Une réalité toujours lourde pour les marchés

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca
Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Le département de l’agriculture des États-Unis (USDA) a publié ce mardi son rapport mensuel d’offre et demande de grains aux États-Unis et dans le monde. Si certaines « surprises » ont été présentées, dans les faits, on peut dire qu’il n’y a cependant pas grand-chose de neuf sous le soleil.

Dans le maïs, on parle essentiellement que les inventaires de fin d’année dans le monde et aux États-Unis seront finalement un peu plus serrés. Pas de quoi par contre s’énerver. Par comparaison à l’an dernier, ceux-ci ont malgré tout plus que doublés aux États-Unis et grimpés de 20% dans le monde.

o&d maïs monde dec 13

Bien sûr, il y a eu l’incroyable sécheresse de 2012 que certains me diront. Vrai, mais si nous jetons un coup d’œil 2 années en arrière, il s’agit encore une fois d’une hausse importante des inventaires, que ce soit aux États-Unis (+81%), ou dans le monde (+23%). En fait, il s’agit des inventaires américains de maïs les plus élevés depuis l’année commerciale 2005-06. Autrement dit, leur plus haut niveau en pratiquement 10 ans !

Du côté du soya, les résultats sont plus « positifs » mais doivent être interprétés quand même avec prudence. Aux États-Unis, les inventaires américains sont à nouveau dans l’eau chaude. Sans qu’ils soient aussi faibles que l’an dernier, la révision à la baisse que leur a infligé le USDA rappel que l’appétit des Chinois pour l’oléagineux reste vorace et que la marge demeure mince avant que de nouveaux creux soient établis. Dans le monde par contre, l’importance des récoltes prévues fait en sorte que même avec un peu plus de consommation, les inventaires frisent de nouveaux records (la prévision est actuellement de 70,615 millions de tonnes et le dernier record de 2010-11 est de 71,796 millions de tonnes).

o&d soya monde dec 13

Il faut donc rester très prudent avec le soya, puisque la perception de précarité observée chez nos voisins du sud n’est certainement pas à l’image de la situation mondiale qui en est plutôt une d’abondance. Pire, avec le prix plus élevé du soya présentement et le fameux ratio soya/maïs, il y a à craindre que les superficies ensemencées l’an prochain soient  très importantes, de quoi assener un coup final au prix du soya si tour à tour les récoltes sud-américaines et américaines sont importantes.

Enfin, que ce soit pour le maïs comme pour le soya, il ne faut pas perdre de vue non plus que dans son rapport, le USDA n’a pas révisé comme prévu ses estimés de récoltes américaines pour cette année, reportant ce travail pour la publication de son prochain rapport de janvier. Est-ce que les récoltes américaines seront alors réajustées à la hausse… ou à la baisse ? Allez savoir… Mais le risque demeure bien réel que nous nous retrouvions avec encore plus de maïs et de soya sous la main en janvier prochain.

Tout n’est cependant pas noir sur le fond. Dans l’ombre des abondantes récoltes obtenues cette année et des importantes chutes de prix observées depuis quelques mois, les consommateurs semblent tranquillement reprendre vie après des années qui n’auront pas été faciles pour eux. C’est ce que suggèrent d’ailleurs bien les résultats de ce rapport du USDA. Et comme toujours, le retour des consommateurs est le premier pas en avant pour que les prix cessent de reculer et retournent éventuellement à la hausse.

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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