Une année difficile en vue pour les marchés

Ceux qui espèrent réaliser des ventes exceptionnelles comme ce fût le cas depuis 3 ans risquent de mordre la poussière en 2014. Non pas que je ne souhaite pas voir les producteurs vendre à bon prix. En fait, c’est bien tout le contraire croyez-moi. L’avenir nous réserve parfois aussi de belles surprises comme ce fût le cas en 2012. Beaucoup voyaient à ce moment le prix s’écraser, alors que, comme on le sait, ce sont finalement des prix records qui ont été atteints au cours de l’été.

Mais lorsqu’on regarde froidement la vague de grains qui a inondé les marchés cet automne, particulièrement aux États-Unis, il faut reconnaitre qu’il sera certainement difficile pour les prix de grimper dans les prochains mois. Ne cherchez pas de midi à quatorze heures des raisons pour qu’il en soit autrement. Comme depuis 3 ans la disponibilité de grains préoccupait beaucoup les marchés et justifiait des prix élevés pour en rationner la demande, aujourd’hui leur abondance justifie de faibles prix pour plutôt en stimuler la consommation.

Sur ce dernier point, il y a d’ailleurs une lueur d’espoir. En effet, si on jette un œil plus attentif aux changements dans la consommation de grains au cours des derniers mois, on commence déjà à sentir les effets positifs de la chute des prix. Il suffit de regarder entre autres du côté des ventes américaines à l’exportation des dernières semaines pour le constater.

Mais n’allez pas croire que ce retour des consommateurs après trois années difficiles changera du tout au tout la situation au point de relancer définitivement les prix en 2014. Il faudra plus que quelques centaines de milliers de tonnes de consommation supplémentaires pour faire fondre les récoltes importantes de cette année.

Bien sûr, on ne sait jamais, des imprévus comme la sècheresse de 2012 pourraient toujours propulser encore en 2014 les prix aux printemps et à l’été prochain. Mais miser sur de tels imprévus pour assurer la rentabilité des entreprises agricoles d’aujourd’hui est un pari très risqué. Surtout qu’il s’agit d’un couteau à double tranchant : autant pouvons-nous avoir des conditions difficiles pour les cultures en 2014 pour faire bondir les prix, que nous pourrions en avoir des exceptionnelles qui feraient encore fondre davantage les prix.

En ce sens, ce n’est d’ailleurs pas surprenant que les prévisions des spécialistes pour 2014 soient très différentes de l’une à l’autre, certains anticipant par exemple dans le maïs des creux d’aussi peu que 2,75 $US/boisseau alors que d’autres envisagent plutôt des sommets à plus de 5,00 $US/boisseau.

Si l’on s’en tient à ces « prévisions », aussi bien jouer à la roulette; nous aurions autant de chances de succès d’obtenir de bons prix en 2014.

Il faut donc être réaliste et reconnaitre que dans sa forme actuelle, les perspectives de prix de vente de grains pour 2014 sont plus moroses qu’elles ne l’auront été depuis longtemps.

Est-ce dire qu’il faut baisser les bras, fermer les yeux et espérer de meilleurs jours pour « peut-être » la fin 2014 ou tout simplement 2015?! Pas pour autant, loin de là… Le fait est que d’admettre que cette situation est celle à laquelle nous sommes confronté pour 2014 permet d’ajuster en conséquence sa stratégie commerciale.

En ce sens, il faut entre autres plus que jamais : bien établir son coût de production et ses objectifs de vente; que ce soit autant en terme de prix que d’échéanciers (quand va-t-on vendre… à quel moment…). Il faudra également dans les prochaines semaines être à l’affut des opportunités, puisque même dans un contexte de marché négatif, il y aura toujours des occasions en or de voir les prix bondir pour une raison ou une autre : conditions trop chaudes et sèches en Amérique du Sud, des ventes exceptionnelles à l’exportation, des signaux concrets indiquant que les consommateurs sont de retour, des conditions difficiles au printemps, etc.

Bref, on peut anticiper un marché difficile pour 2014, mais ceci ne l’empêchera pas pour autant de continuer à jouer au yo-yo au gré des nouvelles et rumeurs qui verront le jour. Il faut seulement demeurer à l’affut et rester informé, bien connaitre ses objectifs et savoir rester réaliste. Que les perspectives soient bonnes ou mauvaises, bon an mal an, il existe toujours de nombreuses belles opportunités pour vendre à bon prix.

À tous un joyeux temps des fêtes et une merveilleuse année 2014!!

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Je serai au Salon de l’Agriculture le 16 janvier prochain pour présenter sur les perspectives de prix des marchés lors de la journée-conférence du Bulletin des Agriculteurs : « Cultiver l’avenir ». Si vous avez des questions ou des sujets que vous aimeriez que je discute lors de cette conférence, je vous invite à me les transmettre : [email protected]

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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