées :

  • Les niveaux des inventaires, que ce soit dans le monde comme aux États-Unis, sont vraiment exceptionnellement élevés cette année;
  • aux États-Unis, les intentions d’ensemencements laissent encore poindre à l’horizon d’importantes récoltes si la météo le permet;
  • jusqu’à présent, les imprévus météo ne sont pas « majeurs »;
  • les « spéculateurs » ont délaissé davantage cette année le marché des commodités. Pas seulement les grains, mais aussi plusieurs autres commodités (or, pétrole, etc.);
  • la consommation de grains reste dans l’ensemble intéressante et bonne, mais pour l’instant insuffisante pour jeter un doute sur un possible manque à gagner éventuel d’ici la fin 2015, et pour 2016.

Déprimant vous-dites comme situation? En effet, et malheureusement, très peu d’analystes et de spécialistes des marchés envisagent pour l’instant un changement de cap important dans les prochains mois. Mais attention…

Comme toujours, il reste plusieurs mois avant que les récoltes soient engrangées. On le sait, et la sècheresse historique de 2012 en est un très bon exemple, il reste encore plusieurs étapes clés à franchir d’ici là : conditions pendant les semis, puis pollinisation et floraison, remplissage des gousses, et finalement les récoltes elles-mêmes qui peuvent mal tourner.

Il y a donc encore matière à voir les prix bondir de manière intéressante d’ici les récoltes. Par contre, il ne faut pas se leurrer, la partie ne sera pas facile. Il faudra tout qu’un imprévu pour vraiment faire bondir les prix aux niveaux que plusieurs espèrent atteindre. Et, à défaut de pouvoir les anticiper, plusieurs spécialistes n’hésitent d’ailleurs pas à recommander présentement de « vendre » tout rallye qui pourrait prendre forme ce printemps.

Aux États-Unis, les chiffres magiques sont 4,00 $US/boisseau dans le maïs, et 10,00 $US/boisseau dans le soya. Au Québec, de ce que j’ai entendu il n’y a pas encore si longtemps, ils sont de 205-210$ la tonne dans le maïs, et de 440 à 460$ la tonne dans le soya selon les régions.

Ce ne sont pas des chiffres irréalistes, mais pour les atteindre, il faudra être très attentif aux échos des marchés et affiner ses stratégies de mise en marché.

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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