Bilan 2020 : Une année en dents de scie pour le soya

Selon les producteurs à qui on s’adresse, la saison de soya qui se termine a été de très bonne à très mauvaise. La variabilité qui a été la marque de l’année 2020 dans les grandes cultures n’a pas été sans conséquence pour la culture de la fève et les rendements ont été à l’avenant. Les meilleurs résultats ont été obtenus pour ceux qui ont pu récolter tôt, dans de bonnes conditions, ou encore dans les sols plus lourds. Le bilan a toutefois été tout autre pour ceux dont les champs sont constitués de sols légers ou qui ont été affectés par le gel du 20 septembre.

Yvan Faucher, agronome au MAPAQ, dresse quant à lui un tableau somme toute positif de l’année, bien qu’il caractérise la saison « d’atypique ». Il précise cependant que ses observations au champ ont été limitées par la pandémie.

La chaleur et la sécheresse ont causé des dommages irrémédiables dans certains cas, tout comme la fin de saison abrupte, mais au final, les rendements sont très semblables à ceux de 2018 qui a été une bonne année de soya. Les constations de l’agronome provient des moyennes de rendements calculées pour tous les cultivars des 20 essais considérés valides en 2020 du Réseau des grandes cultures du Québec (RGCQ). « Comparativement à 2019, les rendements des sites du RGCQ sont en hausse de 14%, tandis qu’ils sont en baisse de 1% par rapport à 2018 », souligne Yvan Faucher. Tout comme l’année qui vient de s’écouler, 2018 avait été sèche. Si le manque d’eau a été plus notable en juillet il y a deux ans, juin 2020 a été anormalement sec. L’accumulation des UTM, avec une canicule en mai a eu un impact sur la croissance du soya. « La date de floraison a été devancée et a débuté légèrement plus tôt qu’en 2018, entre le 8 et le 15 juillet en 2018 et entre le 5 et le 10 juillet pour 2020 (…) Nous avons vu des fleurs dans le soya fin juin cette année. Le soya a donc profiter d’un bonne saison de croissance avec beaucoup de chaleur pour son développement.

Il ne fait pas de doute selon le spécialiste que la pluviométrie a eu un impact important sur la production en 2020. Des impacts notables étaient visibles dans trois champ sur quatre visités. Les données par région, par ville et parfois par champ ont été très variables. Juin s’est démarqué par un net déficit de pluie qui a eu un effet marqué sur les sols plus légers. La pluie en juillet est arrivée au bon moment pour sauver la saison. « Le soya a explosé ensuite. »

Mais le constat est clair pour l’agronome qui étudie le soya depuis de nombreuses années : le soya performe bien pendant une saison sèche. « Au printemps, le soya a développé un système racinaire plus profond qui l’a aidé par la suite. » Et même si le mois d’août a été nettement plus frais, le soya avait emmagasiné suffisamment de degrés-jours pour poursuivre sa croissance. L’expert cite entre autres le fait que le soya avait emmagasiné au-dessus de 400 degrés jours en juillet, selon la moyenne des 26 stations d’Agrométéo situées en Montérégie. En 2017, ce chiffre était d’un peu plus de 300 degrés-jours pour la même période.

Un temps sec défavorable aux maladies

Yvan Faucher, qui étudie les effets de la sclérotinose sur le soya depuis plusieurs années, a d’ailleurs noté que la maladie n’a pas eu d’emprise significative en 2020. Elle est apparue tard durant la saison et les spores n’ont pas eu la chance de se développer. « Il n’y a jamais eu assez d’humidité pour que la maladie se fixe au plant », relève l’agronome. Même le temps plus frais d’août et de septembre n’a pas été suffisant pour donner une emprise à la maladie. Des cas de sclérotinia ont été observés sur les plants, mais contrairement à ce qui se voit habituellement, la maladie se retrouvait en hauteur de la plante, aux environs du 7e et du 8e nœud, ce qui a peu affecté les rendements.

Les maladies racinaires ont, par contre, donné du fil à retordre par endroit. De la fusariose vasculaire a été confirmée à certains endroits, ce qui a mené à de la nécrose du plant. Les plants stressés par la sécheresse se sont montrés plus vulnérables à ce type de maladie, ce qui fait dire à l’agronome qu’il faudrait porter une attention plus grande à la rotation pour prévenir la prévalence de la maladie dans le champ. Même s’il est tentant de faire une simple alternance avec le maïs, une vraie rotation d’au moins trois ans (idéalement de quatre à cinq) est la meilleure solution pour garder ses sols en santé.

Gels et maturité des hybrides

En plus de la sécheresse, le gel a causé de nombreux maux de tête. À deux reprises, le froid a sévi dans les champs, soit au début de juin et en septembre. Selon les informations recueillies par Yvan Faucher, il semble que les champs plus affectés en début de saison aient été ceux travaillés en semis direct. Les agrégats de résidus aurait accentués l’impact du froid jusqu’à causer la mort du plant.

Quant au gel de septembre, Yvan Faucher a tendance à relativiser les impacts sur le rendement. Les grains plus verts au champ ont eu le temps de sécher au champ avec peu d’impact pour la qualité. Il convient toutefois que le report de la culture en raison de la pluie a pu avoir un impact avec de l’égrainage au champ et donc une baisse de rendement. Selon l’agronome, les cultivars de soya tardifs ont pu donner des résultats décevants puisqu’ils n’ont pas eu le temps de s’exprimer, mais ceux correspondant à la pleine maturité de la zone de culture ont bien performé.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires